Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Monaco vers la mise en bière


La correction reçue en Coupe de la Ligue à Sedan (4-1) a violemment rappelé le niveau actuel d'un club double finaliste de Coupe d'Europe. La Ligue 2, son pain quotidien pour un an, au moins. « On a pris la leçon. Il a manqué beaucoup de choses, a relevé l'entraîneur Laurent Banide. Il y a de quoi être un peu inquiet ». Voire même beaucoup.


Stéphane Dumont qui balance ses ambitions dans un émouvant clip. Voilà la bande-annonce de l'AS Monaco version Ligue 2. Celle du futur et de l'avenir, donc. Ce ne sont pas les termes du nouveau maître à jouer, accesoirement successeur de Hoddle, Rui Barros ou Gallardo, qui arracheraient la larme aux nostalgiques de la dynastie Barthez-Henry-Trézéguet-Simone.

Un débit de père tranquille qui vient se la couler douce sur le Rocher après 28 ans à Lille et des objectifs déclinés machinalement. « Remonter en Ligue 1, rebâtir », tout en « vivant une nouvelle expérience ». On est loin du glamour de la Principauté et du football champagne. On frôle le buffet campagnard avec assiettes en plastique et toasts de surimi.
Restrictions budgétaires émanant d'une descente en Ligue 2. La gifle est rude. Apparaissent sur la photo, maillot floqué de cet improbable et hideux équipementier Macron, les sourires des nouveaux héros du royaume de la peur, le purgatoire du football français. Dans l'ordre d'arrivée Helstad (poulet de Loué fatigué), Marester (27 ans, 148 matches de Ligue 2), Mango (19 ans, cinquième choix derrière Leyti N'Diaye à l'OM), Salli (certifié nouvelle pépite camerounaise, sic), Carrasso (pas l'original) et Dumont, donc. Une bonne escouade de mercenaires flanqués des anciens, bombardés nouveaux piliers, en guise de poissons-pilotes. Des Chabbert, Hansson, Adriano ou Niculae, marins amochés. Park et Mongongu ne font que passer.


Erreur de casting

On est dans les clous de l'austérité annoncée par la voix de Laurent Banide, capitaine de navigation de ce boat people, rapport aux paillettes accrochées au Rocher. « L'important sera d'abord de répondre au débat physique. On essaiera aussi de trouver progressivement des certitudes de jeu et de présenter un visage intéressant ». Tout est dans le « aussi ». La priorité est donnée à une remontée rapide, sans questionnement de fond. On verra après pour la reconstruction et la remise en question. Paré à la précipitation pour sauver les meubles sans prendre la peine de mettre un coup de chiffon en passant.
Une vilaine erreur qui pourrait faire disparaître à petit feu un club qui était encore en finale de Ligue des Champions il y a sept ans.. La descente en Ligue 2 n'est pas un hasard mais une (très) longue suite d'erreurs de castings chez les entraîneurs (après Deschamps, Petit, Guidolin, Boloni, Banide, Ricardo, Lacombe et re-Banide), les joueurs (M'Bokani, Niculae, Saviola, Cufré, Bolivar, Kallon, Pino, Leko, Berthod, Pokrivac, Piquionne, Simic, Adu, Müller, Gudjohnsen, Eduardo Costa, Niculae, Chevanton, Vieri, Kapo, Di Vaio) et les dirigeants (mais qui est cet Etienne Franzi, président de son état, et pourquoi Marc Keller a choisi de mettre une cravate ?). Une remontée immédiate serait le coup de liquette passé à la va-vite sur la table basse parce qu'il y a de la visite.
Il n'effacerait pas les tâches incrustées.


Le (mauvais) exemple nantais

L'antécédent nantais, autre monument qui vire gentiment au sépia, est là pour en témoigner. Plus personne ne s'étonne aujourd'hui de voir les matches des Canaris vautré devant Eurosport un lundi soir. Le funeste jeu de l'élastique qui avait permis une remontée immédiate en 2009 a laissé de méchantes traces. De la même nature de celles qui sont à déplorer sur les chaussettes des Canaris, ramassées à Sedan, Châteauroux, Vannes ou Tours. Nantes est désormais un résident de Ligue 2 qui a appris ses habitudes. Victimes d'avoir repeint les murs là où il fallait recouler la chape de béton.
Les joueurs raflés par Monaco en vue de la remontée réussiront peut-être leur mission. Mais ils deviendront ensuite autant de sangsues accrochées au Rocher, trop justes pour le niveau supérieur, plombant le budget et occupant des casiers à la Turbie sans salir leur maillot, bien camouflé sous leur survèt au bout du banc. Nantes s'était débarrassé avec difficulté des De Freitas, Poulard, Shereni, Dossevi, Bagayoko ou Capoue, signés pour l'opération commando qui n'ont pas voulu ensuite s'asseoir sur leur contrat. Et que dire des Wilhelmsson, Gravgaard, Klasnic et Heinz, pris pour en jeter un peu de retour dans l'élite qui sont devenus autant de nouveaux boulets sportifs et financiers une fois le retour à la Ligue 2 acté.



Un scénario qui n'arrache pas la larme au générique mais laisse plutôt un sale goût de navet

En leur temps, ces deux clubs confrontés à la même situation - comme Marseille et Bordeaux - avaient su réécrire l'histoire en construisant, misant sur leur centre de formation. Une bonne pioche assortis d'as à plus fière allure que de vieux valets de la Ligue 2 cornés aux quatre bords. Comme celle de Monaco en 77-78 qui lui avait permis de remonter en D1 et d'enlever le titre l'année suivante avec sur la photo les minots Ettori, Courbis, Vannucci, François puis les Couriol, Bijotat et Amoros. La mise en pratique de la politique de formation lancée un an avant la descente de 76 par un certain Banide. Gérard, père de.