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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Rudi Garcia ou la Roma? Qui n'a pas fait le bon choix?


Premier français à officier en série A en tant qu’entraîneur, Rudi Garcia n’y a même jamais joué. C’est le premier reproche qui lui est fait alors qu’il signe à la Roma il y a maintenant quelques jours. Le monde du calcio, les tifosi de la Roma en tête de file, se sont insurgés contre le choix des dirigeants de la capitale. Mais si l’on est en droit de se poser des questions sur le choix du club, l’on peut aussi se demander si Rudi Garcia a pris la bonne décision.


Un article aussi publié sur mon blog perso : BRL-Médias


Rudi Garcia ou la Roma? Qui n'a pas fait le bon choix?
L’après-Spalletti, la valse des entraîneurs
Spalletti. Ranieri. Montella l’intérimaire. Luis Enrique. Zeman. Andreazzoli, un autre intérimaire. Avant Garcia et depuis 2009, l’AS Roma peine à trouver de la stabilité. Mais cela fait maintenant deux ans que les supporters ne rêvent plus que de sortir de leur cauchemar. Après deux saisons très en dessous des objectifs, les tifosi s’attendaient à un signal fort de la part de leurs dirigeants. Un entraîneur qui leur permette de rêver. Une pointure, une valeur sûre. Après avoir espéré Allegri, double-champion avec le Milan AC, puis par défaut Laurent Blanc, les romains ont eu droit à Rudi Garcia. Un choix qui leur rappelle celui de Luis Enrique: étranger, n’ayant jamais entraîné ou joué en Italie. Réputé dans son pays mais inconnu dans la botte.

Après une saison, la Roma de Luis Enrique a échoué à la 7ème place. Malgré un jeu spectaculaire le club de la louve s’est incliné par 14 fois, encaissant 54 buts en 38 matchs. Trop pour les dirigeants qui choisissent de virer l’entraîneur espagnol, rappelant cette fois un homme bien connu du paysage italien : Zeman. L’ennemi de la Juventus, tout juste championne. Celui qui n’hésite pas à parler du passé. Celui qui, déjà, a aidé la Roma à retrouver l’Europe. Soit un choix qui a tendance à faire plaisir aux supporters. Des tifosi qui ont rapidement déchanté. Bilan catastrophique, tensions dans le vestiaire, le bohème est remercié. Andreazzoli assure l’intérimaire et accroche l’Europa League.

L'instabilité touche aussi les sommets de Rome
Thomas Di Benedetto, président, a laissé sa place au bout d'un an à James Pallotta. Franco Baldini, directeur général, a démissionné au bout de deux ans. En plus de nombreuses interrogations qui planent sur les membre de l'organigramme romain. La situation des dirigeants romains n'est pas claire. Et on ne rentre pas dans les détails du conseil d'administration.

Pas loin de Zorro, le sergent Garcia
5ème, 4ème, puis champion. Pas mal pour Rudi Garcia qui débarque du Mans. Sans oublier deux parcours honorables en Europa League. La suite va quelque peu se gâter avec un parcours catastrophique en Ligue des Champions. Mais après une élimination en poule et via la troisième marche du podium, le LOSC garde une possibilité de participer au prochain opus de la plus prestigieuse des compétitions européennes.

Même résultat en Europe : élimination au premier tour sans même être reversé en Europa League. Mais cette fois, la saison de Ligue 1 ne se passe pas non plus comme prévu, loin de là. 6ème place, pas d’Europe pour le LOSC. Un résultat qui fait mal mais qui est relativisé par la situation du club nordiste depuis quelques saisons. Depuis le titre et le doublé coupe-championnat, Lille vend la plupart de ses cadres sans forcément réinvestir les sommes gagnées lors des transferts. Une situation qui n’a pas permis à Rudi Garcia de prolonger le cycle gagnant entamé avec Moussa Sow, Gervinho, Hasard ou encore Chedjou et Mavuba. Quoi qu’il en soit, les talents de l’entraîneur français ne sont plus à prouver au sein de l’Hexagone. Il était donc prévisible, logique, que cet homme de défi relève un nouveau challenge.

Rudi Garcia ou la Roma? Qui n'a pas fait le bon choix?
Mission impossible ?
Tous les entraîneurs arrivant à Rome expliquent lors de leur première conférence de presse qu'ils n'ont pas peur de la pression, qu'ils l'ont connue ailleurs. Mais, très vite, ils se rendent compte que l’Italie, et sa capitale, c’est un autre monde. Là ou les gens respirent le foot, les médias leur apporte de l’oxygène. Et pour le récolter, il faut le prendre où il est le plus intéressant. Chaque entraînement est scruté, chaque choix est analysé et critiqué. La presse, omniprésente, est tout aussi oppressante. Il faut pouvoir y résister, aimer communiquer, oser l’affronter.

L'Italie, c'est aussi le pays de la tactique. Et si Luis Enrique a su déjouer quelques défenses de Série A, inculquant un jeu spectaculaire à la Roma, il a rapidement compris qu'il fallait aller plus loin pour gagner. 14 défaites et une moyenne de 1,4 buts pris. C'est trop pour la série A. Quand on ne la connaît pas, on n'y réussit que très rarement.

Un vestiaire de caractère
On parle de Rudi Garcia comme un entraîneur attaché à la bonne gestion d'un groupe. Il aura besoin de telles qualités pour gérer son équipe. On parle, à chaque changement d'entraîneur, de Totti. Mais à 37 ans, le numéro 10 italien n'a plus l'habitude de bousculer son entraîneur. Ce qui peut gêner la Roma ne fait plus partie de ses aspirations. Deux autres noms sont par contre habitués à occuper le devant de la scène lorsque l'on parle de querelles internes : Osvaldo et De Rossi. Avec mention pour le premier. Bagarre avec Lamela, expulsions, refus d'assister au derby depuis les tribunes, absence au stage hivernal aux USA ou encore des insultes à son entraîneur. Pourtant, jamais le joueur n'a été puni par ses dirigeants. Une situation qui ne facilite par le travail d'un entraîneur et dont Zeman s'était plainte. Zeman, qui avait été pointé comme le pire ennemi de De Rossi, qu'il avait relégué sur le banc. Et si le Bohème a eu toutes les difficultés du monde à contenir son groupe, on peut se demander avec quelle légitimité Rudi Garcia fera taire certains égaux.

Mais tout de même de quoi s'amuser
Cela fait maintenant deux ans que la Roma est habituée au 4-3-3, tactique la plus souvent utilisée. Zeman ne l'a que très rarement quittée, tout comme Luis Enrique. Andreazzoli, lui, a tout essayé. Mais toujours, ou presque, avec un trio offensif. Bref, l'adepte du 4-2-3-1 et du 4-3-3 ne rebâtira pas la Roma sur des cendres.

Au-delà de l'aspect tactique, Garcia pourra composer avec des ressources techniques intéressantes. Devant, Totti en grande forme et Lamela, la révélation de la saison, sont des valeurs sûres. En y ajoutant Destro ou encore Osvaldo (s'il ne quitte pas le club), la Roma pourra compter sur un trio à la hauteur du championnat. Au milieu de terrain, Bradley, Pjanic, ou encore Marquinho et Florenzi ont fait leurs preuves. Sans parler de De Rossi, dont la situation est dite difficile mais qui devrait rester dans la Capitale. C'est sans doute au moment de choisir sa défense et de la travailler qu'il aura le plus de difficultés. C'est d'ailleurs du côté de l'arrière-garde que le mercato va sans doute se tourner.

La Roma choisit un inconnu de l'Italie. Cet inconnu choisit une équipe dont il ne connaît sans doute pas tous les maux. Mais un défi comme il les aime. Une opération aussi médiatisée que critiquée à Rome. Sans doute, déjà, un signal que Garcia a bien reçu.