Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Y'a Palestine ou pas ?


La Palestine, qui a présenté cette semaine sa candidature pour intégrer l’ONU est pourtant déjà reconnue comme entité nationale et indépendante par une instance de la communauté internationale : la FIFA. Une tribune internationale dont les critères de sélection sont un peu plus laxistes. Mais néanmoins d’enjeu.


FIFA 1. ONU 0.

Au décompte des reconnaissances, l’instance du foot international a un temps d’avance. La Palestine avec elle. Car il est bien que sur les terrains de sport, le foot en premier, la bannière des enclaves israéliennes ait trouvé une fenêtre ouverte sur le monde pour y faire flotter ses couleurs. 203 carreaux ornent le canevas du ballon rond mondial alors que 193 pays seulement sont reconnus par l’ONU (Le Vatican est membre en tant qu’observateur). La Palestine, qui tente de faire accélérer son accession au statut de pays en intégrant l’ONU, est membre de la Fifa depuis 1998 et la création de l’Autorité palestinienne. Au dernier classement Fifa, elle émarge en 161e position. Pas loin de la Nouvelle-Calédonie, le Myanmar, le Timor oriental, Taïwan ou Hongkong, pays sans bannières mais avec une fédération de football indépendante. Il en va de même pour l’exception anglaise, qui n’est qu’un pays internationalement, la Grande-Bretagne, mais en est quatre aux yeux de la FIFA : l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord.

Une situation ambiguë à la lecture des statuts de la Fifa, l’article 10 stipulant que « par pays on entend un état indépendant reconnu par la communauté internationale » dans l’alinéa 1. Certes, mais à l’alinéa 6 est précisé « qu’avec l’autorisation de l’association du pays dont elle dépend, une association d’une région n’ayant pas encore obtenu l’indépendance peut également demander l’obtention à la Fifa ». Une ligne de conduite claire quand les relations se passent en bonne intelligence, comme pour les DOM-TOM français. Ce qui permet par exemple à la Guadeloupe de participer à la Gold Cup ou encore à La Réunion de prendre part aux éliminations de la Coupe d’Afrique des Nations dans les catégories de jeunes. « Avec l’autorisation express de la FFF », comme le souligne la Ligue Guadeloupéenne de football dans ses statuts.


Mais qu’en est-t-il pour les pays en guerre ?

On voit mal les Palestiniens demander l’autorisation à Israël de créer sa sélection ou aux Indiens du Chiapas aller toquer à la porte des pontes mexicains pour que le commandant Marcos ait ses représentants en short. Au nom du consensus, le sport se plaçant au-dessus de la mêlée et de toute querelle, le peuple d’Arafat peut tout de même accueillir le concert des nations à Jerusalem Est pour des matches internationaux, mais pas s’asseoir à la tribune de l’ONU. Un grand écart saupoudré d’hypocrisie au regard des nuées de bonnes pensées qu’engendrent les rencontres du type Iran-Etats-Unis lors de la Coupe du Monde 98 sous la bannière du « Tous différents, tous égaux en short » et de l’écho planétaire que reçoit chaque compétition internationale.

Une frontière œcuménique que trace la FIFA en forme de pétale de roses sur son article 4 en promouvant « les relations amicales entre les membres, les confédérations, les clubs, les officiels et les joueurs » et au « sein de la société civile, à des fins humanitaires ». Ce qui permet à Israéliens et Palestiniens de se côtoyer au congrès de la FIFA, potentiellement sur des terrains, mais pas en dehors. Une frontière encore indicible à l’ONU, où la Palestine n’est pas membre et où elle pourrait obtenir le statut de « pays observateur », sans même strapontin ni porte-voix, aux côtés du seul autre pays ayant ce statut, le Vatican. Un pays non reconnu jusqu’à présent par la FIFA.