Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


OM : de la politique primaire


Les déclarations d'Anigo et les résultats sportifs décevants ont mis le feu à la Commanderie. Après le déchirement, l'union sacrée a été déclarée. Comme au PS, les primaires en moins.


La voici la crise, la première de la saison. Qatar, première place et image soignée de cohésion, elle n'a pourtant exceptionnellement pas germé au Camp des loges. La fameuse crise de novembre ( © PSG) a explosé à la Commanderie, Marseille. Un lieu en manque de capitaine. Ou plutôt en excès de leadership. Larvé depuis son arrivée il y a trois ans comme entraîneur, le conflit entre Didier Deschamps et le couteau suisse olympien José Anigo (joueur, puis entraîneur des jeunes, puis entraîneur intérimaire, puis entraîneur en chef, puis directeur sportif) a été dévoilé à la face du monde dans les couloirs du Stadium, samedi, à Toulouse. « Ça suffit de toujours dire que c’est la faute à Untel ou Untel », a notamment déclaré Anigo. « Ça suffit de toujours se prendre pour Caliméro (…) Dans la situation de notre équipe, déclarer des choses pareilles, c’est de l’irresponsabilité ». Une réponse aux petites piques balancées ça et là, mais moins directement, par DD qui juge Anigo responsable des mauvais résultats, et inversement évidemment. « Il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche plutôt que de dire des conneries » a ajouté le divin chauve olympien. Au risque de créer des copeaux quand l'organe d'expression est de bois.
Calimero - Babito - Flickr Commons
Calimero - Babito - Flickr Commons

L'institution au-dessus des hommes

Il y va ainsi de « l'intérêt supérieur du club », comme l'a rappelé le président Vincent Labrune. Celui « passe avant tout », a enfoncé le fin stratège DD, pour verser ensuite dans le mélo. « Personne n'a le monopole de l'amour de l'OM », s'est emporté le Basque.

Cette réplique giscardienne note à quel point Deschamps, Bayonnais qui a soulevé la Ligue des Champions marseillaise et l'a mené ensuite à son premier titre depuis presque deux décennies en tant qu'entraîneur, peut bien réclamer son affiliation olympienne. Du moins autant que le minot Anigo, né à Marseille, qui a sué pour remettre le club en Division 1 en 85 avec les « minots », a joué les pompiers de service en 2001 sur le banc et mené OM en finale de Coupe de l'UEFA en 2004. Les deux éléphants olympiens ont sorti les défenses. Bataille de légitimité, d'attachement au club, qui pourrait se solder par un match nul. Deux hommes sincèrement liés à leur club, qui a besoin d'eux. Mais eux ont au moins autant besoin de lui. Deschamps a prolongé jusqu'en 2014 en début de saison avec des prérogatives élargies, notamment en matière de recrutement, et donc des choses à prouver s'il veut aller plus haut en Europe. Anigo a déjà dit qu'il ne se voyait pas ailleurs qu'à l'OM. Il est possible que les dirigeants de France et de Navarre voient les choses de la même manière. Une seule solution, opportune, celle du compromis : avertissement pour le minot et sanction financière, conciliation demandée à DD. Et bien sûr, « intérêt supérieur du club » et priorité donnée « à la situation sportive ». Dont acte.

Pirouette et photo de famille

Une campagne de pacification après les déchirements qui n'effacera sûrement pas les luttes internes, tant elles semblent tenaces. Mais elle a au moins le mérite de mettre l'institution OM au-dessus de tout intérêt personnel. Plutôt un bon signe, qui a fait ses preuves. Une vraie manœuvre politique de funambule, comme a su la mener à bien le PS durant les primaires. Echarpements publics, attaques personnelles et au final réconciliation opportune. A priori, en politique, c'est celui qui se trouve en mauvaise posture qui attaque. Aubry, Royal, Montebourg, Valls. Tous ont acéré leurs répliques contre le « candidat normal Hollande », qui l'a jouée grand seigneur, au-dessus des luttes internes pour l'intérêt supérieur (tiens, tiens) du parti, fort également de son avance dans les sondages. Dans la dernière ligne droite de la gauche, Martine Aubry s'est chargée de rappeler qu'elle incarnait, elle, la dame de fer, « la gauche dure », celle des 35 heures par opposition « à la gauche molle » de son adversaire, ainsi que son inexpérience minestérielle.


Ce qui ne l'a pas empêché de s'incliner. Puis de « féliciter chaleureusement François Hollande », le soir même de sa défaite, devant les militants. « Il est notre candidat, les primaires l'ont rendu plus légitime encore », a t-elle ajouté. Tous les autres candidats en ont fait de même, se rangeant derrière le leader élu pour reprendre leur place et leur casquette magnanime de défenseur du parti. Pour qu'il avance. Mais également pour que eux, aussi, avancent. Belle pirouette, qui n'est pas à exclure du côté de Marseille. Montrer une forme d'unité entre les deux patrons du sportif serait une sortie de crise par le haut. Clairement, l'OM est candidat à un retour à la normale. Une belle photo de famille, comme à l'Université d'été du PS, serait du meilleur effet. A l'image de la venue de Margarita Louis-Dreyfus au début du mois, pour resserrer les rangs. Mais il faudra sûrement trancher, plus tard, entre les deux éléphants pour la défense de son institution. Le référendum est juste reporté.