Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Libreville (Gabon)


Marché et marches vers le succès


J’ai longtemps hésité à consacrer quelques lignes sur cette Coupe d’Afrique des nations. Non pas qu’elle soit dénuée d’intérêt, bien au contraire, mais parce que pour être tout à fait sincère je n’y connais rien ou pas grand-chose en matière de football africain. Alors, je me suis dit que j’allais m’intéresser à autre chose, parler de ce Gabon que je découvre, d’un Continent « à part ». Après tout, nous sommes aussi ici pour évoquer le football comme un objet social et pas simplement un « outil » sportif pour les Multinationales.

Mon premier contact avec la terre ocre de Libreville s’est produit comme souvent : en me trompant de chemin.

Je devais aller récupérer de quoi téléphoner et je me suis retrouvé au beau milieu d’un marché artisanal. L’enchantement fut total. Si les maillots des Panthères (surnom donné aux joueurs de l’équipe du Gabon) étaient bien en évidence entre deux plats à manioc, ce sont surtout les odeurs des épices ou de poisson séché qui ne trouvaient pas d’équivalent dans mon cortex olfactif. Je n’avais jamais rien senti d’aussi fort, d’aussi bon.

C’est à ce moment que la jeune Malia m’a pris par la main.

Elle qui croyait trouver la poigne ferme de sa maman, fut toute surprise de glisser ses doigts dans les miens. Pas le moins du monde gênée ou contrariée, elle me sourit du haut de son mètre avant de me lancer « c’est pas toi ma maman ». Cette même maman qui apparut quelques secondes plus tard et qui vint me remercier d’avoir trouvé sa fille. Esseulé au beau milieu de ces cris et de ces odeurs d’un autre monde, je lui proposai de l’accompagner entre les étales pour qu’elle me parle des produits de son pays, Malia parut ravie…

Cette visite me confirma une chose essentielle : ce sont bien les enfants qui créent du lien.

Je n’achetai rien, mais passé la visite j’en savais déjà un peu plus sur les pratiques culinaires gabonaises (bananes séchées puis frites, crabe farci, etc.). Quelques heures plus tard, je me retrouvai au beau milieu de ce qui allait être mon marché artisanal à moi : le stade de l’amitié sino-gabonaise de Libreville. Dans un stade vide où, ici et là, des ouvriers chinois s’affairaient pour réparer, boucher, plâtrer ce qui devait l’être, je me fis la même réflexion comme à chaque début de compétition : que me restera-t-il après ce mois passé ici ? Chaque voyage est toujours une invitation à s’ouvrir aux autres, à mieux comprendre ce qui nous différencie et à plus de tolérance aussi. C’est là mon principal moteur, le football n’est -peut-être ?- dans mon cas qu’une excuse pour satisfaire cette soif au Monde. Je ne sais pas si Malia et sa maman suivront la fin du Tournoi maintenant que le Gabon est éliminé, mais il y a bien une chose dont je suis certain : l’odeur du succès n’émanait d’aucun étal de ce marché artisanal.