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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Messi le Catalan


58 sélections, deux coupes du Monde, pas de coup d'éclat. Léo Messi claudique lorsqu'il troque ses habits de lumières blaugrana pour ceux de l'Albiceleste, usant l'immense attente de ses compatriotes. Et de ses coéquipiers, qui commencent à le faire savoir . Et pourtant le double ballon d'or a toujours fait honneur à sa patrie.


Lionel Messi - Flickr - Foutebol - CC
Lionel Messi - Flickr - Foutebol - CC
Fin du deuxième match de poule de l'Argentine face la Colombie en cette soirée du 7 juillet : « Gamin, on joue les dernières minutes. Tu ne peux pas te laisser prendre la balle, fils de pute ». La réplique gicle. Saillante. Nicolas Burdisso, s'adressant à Léo Messi. Et pas l'ombre d'une réprimande pour le défenseur de la Roma. A peine le capitaine Mascherano et Zanetti sont montés au créneau. Pour calmer le jeu. Pas pour défendre Messi ni blamer Burdisso. Car même si la formulation laisse à désirer, le défenseur de la Roma a peut-être visé juste sous des abords de bûcheron. Le gamin devrait grandir. Ne pas se laisser faire arracher la gonfle quand on lui a lâché les clés du camion et montrer tout son génie, mis en sommeil avec la tunique nationale. Des vieux routiers acceptent de suivre un guide et son aura pour garnir son palmarès. Pas d'être manoeuvré avec soubresauts par une jeune pousse en conduite accompagnée.

Sifflé pour la première fois

Après les injures, les sifflets tombent pour accompagner ce triste début de Copa America à domicile. Deux nuls (0-0 face à la Colombie et 1-1 face à la Bolivie). Et pas l'ombre d'un mouvement structuré pour espérer mieux. La vindicte populaire réclame la reconnaissance du ventre d'un double ballon d'or biberonné au Barça. « C'est la première fois qu'on le siffle, a déploré le géniteur, Jorge, après la débâcle. Je ne sais pas ce que prendre sur ses épaules l'équipe veut dire. Est-ce insulter ou crier sur tous ses coéquipiers ? Mon fils a un autre genre de caractère ». Autre que celui dont le nom est scandé après la bronca et qui rôde comme un spectre dans l'ombre de Messi : Maradona. Double peine pour un joueur d'exception qui n'arrive pas à relier sa nationalté avec son éducation footballistique.

L'ombre de Diego

Comparaison facile et hors de propos entre les deux Dix ? Peut-être. Mais inévitable. Maradona est devenu El Diez. Messi est en recherche de chapelle sur la terre de ses ancêtres, écrasé par l'ego et l'omnipotence de son aïeul. « Diego est incomparable », a tranché le pater. « Injuste » avec son descendant a même estimé El Pibe himself. « Il n'a pas assez d'options offensives », analyse l'ancien sélectionneur. Lui non plus n'en avait pas. Hormis celles qu'il s'offrait. Et à même niveau de jeu « européen » entre les deux, même retour espéré du peuple argentin.
58 sélections, 17 buts. Un palmarès vierge comme une confession de premier de communion. Même à 24 ans, ça commence à se voir que l'intégration à la culture du jeu d'un pays qu'il a quitté à 13 ans ne prend pas. Un problème insoluble tant la culture footbalistique de l'héritier et son utilisation dans son pays sont incompatibles. En équipe nationale, Messi ne se doit pas seulement d'être artisan du jeu comme au Barça. Messi EST le jeu sous les couleurs Albiceleste. Imposé à marche forcée dans une culture du foot qui n'est pas la sienne. Où la différence se fait individuellement. Là où il participe à un produit collectif en Catalogne, il est sa figure de proue et son autorité en Argentine. Un costume sinon trop grand pour sa personnalité peu expansive du moins inadapté à sa culture du je(u).

Culture catalane

Il n'est pas libre avec sa sélection car il est responsable. A Barcelone sa liberté lui est procurée par la diffusion des forces de création. Il profite du mouvement des Xavi, Iniesta, Pedro ou Villa pour ouvrir les brèches et d'une logique de jeu limite sectaire imposée depuis sa pré-adolescence. Ce mouvement et cette démarche n'existent pas avec son pays. Zanetti n'a pas les cannes pour prendre le couloir comme Dani Alves, Mascherano, bien que partenaire de club, et Cambiasso n'ont pas le même tempo que Busquets et Xavi, et Tevez et Lavezzi ne s'effacent pas aussi facilement que Villa et Pedro. Sous les ordres de Guardiola, il est la bûche jetée pour transformer la braise en feu de joie. Avec Batista, c'est à lui de frotter le silex pour faire jaillir l'étincelle. Ce qu'il ne lui a jamais été enseigné.
Sans ses petits copains de la Roja occupés à jouer à la Playstation à taille réelle pour leur nation, Messi est seul. Barcelone sans lui, ça marche. Le maillot de l'Espagne frappé de l'étoile en témoigne. Mais Messi sans le Barça et son style de jeu, ça échoue. Car Léo n'est pas Diego. Le prophète est Argentin. Et Messi est Catalan, toujours en attente de naturalisation sur ses terres natales.