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Lou Doillon : initials LD


O joie, ô bonheur, ami lecteur : Lou Doillon sort cette semaine son premier album « Places ». La fille de Jane Birkin et du cinéaste Jacques Doillon, avec la complicité d’Etienne Daho, révèle une chanteuse on va dire magnétique. C'est la révélation - inattendue/quoique - de cette rentrée musicale. Elle tourne en boucle dans mon casque - et dans ma tête - et maintenant donc sur Foutebol.



« Jusqu’ici, Lou était entre deux mondes, la mode et le cinéma. Avec cet album, j’ai l’impression qu’elle a enfin trouvé son monde », constate joliment Zdar, l’homme aux mains d’argent (Phoenix, The Rapture, Beastie Boys, Cat Power…) qui a mixé le disque dans son studio parisien. « Entre Étienne Daho et Lou Doillon, c’est comme s’il y avait eu un alignement de lunes », avance-t-il pour résumer cet album ; un peu miraculeux quand on sait les désastres que peut engendrer l'industrie musicale lorsqu'une actrice se lance dans la chanson (Sophie Marceau and Co).

« Lou me fait davantage penser à une chanteuse soul que rock », affirme Daho, qui signe là sa plus belle réalisation depuis bien des années. L'occasion aussi pour Foutebol de rappeler à son jeune public que le dénommé Étienne Daho est l'un des plus grands compositeurs de pop musique Française (du siècle dernier). Eh oui.

Très autobiographiques, les paroles révèlent des années d’errance, une personnalité troublée (« Ce sont des complaintes qui relèvent pour la plupart de la survie ») et un caractère rebelle (Defiant, comme le souligne un titre). « J’assume ma grande fragilité féminine et, pour l’assumer, je revendique une démarche masculine. D’ailleurs, mon album est entièrement dédié à des hommes. » Un titre comme Same Old Game a valeur cathartique pour l’intéressée, qui reste fascinée par l’écriture de Leonard Cohen, tu m'étonnes John.

"A part la mort, rien n’est fondamentalement grave"

A quand remonte l’idée de ce disque?
- LOU DOILLON : "Je ne voulais pas en fait. J’écris des chansons depuis huit ans, parfois sur deux notes, comme une fille du blues, pour raconter des histoires, pour moi, pour aller mieux, par besoin de parler car je suis très solitaire. Ma mère, Jane, qui en était fan voulait me produire. Je voyais déjà les méchants sourires genre « et maintenant, elle chante ». Et puis elle en a parlé à Etienne Daho".

Vous le connaissiez?
- "Non, on s’était croisés à des anniversaires mais il est surtout ami avec ma mère et ma sœur Charlotte (NDLR : Gainsbourg). Je lui ai joué les chansons et le lendemain il m’a rappelée et m’a dit : « Je me suis levé ce matin et j’avais encore une de tes chansons en tête. Tu ne veux pas que l’on essaie d’en travailler quelques-unes en studio? »

Il y avait beaucoup de musique pendant votre enfance?
- "On en écoutait peu chez ma mère. Serge Gainsbourg était souvent là, mais j’ai plutôt des souvenirs rigolos avec lui. Il faisait plein de blagues en jouant du piano, c’était très ludique. Ensuite je suis devenue une vraie groupie de musique. J’adore être dans le public, traîner dans les festivals, les loges. Et je peux écouter des choses de manière obsessionnelle comme Nina Simone, Billie Holiday. Je suis aussi très fan de Siouxsie and the Banshees ou Arno, des chansons que je hurlais dans la salle de bains à l’âge de 6 ans."

Il y a une économie de moyens dans votre disque. D’où vient-elle?
- "J’ai vu des gens se perdre dans des projets parce qu’ils avaient trop de sous. Ma démarche vient peut-être aussi du cinéma de mon père : se concentrer sur l’essentiel avec honnêteté. J’ai enregistré le disque dans les conditions du direct avec les musiciens en une seule prise complète."

« Une actrice qui chante », « une fille qui sort son disque » : ces clichés ne vous font pas peur?
- "Les gens n’ont pas toujours compris mon parcours un peu étrange où j’ai pu jouer Beckett le soir, faire des défilés de mode la journée et écrire des chansons la nuit. Mais dans ma famille, on s’est toujours dit que l’important était de faire, de s’exprimer. Et que finalement, à part la mort, rien n’était fondamentalement grave."

Lou Doillon « Places », Barclay, 9,99 € (Digital) et 12,99 € (CD). En concert les 24 et 25 octobre à Paris à la Flèche d’or.
Interview intégrale : LeParisien.fr