Foutebol
Foutebol
Le foot qui s'amuse à réfléchir


Vive les sénateurs. Et vive Leroy


Sénateur : n.m. Viens du latin senatorem, qui signifie conseil des anciens. Membre d'un sénat. Loc. fam. Train de sénateur : démarche lente et solennelle. Cf Jean-Pierre Bel, Gérard Larcher, François Rebsamen, Jean-Pierre Raffarin ou encore Ryan Giggs, Jérôme Leroy, Raul, Francesco Totti, Ricardo Carvalho.


On ne les voit pas, ou peu. On fait peu attention à eux.

Peut-être du fait qu'ils sont présents depuis notre plus tendre enfance. Alors que l'épi rebelle, nous arborions avec fierté un pyjama Mickey et des chaussons Chicago Bulls du plus bel effet. Pourtant ils sont là, (toujours) présents, au-dessus de la mêlée. Au-dessus de tout soucis du quotidien. Leurs noms sont teintés de naphtaline. Leurs costumes de pellicules. Préemptés pour prendre du recul et faire valoir leur droit d'ainesse. Leur devoir d'ainesse, plutôt. Cette expérience qui doit leur permettre de prendre des décisions au travers de leur si utile prisme du vécu et de la sagesse. Ils incarnent cette caution morale, bien qu'austère et apparaissant comme inutile dans l'action publique.

Des deux institutions qui composent un système bicaméral dans une République « classique » le Sénat est considéré comme la chambre haute, par opposition à la chambre basse, l'Assemblée nationale.

Représentants des collectivités, alors que les députés représentent le peuple, les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect. Par leurs pairs, donc. Les 150 000 votants de ce scrutin particulier sont conseillers généraux, régionaux, députés ou encore élus de conseil municipal. Pour la première fois de l'histoire de la Ve République, des 341 à composer cette haute assemblée, garante des institutions, ils sont une majorité à être de gauche. Ils ont en moyenne plus de 65 ans, après le renouvellement opéré la semaine dernière et ont porté à leur présidence samedi dernier un notable de province, Jean-Pierre Bel, sénateur de l'Ariège.


Tempes grisonnantes, démarche chaloupée

Leurs CV sont souvent émincés de paillettes. Leurs tempes grisonnantes et leurs valeurs d'un autre âge. Celui de la raison, de l'accomplissement mais aussi du déclin physique. Au lieu de se retirer définitivement de la vie footbalistique après un échec ou un coup de moins bien, ils continuent de faire briller leur savoir technique. Jusqu'au bout. Les cannes moins vives mais l'esprit toujours fulgurant et le toucher délicat.

Ils s'appelent Leroy, Battles, Cissé, Zebina, Nivet, Dzodic, Hilton.
Ils n'ont pas forcément fait de grande carrière, mais auraient pu. Sans escale israélienne et fulgurance sous des maillots peu reconnus pour Leroy. Sans bougeotte pour Battles. Avec plus de pugnacité pour Nivet et Cissé. Ils font office de sages, d'encadrant, de caution morale et technique, adoubés par ces grands électeurs que sont les entraîneurs. Pour les jeunes, ils sont des références. Pour les coaches, des relais. Pour le public des délicatesses à apprécier car sur le déclin.

Courant de fond plus que vérité du moment, force est de constater que le Sénateur en crampons penche plutôt à gauche, avec une attirance pour le centre. Parfois affublés d'un embonpoint coupable mais d'une grâce toujours vénérable comme Rivaldo ou Ronaldinho au Brésil. N'inventant plus vraiment, mais continuant de faire vivre la magie. Leur magie, rappelant que la classe n'est pas atteinte du nombre des années.



Lord of gloire

Couvé par Sir Alex Ferguson, Ryan Giggs ferait un digne représentant de la Right Honourable the Lords Spiritual and Temporal of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland in Parliament assembled. Autrement dit Chambre des Lords, qui ne se soumet pas à l'infamie du suffrage mais à la nomination par le monarque, à vie, ou part hérédité, jouissant de leur titre de noblesse. Qui viendra sûrement par la suite se ranger aux côtés de Sir Bobby Charlton. Dans la légende, mais aussi dans la garantie de valeurs et le suivie d'une lignée dans laquelle s'inscrivent les retraités Gary Neville ou Paul Scholes.

Chéri au sein de la Louve ou frais sorti des chaînes de montage de Turin, Totti et Del Piero trouveraient également leur place au sénat italien. A vie, comme en ont décidé les fondateurs de la République transalpine, venant se placer à la droite des Maldini, Baresi, Rivera et autre Costacurta appelés à remplir d'autres fonctions dans leur club de toujours.



Ou même jusqu'à prendre le pouvoir, comme au Bayern avec Hoeness et Beckenbauer.

Dans la hiérarchie républicaine, le président de la chambre haute apparaît comme le remplaçant institutionnel du chef, le Président. Il doit pouvoir répondre à toute vacance du pouvoir pour gouverner. Certains ont franchi cette frontière dans la douleur pour s'installer. Ils sont plusieurs à s'être mis dans le costume d'Alain Poher, président intérimaire par deux fois en France sous a Ve République. Après la démission de De Gaulle en 69, puis en 74, après la mort de Pompidou, qui l'avait battu aux élections de 69. Laurent Fournier, en 98 à Bastia. Jean-Guy Wallemme, après l'affaire des faux-papiers à Saint-Etienne. Roberto Carlos, récemment à Makachkala. Ou Laurent Blanc, proclamé président-joueur aujourd'hui en campagne pour les Bleus.

Des sénateurs d'hier régents d'aujourd'hui sûrement à la botte de Leroy (Jérôme, Ier) auquel ils souhaitent une longue vie. Permettant encore de proclamer : « Vive les sénateurs. Et vive Leroy ».