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Le foot qui s'amuse à réfléchir


XI DE LEGENDE / Franz Beckenbauer (DC)


En défense centrale, sa présence est indispensable. Dans les années 1970, il a tout simplement révolutionné le poste. Milieu de terrain à la base, il évoluera à la suite au poste de libéro dans lequel il va écrire ses plus belles lettres de noblesses, que ce soit avec le Bayern Munich, ou la sélection allemande. Le fait de le retrouver là est loin d’être une surprise, c’est une évidence. Aujourd’hui encore, personne ne peut rivaliser avec l’aura et la carrière du Kaiser.


D’attaquant à libéro

Né le 11 septembre 1945 à Munich, Franz Beckenbauer arrive au monde le lendemain du plus terrible conflit de l’histoire. Son pays est détruit et il va passer sa jeunesse dans une Allemagne qui est au cœur de la Guerre Froide. Puisqu’il est né en Bavière, il va grandir du côté occidental du pays qui sera rapidement divisé en deux avec un côté sous influence américaine, la RFA et l’autre sous influence soviétique, la RDA. Franz vivra donc du bon côté du mur, au niveau du football en tout cas. Dès 1954, la Nationalmanschaft glane son premier titre de champion du monde au nez et à la barbe de la grande Hongrie. Le petit Beckenbauer impressionne quant à lui dès son plus jeune âge. Alors qu’il rêve d’intégrer le grand club de Munich de l’époque, le Munich 1860, il va finalement atterrir dans un autre club de la ville, beaucoup moins réputé, un certain Bayern Munich.

Il arrive à 13 ans dans le club bavarois en qualité d’attaquant. Rapidement, Franz gravit les échelons et arrive finalement à intégrer en toute logique l’équipe première. Il dispute son premier match à 18 ans seulement lors d’une rencontre face à Sankt Pauli. Pour sa première, il évolua ailier gauche… A l’époque, le championnat d’Allemagne connait un énorme chamboulement avec la création de la Bundesliga en 1963. Pour la première saison, le Bayern n’est pas invité à disputer le championnat et doit rester dans les divisions inférieures. Mais deux ans plus tard, sous l’impulsion d’une génération exceptionnelle emmenée par Beckenbauer aux côtés d’autres légendes comme Sepp Maier ou Gerd Müller, le Bayern intègre cette Bundesliga. Après avoir dominé la deuxième division, le Bayern et surtout Beckenbauer ne laissent pas indifférents. Avec seulement trois matchs de Bundesliga au compteur, il est déjà sélectionné en équipe nationale pour un match amical à 20 ans. A ce moment là, il évolue latéral…

A la fin de la saison, il remporte sa première coupe d’Allemagne avec le club bavarois et est sélectionné pour le mondial 1966 en Angleterre. Pour cette compétition, il évoluera cette fois dans un milieu à trois aux côtés d’Helmut Haller et surtout de Wolfgang Overath, la légende du FC Cologne. Il inscrira quatre buts, dont un en demis face à l’URSS. Pas mal. Malheureusement, son équipe sera battue en finale par le pays hôte après notamment le but fantôme accordé à Geoff Hurst. Les deux saisons suivantes, il poursuivra avec réussite dans ce rôle au Bayern. L’occasion de glaner une nouvelle coupe nationale et une Coupe des Vainqueurs de Coupe. Mais le tournant intervient en 1968. Alors âgé de 23 ans, Beckenbauer est déjà une référence avec notamment deux titres de footballeur de l’année en Allemagne à son actif. Mais avec l’arrivée du coach croate Branko Zebec, il va prendre une dimension supérieure.

Une écharpe pour l’éternité

En effet, l’ancien coach du Partizan et du Red Star de Belgrade va une nouvelle fois modifier le positionnement du Kaiser. Après avoir déjà évolué en attaque, sur les côtés, au cœur du terrain ou encore au poste de latéral, il va encore descendre d’un cran et devenir libéro ! Pour ceux qui ne connaissent pas ce type de joueurs, c’est un défenseur central qui par ses qualités est le premier meneur de jeu d’une équipe et peut aussi avoir la faculté de se projeter vers l’avant quand il sent que son équipe en a besoin. Etant donné qu’il évolue dans une position très reculée, il n’a pas de pressing à subir et peut donc orienter le jeu à sa guise. Evidemment, pour évoluer à ce poste, il faut avoir une vision du jeu hors du commun et une excellente qualité technique. De plus, il ne faut pas oublier qu’en phase défensive, il doit aussi être présent puisqu’il évolue dans l’axe de la défense. Mais placer Beckenbauer à ce poste va certainement être le plus grand coup de génie de Zebec puisque l’allemand est un joueur ultra-complet. Ce repositionnement va révolutionner le poste de libéro puisque cette définition que nous connaissons aujourd’hui existe depuis que Beckenbauer évolue à ce poste. A l’époque, libéro était réservé aux monstres physiques, durs sur l’homme, qui restaient uniquement en couverture. Franz va mettre fin à cela en faisant disparaitre ce cliché avec efficacité.

Déjà un très grand joueur, il devient une légende à partir de là. Pour sa première saison en qualité de libéro, le Bayern devient champion d’Allemagne pour la première fois. Plus qu’une coïncidence. La saison suivante se soldera sans titres mais avec une belle deuxième place tout de même. Malgré tout, cette année 1970 va définitivement faire rentrer Franz Beckenbauer dans la légende du football. Titulaire indiscutable dans la manschaft, il est logiquement sélectionné pour la Coupe du Monde au Mexique. Là aussi, il a pris la position de libéro. Si la RFA parvient à prendre la revanche sur l’Angleterre en les sortants en quarts avec un but de Franz, c’est le 17 juin 1970 qui va rentrer dans l’histoire. L’Italie et la RFA s’affrontent pour une place en finale. Alors que les ritals mènent 1-0, Schnellinger égalise en toute fin de match et offre certainement au monde la prolongation la plus folle de tous les temps. Les ouest-allemands prennent l’avantage 2-1 avant de voir l’Italie repasser devant. Ils parviennent à égaliser une nouvelle fois mais un but de Rivera scellera le match en faveur des italiens. Mais l’image qui restera sera celle d’un Franz Beckenbauer qui serre les dents et termine le match avec un bras en écharpe pour soutenir sa clavicule cassée lors d’un contact avec un adversaire. Tous les changements étant déjà faits, Franz préfère rester sur le terrain plutôt que laisser ses partenaires à 10. Cela n’empêchera malheureusement pas son équipe de perdre mais il laissera une image pour la postérité.

La gloire avec la RFA et l’âge d’or du Bayern

S’il est unanimement considéré comme l’un des meilleurs de la planète, il n’a pas vraiment encore un palmarès en conséquence même si trois coupes nationales, une européenne et un championnat, ça reste pas mal. Mais les années 1970 vont changer cela. Avec le Bayern, il remporte trois championnats à la suite entre 1972 et 1974 et glane une nouvelle coupe nationale. Sur le plan européen, il ne gagne aucun autre trophée avec son Bayern. Mais il a largement de quoi se consoler avec ce qu’il va ramener de ses campagnes avec la manschaft. Après avoir repris le capitanat du Bayern à la retraite de Werner Olk, il récupère aussi celui de la sélection en 1971. Avec lui comme capitaine et autour d’une génération exceptionnelle comme on en a rarement vu (Beckenbauer, Maier, Vogts, Hoeness, Muller, Netzer, Overath, Breitner, Heynckes…), l’Allemagne va grimper au sommet de la hiérarchie mondiale. Dans un premier temps, avec l’Euro 1972. Ils vont battre la Belgique en demis et surclasser l’URSS en finale pour offrir au peuple ouest-allemand son premier championnat d’Europe. Une consécration collective qui va se muer en une consécration individuelle pour Beckenbauer. A la fin de l’année, il reçoit le prix ultime : le Ballon d’Or. Plutôt mérité pour un mec qui a l’habitude de transformer en or la centaine de ballons qu’il touche par match.

En 1974, le mondial s’approche à grands pas. Surtout, il se dispute en RFA et donc à domicile pour le champion d’Europe. Les ouest-allemands ne sont pas les grands favoris mais sont tout de même de sérieux prétendants au titre. Pourtant, le premier tour de la compétition va réserver une énorme surprise puisque la RFA se retrouve dans la même poule que la…RDA ! Après s’être défait du Chili et de l’Australie sans briller, les partenaires de Beckenbauer n’ont besoin que d’un nul pour assurer la première place de la poule mais l’enjeu de ce match est encore plus important. Malgré le fait que leur équipe soit largement supérieure, ils vont s’incliner face à leurs modestes voisins est-allemands sur le score de 2-1 et ainsi perdre la première place en subissant une terrible humiliation. Le groupe ouest-allemand est divisé entre joueurs du Bayern d’un côté et ceux de Mönchengladbach de l’autre, les deux grands rivaux de l’époque et l’union sacrée n’existe plus. Mais Beckenbauer va changer cela en prenant le contrôle d’un groupe que le sélectionneur de l’époque, Helmut Schön, avait perdu. Sous l’impulsion de leur capitaine, la RFA va tout renverser sur son passage. Au deuxième tour, ils remportent leurs trois matchs de poule face à la Pologne, la Suède et la Yougoslavie et se qualifient ainsi pour la finale. En face d’eux, ils retrouvent les Pays-Bas de Rinus Michels, adeptes du football total. Les néerlandais n’ont pas encore perdu un match sous l’impulsion de Johan Cruyff. Mais durant cette finale, Cruyff va être inexistant. Le marquage individuel qu’il subira de la part de Berti Vogts l’empêchera de donner sa pleine mesure et sans son maitre à jouer, les néerlandais vont craquer. La RFA devient donc championne du monde 20 ans après son premier sacre. Beckenbauer soulève le trophée Jules-Rimet et sait désormais qu’il a tout gagner.

Alors que l’Ajax Amsterdam de Cruyff dominait outrageusement l’Europe avec trois C1 remportées à la suite entre 1971 et 1973, le Bayern Munich va changer tout cela en prolongeant l’hégémonie allemande sur le football européen après les deux derniers titres remportés par la sélection nationale. Ainsi, juste avant le sacre mondial, le Bayern avait déjà remporté sa première Coupe d’Europe des Clubs Champions en écrasant l’Atlético Madrid en finale. Les deux saisons suivantes, Franz et ses potes referont la même en remportant à nouveau le titre face à Leeds puis face à Saint-Etienne, avec l’aide des fameux poteaux carrés de Hampden Park. Dans le même temps, le Bayern ne règne plus dans son championnat domestique puisque le Borussia Mönchengladbach enchaine les titres. Malgré cela, Franz Beckenbauer est toujours au sommet et reçoit en 1976 son quatrième titre de joueur de l’année en Allemagne. C’est le seul à l’avoir reçu autant de fois encore aujourd’hui. Par ailleurs, il remporte cette même année son deuxième Ballon d’Or. Propre. Mais à 31 ans et après avoir tout remporté, il va être l’un des premiers à faire le choix de privilégier le financier au sportif.

L’aventure au Cosmos et la fin à Hambourg

En 1977, Franz choisi de traverser l’Atlantique et de rejoindre « the place to be » du moment : le New York Cosmos. Propriété de mecs de la Warner, le club new yorkais qui fut appelé « cosmos » comme cosmopolite pour faire encore plus important que les « mets » (métropolitain) du base-ball, le club américain fait beaucoup de bruit dans la planète football depuis quelques années déjà. Il faut dire qu’à cette période, le pedigree des joueurs qui évolueront dans cette équipe à de quoi faire rêver : Beckenbauer donc mais aussi Neeskens, Chinaglia, Cabanas, Carlos Alberto et même le roi Pelé lui-même ! L’allemand s’intègre donc dans cette aventure folle où tout et n’importe quoi est fait et là où le mot professionnalisme a presque disparu chez la plupart de ces stars. Malgré tout, le faible niveau du championnat permettra à Beckenbauer de garnir son palmarès personnel de trois championnats des Etats-Unis en quatre ans. Ce départ à l’étranger signifiera par ailleurs la fin de sa carrière internationale après 103 sélections et 14 buts. Un beau total puisqu’il restera le joueur le plus capé d’Allemagne durant 20 ans avant que Lothar Matthaüs ne le dépasse à la fin du siècle dernier.

The american dream

Après ces belles années passées aux States, Franz décide de revenir au pays à 35 ans dans un club pas si mauvais que ça. En effet, il choisi le Hambourg SV. Un bon choix puisqu’après une première saison conclue à la deuxième place, il ramasse la saison suivante son cinquième titre de champion de RFA. Plutôt pas mal. Agé alors de 37 ans, il quitte le club du nord du pays alors que ce dernier deviendra champion d’Europe. Pendant ce temps-là, Franz disputera une dernière saison aux Cosmos avant de se retirer définitivement.

Après cela, il effectuera une carrière d’entraineur plutôt réussie dans laquelle il passera notamment par Marseille et surtout le Bayern. Il remportera un championnat d’Allemagne et une Coupe de l’UEFA notamment, mais surtout, il devient de nouveau champion du monde avec la sélection et devient le premier à être champion du monde en tant que joueur puis entraineur. Une prouesse que personne d’autre n’a encore jamais réalisée. Depuis 1996 et l’arrêt de sa carrière d’entraineur, il a tout fait au Bayern entre directeur sportif, président et bien d’autres tâches. Aujourd’hui il a pris du recul en devenant président d’honneur mais il reste l’un des hommes les plus écoutés de la planète football, surtout en Allemagne. Comme le disait Rudi Assauer, ancien coach du Borussia Dortmund et du Werder Brême dans les années 1970 : « S’il fondait un parti 15 jours avant les élections nationales, il deviendrait chancelier ! » Une citation qui fait sourire mais qui en dit long sur l’influence du Kaiser. Après lui, des générations de joueurs se sont suivies mais plus jamais on a retrouvé un joueur de la qualité de Beckenbauer qui puisse allier une intelligence de jeu aussi poussée avec toutes les qualités qu’il possédait techniquement, défensivement ou même offensivement. Si l’on adore jouer au jeu des comparaisons, jouer à cela avec Franz Beckenbauer est très compliqué puisque ce mec là était unique sur un terrain et il y a très peu de chances que l’on puisse revoir un joueur aussi impressionnant que lui dans l’avenir. Le dernier véritable Kaiser (Empereur) d’Allemagne, c’est bien lui et son règne sera probablement éternel.


Retrouvez les autres membres du XI de légende :

- Lev Yachine
- Cafu
- Paolo Maldini

Max Caze