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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Taxe à 75% : pourquoi les footballeurs doivent jouer collectif ?


Peu de Français verseront une larme pour un joueur dont les gains représentent plus de 1 000 années de SMIC #pasnousentoutcas


© Lassedesignen - Fotolia.com
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Demander l'exonération des joueurs de foot du paiement de la contribution exceptionnelle de 75 % sur les revenus dépassant le million d'euros – au nom de la compétitivité du foot français - relève au mieux de l'indécence, au pire d'une tromperie délibérée pour défendre des intérêts particuliers.

Le salaire annuel moyen des joueurs de Ligue 1 s'élève à 480 000 euros brut, soit deux fois moins que le plafond à partir duquel la taxe à 75 % sera activée. D'après les estimations, environ un tiers des joueurs devrait être concerné. Seule la Nomenklatura du foot français sera touchée.

Le joueur le mieux payé, Zlatan Ibrahimovic a un revenu estimé à 14 millions d'euros net par an. Peu de Français verseront une larme pour un joueur dont les gains représentent plus de 1 000 années de SMIC.

Dans le contexte actuel de crise, il est vraiment indécent de la part des dirigeants du foot français de demander une exonération pour des personnes appartenant aux 0,01 % les plus aisés du pays et qui développent généralement des stratégies d'optimisation fiscale

Mais surtout, les dirigeants du foot français commettent plusieurs erreurs d'interprétation en considérant que cette taxe à 75 % rendra moins attractifs les clubs français.

1 - La fiscalité française actuelle n'est pas défavorable au foot français. Comme le rappelle la Cour des comptes dans un rapport de 2009, pour 100 000€ de gains brut, un joueur français reçoit 55 700 euros net, un niveau comparable à l'Espagne (55 600 euros) et largement supérieur à l'Italie (48 800 euros).

2 - Aucun lien ne peut être fait entre fiscalité et compétitivité du foot français. Alors que le pouvoir précédent a mis en place un bouclier fiscal à 50 % en 2007, le foot français n'a cessé de perdre des places au classement de l'UEFA, passant de la 4ème place en 2008 à la 6ème place en 2012. [...]

En réalité, loin d'avoir un effet néfaste sur le foot professionnel français, cette taxe peut permettre une prise de conscience des difficultés structurelles que connaît ce sport. Depuis plusieurs saisons, le foot vit à crédit. Pour la saison 2011-2012, le déficit cumulé des clubs professionnels s'élèverait à 140 millions d'euros.

Leurs recettes courantes (billetterie, sponsoring, produits dérivés, droits télé…) bien qu'en hausse – les droits TV ont été multipliés par 600 en 30 ans – ne parviennent pas à couvrir les dépenses courantes parmi lesquelles figure la masse salariale qui n'a cessé d'augmenter depuis l'arrêt Bosman libéralisant le marché des joueurs au niveau européen. [...]

A long terme cette situation n'est pas soutenable. Dès lors, il faut souhaiter que cette taxe symbolique à 75 % servira d'électrochoc au foot français pour comprendre qu'il vit au-dessus de ses moyens et que les salaires extravagants qu'il octroie à ses stars sont déconnectés de toute réalité de marché et font courir un risque systémique à l'économie du ballon rond.

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Source : LeMonde | Par Brigitte Bourguignon et Arnaud Flanquart

Brigitte Bourguignon est secrétaire nationale du PS chargée des sports et Arnaud Flanquart est co-auteur de "Changer ou disparaître, quel avenir pour le foot français ?", avec Olivier Ferrand et Patrick Mignon.

La Rédaction