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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Qui a gâché la fête au PSG ?


Un champion déchaîne toujours les passions. D'autant plus lorsqu'il émane de la capitale. Mais plus que les passions, c'est de jalousie dont témoigne la France à l'égard d'un club nouveau riche, contrastant avec la situation économique du reste de l'Hexagone. Une jalousie à mettre à toutes les sauces. Hier, les événements du Trocadero ont donc ravi bon nombre de détracteur du PSG. Tout a été dit, mais qu'en est-il de la réalité? Qui a perturbé la fête du 13 Mai?
Un travail réalisé par Frédéric Scarbonchi et Bruno Cravo pour le site "Le sport et moi"



Qui a gâché la fête au PSG ?
Champion de France pour la première fois depuis 1994, le PSG a donné rendez-vous à ses supporters pour la remise du trophée, à 18h30 ce lundi, au Trocadéro. Entre 10 et 15 000 personnes se sont massées devant l’estrade censée accueillir les joueurs parisiens. C’était sans compter sur les incidents qui ont tué la fête dans l’œuf.
« Les supporters, déçus, ne vont-ils pas se rassembler pour provoquer des incidents sur la voie publique ? » Cette phrase de Nathalie Levy, journaliste pour BFM TV, évoque l’annulation de la parade sur la Seine qui devait avoir lieu à 22 heures. D’emblée, l’erreur est commise. Les supporters n’ont, en énorme majorité, rien à voir avec les échaufourrées. De plus, les casseurs n’ont que faire d’attendre les joueurs du PSG sur les ponts parisiens. Le maintien ou non de cet événement ne change rien à la donne.]bi[


Daniel Riolo, éditorialiste pour RMC, manifeste son mécontentement contre les amalgames « Si vous regardez les images des incidents, de ceux qui cassent sur les Champs (Elysées), il n’y a plus d’écharpes ni de maillots du PSG ».]i

Une frénésie prévisible
Les raisons de ce fiasco sont nombreuses. Daniel Riolo estime que « Ce n’est pas dû au PSG, toutes les manifestations de ce genre à Paris donnent lieu à des incidents. Ce n’est pas lié au football. »
« A Montpellier l’année dernière, c’était tout autant le bordel, mais ça s’est moins su, indique Pierre Maturana, journaliste de So Foot. On ne sait pas, en France, gérer ce genre d’évènement ».
Le point de vue de Mr Riolo est clair : ce sont des casseurs qui se sont mêlés à la foule pour semer le trouble.

Une deuxième raison est évoquée par Ali Benarbia, ancien joueur du Paris Saint-Germain de 1999 à 2001 ; le choix du lieu. En effet, le club parisien a choisi de fêter l’évènement au Trocadero, mais pas sur l’esplanade de celui-ci. Le lieu, où les rues adjacentes sont nombreuses devient donc difficilement contrôlable par les forces de l’ordre. La largeur relative du site rend l’estrade très peu visible dès que les supporters se font nombreux. Certains ont donc décidé d’escalader un échafaudage, pour se placer en hauteur, mettant en danger leur propre vie et celles d’autrui. Beaucoup de personnes présentes ont craint que la structure ne s’éffondre.

Le motif pour fêter le titre à cet endroit ? Certainement une question d’image. Soulever l’Hexagoal, le trophée des champions de France, dos à la Tour Eiffel relevait du symbole. Chacun pouvait alors associer le club à la ville. Ali Benarbia aurait préféré que la fête soit organisée au Parc des Princes, où l’enceinte aurait permis de mieux prévenir les éventuels débordements.

Claude Goasguen, maire du XVIème, s’emporte : i[« Choisir le Trocadero, avec des forces de police insuffisantes […] donnent une image salie de la ville de Paris. Le maire de Paris a insisté. La préfecture de police n’a pas voulu entendre. Chacun va devoir assumer ses responsabilités. »]i
Bernard Boucault, préfet de police de Paris, se congratule « Les forces de police ont été félicité par les organisateurs ». Pourtant, des supporters présents ont critiqué l’absence de sécurité. Très peu de CRS étaient présents au Trocadéro, et sont arrivés seulement au moment où les incidents ont éclaté, de l’aveu même du Préfet. Sur les images, on peut voir un steward, filmé par les caméras de BFM TV, en train de balancer une barrière dans la foule. Si la préfecture assure que 800 membres des forces de police étaient mobilisés pour l’événement, ils étaient plutôt en retrait au Trocadero. Alliance, second syndicat des gardiens de la paix, a jugé lundi que les autorités ont sous-estimé l'ampleur de la cérémonie de remise du trophée de champion de France.

Il est parfois trop facile de faire parler certaines images.
Il est parfois trop facile de faire parler certaines images.
Le club, sur son site, a communiqué sur les récents évènements : « Elle (la fête) a été gâchée par quelques centaines de casseurs qui n'ont rien à voir avec le football et encore moins avec tous ceux qui, lors de chacun des matches, se rassemblent dans l'enthousiasme et en toute sécurité au Parc des Princes. Tous les membres du club, les joueurs et les dirigeants, expriment auprès de leurs supporters fidèles et passionnés leur profond regret d'avoir dû écourter les cérémonies de remise du trophée. » Une façon de distinguer, encore une fois, supporters et casseurs.

Les Ultras et anciens abonnés, eux, ont aussi publié un communiqué.

Les anciens Ultras accusés à tort
Très vite, les médias ont fait des anciens supporters Ultras les coupables de cette confusion. Contraints de quitter le Parc des Princes en 2010 suite au plan Leproux, beaucoup ont protesté contre cette décision qu’ils jugent arbitraire. C’est le cas de Sylvain, 22 ans, abonné dans le virage Boulogne de 2006 à 2010. Ses arguments contre ce nouveau PSG ne manquent pas. La suppression de son abonnement, les règles scandaleuses pour se rendre au stade, les arrêtés préfectoraux ou encore les interdictions de stade injustifiées ont résulté sur le boycott de son club de cœur.

Derrière toutes ces mesures, il juge que « si le club nous a viré en 2010 ce n’est pas pour la sécurité mais bien pour lisser le club avant sa revente à QSI (Qatar Sports Investments) avec le soutien des politiques. Aujourd’hui, les valeurs sont bafouées par les investisseurs ». Dès lors, Sylvain décide de s’opposer à la politique du club. Son but : retrouver le droit de supporter son PSG de manière traditionnelle. Il prend alors part à des manifestations du groupe « Liberté Pour les Abonnés » (dissout en 2012), crée pour établir un lien entre les fans et le club. Selon les mots de Sylvain, « jamais les dirigeants n'ont voulu dialoguer assure-il le ton amer. Leur assoc' a eu pleins de bâtons dans les roues et ils ont donc fini par s'auto-dissoudre pour éviter les emmerdes judiciaires... »

Participant à deux manifestations de l’organisation, il est également présent lors de marches du KOB (Kop Of Boulogne) ainsi qu’à la première contestation post-plan Leproux. Cette dernière, à l’occasion du premier match de la saison 2010-2011, lui vaudra une interdiction de stade d’une durée de six mois. Surtout, il précise que ces actions ne s’effectuaient jamais dans la violence. « On formait un cortège à base de chants, maillots, drapeaux, fumigènes à la main, comme au Parc jadis. On cherchait à montrer la ferveur pour notre club. C'était juste un moyen de rassembler les Paris-SG Fans pour une action commune. ». S’il ne manifeste plus aujourd’hui, il lui arrive encore de faire les déplacements du PSG, en tant que supporter indépendant.

Ayant vécu les protestations des anciens Ultras, le rapprochement entre les évènements des Champs Elysées et du Trocadéro avec les Ultras le choquent. Il martèle que les anciens abonnés « n’agissent pas de cette façon en cassant et en cherchant le conflit avec la police » En ce qui concerne la banderole vue sur l’échafaudage du Trocadéro qui affichait « Liberté Pour les Ultras » il pense que « dans ce contexte, avec les amalgames contre les Ultras qui ont atteint leur paroxysme, c'est franchement une idiotie de la foutre là. C'était du pain béni pour les journaleux! ».

Si l’identité des fauteurs de trouble reste encore à déterminer avec précision et semble dédouaner les Ultras, c’est le PSG qui sort en tant que grand perdant de la journée. Il a saboté les festivités liées à son titre et ne s’est toujours pas tiré d’affaire sur la question de ses « supporters ».

Bruno Cravo et Frédéric Scarbonchi