Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Sex and drugs and Cyril Rool


J’ai envie de commencer cette parenthèse dominicale par un clin d’œil gratos à la dernière pièce de Bertrand Blier Désolé pour la moquette. Voilà un énoncé génial, qui, à l’instar des morilles et autres coulemelles chères à Jim Morrison, ouvre grandes les portes de l’imaginaire.


Oui franchement, quand vous entendez : « Désolé pour la moquette », quelles images votre cerveau, toujours prêt à s’emballer pour la moindre sollicitation sémantique, se plait-il à élucubrer ? Des choses qui seraient de l’ordre du sexe, de la drogue, du rock n’roll ou de football, forcément ! Laissons de côté les esprits chagrins qui échafauderaient des historiettes à base de « travaux de peinture », ou de « café au lait ». Pfff. Ho les tristes d’esprits hé !

Passons également, aujourd’hui en tout cas, sur le sexe et la drogue, sujets éculés dans leurs grandes largeurs – Hoooo hissse Eculés !!!! - pour nous concentrer sur le football et le rock’n roll, deux pratiques, deux passions, propres à niquer une Saint-Maclou dernier cri, vous en conviendrez j'en suis sûr. Si, si...

Voilà donc, après ce bref détour, mon pont suspendu entre deux rives, trait d’union entre deux univers merveilleux, deux splendides contrées : le foot et le rock’n roll

Comme nous l’allons survoler ci-dessous, les liens qui les rapprochent vont bien au-delà des dégâts potentiels qu’ils peuvent générer sur le revêtement de sol de nos appartements.

Il fut une époque bénie ou le football s'érigea en contestation d'un système installé et prouva par le talent et la suprême élégance de ses acteurs qu'un autre monde, une autre façon de jouer était possible, qu’elle allait filer un sacré coup de vieux à la génération précédente et que plus rien ne serait jamais pareil et tout.

Comme le dit Hubert Artus dans son ouvrage DonQui Foot, « les années 70 furent celles du rock dans le foot, incarné par les longues chevelures, les belles gueules et l'esprit contestataire. Ces joueurs furent d'ailleurs parmi les tout premiers footballeurs européens, dont l'aura dépassa le simple cadre du foot. »

Alors bien sûr, la pièce avait son côté face et son côté pile. « Les Oranje furent les premiers footballeurs libertaires, à l'instar de tous les libertaires ils furent vaincus au seuil de la victoire magistrale. » (Deux fois en finale de la Coupe du monde : en 1974 et en 1978. 2010 relatant une autre histoire.)

Aussi vrai que (selon Antoine de Caunes) Keith Richards ne fit pas du rock mais EST le rock, on disait des Oranje, l'équipe des Pays-Bas, des seventies qu'ils ne jouaient au foot mais ETAIENT carrément le foot.

Yves Bigot, dans Football, tend un autre câble du pont qui relie le foot et le rock. Il peut se résumer en un mot : Best ! Celui-là même, qui donna son nom à un magazine de rock français, avait un patronyme qui aurait pu être lourd à porter pour un joueur ordinaire. Mais George Best lui, l'assuma avec une classe insolente, à la fin des 60's, début des 70's. Le ballon d'or 1968 fut l'objet d'un véritable culte, à l'instar des stars du rock de l'époque. « Figurant à nouveau dans le tiercé de tête du Ballon d'Or en 1971, le Keith Richards du football passera peu à peu des pages sports aux rubriques faits divers. »

Ce joueur de génie le fut aussi dans ses déclarations ravageuses dont celle-ci :

« J'ai dépensé beaucoup d'argent dans la boisson, les filles et les voitures de sport. Et le reste, je l'ai gaspillé. » C’est beau.

Enfin, dans son excellent ouvrage intitulé « Les secrets vrais d'une personnalité équilibrée » Lao Tseu évoque « la nécessité pour tout un chacun de trouver le subtil dosage entre le foot et le rock'n roll » (ne cherchez pas, c'est que des conneries). Une belle vérité cependant, qu’il est parfois difficile de concrétiser de nos jours.

Alors oui. George Best n'est plus, David Beckham est, les Oranje ont certes encore perdu une finale de Coupe du Monde, mais sans la classe, les cheveux longs et les idées larges d'antan, Keith Richards fait surtout marcher la machine à cash...

Mais ne perdons pas espoir. Il faut juste savoir observer et décoder les signes.

Zizou nous l'a quand même joué no future avec son coup de boule en pleine finale de Coupe du Monde 2006.
Et quand on écoute la délicieuse mélopée du Prince Miiaou, intitulée Football team, on se dit que le pont tendu entre le foot et le rock tient encore. Ma moquette pourrait en témoigner.