Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Pourquoi le centre de formation des Canaris ne produit plus de stars ?


Très longtemps cité en exemple comme ZE référence en terme de formation (Didier, Marcel, Claude, Reynald, Pat', il y en a des dizaines donc trois petits points), le Centre sportif José Arribas semble sur le déclin. Impression ? Réalité ? Pour éclaircir le débat, Foutebol a interrogé trois purs produits de la Jonelière : Michel Der Zakarian, Patrice Loko et Mickaël Landreau.


Mickaël Landreau - Julien Haler - Wikimedia Commons
Mickaël Landreau - Julien Haler - Wikimedia Commons

Mickaël Landreau : "Moyens financiers, politique de recrutement, concurrence ? On peut tout imaginer pour expliquer le contexte de la formation nantaise aujourd'hui. Difficile pour moi d'y apporter un jugement objectif, puisque je ne vois plus les choses de l'intérieur. Le plus apte pour répondre à cette question me semble être Michel Der Zakarian (NDLR : en-dessous). La formation à la nantaise, je n'en garde que de bons souvenirs. On nous apprenait à devenir des footballeurs mais également des hommes. Nous avions tous droit à un énorme respect. Je sais que ceux qui n'ont pas pu être conservés en gardent également un très bon souvenir. L'apprentissage sportif et humain relevait d'une très grande richesse. Le club a toujours réussi à véhiculer cette philosophie. Aujourd'hui, une chose est certaine : Nantes n'est plus en Ligue 1. Et ça reste fondamentalement un problème. On en parle beaucoup moins, le club est moins médiatisé et passe au second plan en terme de préférence. Mais le travail réalisé par Samuel Fenillat et tous les éducateurs conserve la même qualité."


Patrice Loko : " Il y a quinze vingt ans, le FC Nantes incarnait le modèle au niveau de la formation. Seuls des clubs comme Saint-Etienne ou Auxerre pouvaient rivaliser. On attirait plus facilement les meilleurs jeunes de 14-15 ans, on avait le temps de les former, les résultats suivaient et pas mal d'entre eux parvenaient à intégrer l'équipe pro. Aujourd'hui en terme de recrutement de jeunes, la difficulté est accrue. Tous les clubs pros ont un centre de formation. L'exclusivité n'est plus nantaise. Difficile dans ces cas là de garder les meilleurs. Pourtant sous la houlette de Samuel Fenillat (Directeur du Centre de Formation José Arribas), le travail est de qualité. Mais il doit composer avec d'autres facteurs. En terme d'effectif, la quantité a tendance à prendre le dessus sur la qualité, mais c'est logique vu le contexte. C'est pourquoi aujourd'hui il est plus compliqué d'obtenir des résultats. Pour autant à ce jour, le centre de formation nantais ne se porte pas mal du tout, mais il n'est plus le seul. Conserver l'identité reste une volonté il me semble, mais la situation du foot en général a évolué. Ce qui rend les choses plus difficiles à réaliser."

Michel Der Zakarian - Le Post.fr
Michel Der Zakarian - Le Post.fr
Michel Der Zakarian : " Il y a plusieurs années, on apportait une attention toute particulière à la formation. Aujourd'hui il est vrai qu'on s'en éloigne. C'est dû à mon avis à plusieurs raisons. A l'époque tous les clubs n'étaient pas dotés de centres de formation. Nantes effectivement faisait partie de l'élite sur ce créneau, au même titre que Saint-Etienne ou Auxerre. Il lui était plus facile d'attirer les meilleurs jeunes et on pouvait plus facilement se consacrer au recrutement. Aujourd'hui la concurrence est rude puisque tous les clubs disposent de cet outil. Pour tirer la quintessence d'un centre de formation, il faut laisser le temps aux éducateurs de travailler, aux jeunes de grandir ensemble afin qu'ils puissent intégrer le groupe pro. C'était le cas avant et des éducateurs comme Coco Suaudeau ou Raynald Denoueix ont pu obtenir les résultats que l'on sait parce qu'il y avait une réelle politique de formation au club. Aujourd'hui c'est beaucoup plus compliqué. La pression du résultat fait que l'entraîneur de l'équipe première ne dispose pas de ce temps nécessaire et doit agir autrement. Bien que je reste persuadé que ce qui se fait en ce moment à la Jonelière demeure du très bon travail. Il ne faut pas non plus minimiser le rôle des agents. Aujourd'hui presque tous les jeunes en ont un. Les agents font souvent partir à l'étranger leurs jeunes joueurs sous contrat avant même que ceux-ci aient terminé leur formation. C'est pourquoi on en voit souvent revenir la queue entre les jambes malheureusement. Tout cela mis bout à bout explique il me semble la situation du centre de formation nantais aujourd'hui. Il faut laisser le temps au temps."