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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Les Nerazzurri sont-ils vraiment si méchants ?


Evidemment, aujourd’hui, il n’y a pas vraiment d’autre sujet foot que la finale de la Coupe d'Afrique des Nations. Voilà pourquoi, adepte du contre-pied et de la Panenka dominicale, j’ai choisi de vous parler de l’Inter de Milan.


Le mercredi 22 février, l’OM affrontera l’Inter de Milan, les nerazzurri, en Ligue des Champions. On ne saurait trop conseiller aux Marseillais de convoquer la Bonne mère et le fantôme de Gaston Deferre, pour espérer s’en sortir sans trop de dommages.

L’Inter de Milan a toujours eu pour moi un côté inquiétant, chelou, pas tibulaire, mais presque. Quand elle participait à mes matchs de foot des Playmos, l'équipe était toujours composée de gars atypiques. Ceux qui avaient du crayon sur la tronche, ceux qui n'avaient plus de bras ou un pied cassé, les pirates reconvertis, les chauves… Aucun n’avait le même maillot, c’était l’équipe bordélique, contre eux c’était la lutte finale, c’était l’Internazionale, ça finissait toujours en baston générale et en engueulade particulière.

Mais pourquoi tant de défiance à l'égard de ce club mythique, dont la vitrine à trophées est plus remplie que les soutiens-gorge de Samantha Fox et de Sabrina réunis ? (Oui je sais, mes références sont un peu désuètes. Je vous prierai en plus de conserver l’image des-dits souftingues il y a 15 ans, sans penser à l'allure qu'ils peuvent avoir aujourd'hui. Jean-Claude Mas, monsieur prothèses PIP, si tu lis ces lignes...)
 


Mais pourquoi tant de défiance à l'égard de ce club mythique ? (1)

Ah oui je sais, le maillot.

A Milan, dans la capitale mondiale de la mode, le choix des couleurs et le sens des rayures ont plus d'importance qu'ailleurs. Ces bandes bleues et noires revêtent un côté sombre, lugubre, une ambiance de fin de jour. Elles témoignent forcément d'un jeu crépusculaire, entre chien et loup, pas net, retors. Dans ces tuniques, les Bergomi et autres Zanetti ont plus l'air d'exécuteurs de basses besognes que de joueurs de foot, de ceux qui laissent des corps inertes dont ils ont arrangé le faciès à coups de batte de baseball, dans le coffre de la bagnole de Joe Pesci. Leurs voisins gominés du Milan AC portent beau, eux, à la ville comme au turbin. Le noir et le rouge, le rouge et le noir sont devenus la marque internationale de l’élégance du geste juste. Pourtant, le choix des couleurs stendhaliennes ne fut pas inspiré par la candeur d'un Jean-Paul Gaultier primesautier : « Le rouge pour rappeler le diable, le noir pour inspirer la peur. Le Milan AC sera comme un incendie sous un ciel orageux ». Ainsi était défini le projet Rossoneri.
 

Mais pourquoi tant de défiance à l'égard de ce club mythique ? (2)

Ah oui je sais, le style de jeu.

Ce n'est pas pour rien que les méchants de l'Inter de Milan ont popularisé et tout gagné grâce à une tactique mortifère : le catenaccio. Ce système de jeu extrêmement fermé, donnant la part belle à la défense, à l'anéantissement de l'attaque, à l'étouffement systématisé de toutes velléités ludiques. Au milieu des années 60, le franco-argentin Helenio Herrera permit aux Intéristes d'accéder au statut de mythe avec cet anti-style. Quarante ans plus tard l’homme de main, le Portugais José Mourinho, remplit d’ailleurs le dernier étage de l'armoire à trophées du stade Giuseppe Meazza côté intériste, grâce à une tactique destructrice proche de celle sus évoquée.
 

Mais pourquoi tant de défiance à l'égard de ce club mythique ? (3)

Ah oui je sais, ce quart de finale odieux face à Nantes en coupe de l'UEFA, le 19 mars 1986.

Je vous rafraîchis la mémoire ? A l'aller, à Milan, le FCNA n'avait pas touché terre. Les Nerazzurri s'étaient imposés 3-0. Au retour, les Canaris, remontés comme des coucous, avaient laissé leurs complexes aux vestiaires et étaient parvenus à faire trembler la bande à Altobelli. Der Zakarian, Hallilodzic et Le Roux avaient ainsi permis aux Nantais de mener 3-1 à la mi-temps ! La toute neuve Beaujoire étaient en fusion. Provocation, trucage, malignité, mauvais esprit, violence, rideau d'acier tactique, destabilisation, pétage de plombs auront finalement raison des espoirs jaunes et verts. Score final : 3-3. Merci le réalisme.
 

Mais pourquoi tant de défiance à l'égard de ce club mythique ? (4)

Ah oui je sais, le népotisme.

L’Inter semble être la danseuse de la famille Moratti. Chez ces gens de la haute italienne, on se refile le bébé, un peu comme les Corléone se refourguaient des territoires et du petit personnel à sulfateuse, les Sarkozy des circonscriptions. Le père, Angelo, a dirigé le club au cours de la grande période des années 60, celle de la Grande Inter, entre 1955 et 1968. Depuis, la famille a toujours gardé les rênes du bourrin. Massimo est le président officiel depuis 1995 et le conseil d’administration du club est farci de Moratti : Gianmarco et Natalino Curzola (les frères), Angelomario, Giovanni et Angelo Gino (les fils). Quant à Letizia Moratti, la sœur, elle était encore maire de Milan il y a quelques mois. Ca peut aider pour les affaires.
 


POURTANT

  • Pourtant, à côté du Berlusconi voisin, leader maximo de l’AC Milan, Massimo Moratti, fait figure de sympathique gauchiste. Souriant, frisottant et grisonnant à souhait, il ressemble un peu à Luciano Benetton, le chantre de la United colours, « vous me reconnaissez ? ». Contrairement au Berlu adepte des apéros bounga-bounga, il n’a pas eu à fricoter avec les franges fascisantes de l’échiquier politique italien, dont la charmante petite fille de Duce, Alessandra Mussolini, celle qui aurait déclaré « Mieux vaut être fasciste que pédé ». Ne nous égarons pas. La digression permet tout de même de rappeler qu’au commencement du commencement, avant le Big bang milanais, il n’y avait qu’un seul club à San Siro. Jusqu’au 9 mars 1908, date à laquelle 43 dirigeants ont fait scission avec la maison mère, mécontents de voir refuser aux étrangers le droit de jouer dans l'équipe. Un bras d'honneur plutôt sympathique, dont le club naissant a tiré son patronyme universaliste : Internazionale.
 
  • Pourtant, en 2006, il remporte le titre de champion d’Italie alors que tous ces rivaux habituels : la Juve, le Milan AC et la Lazio, sont éclaboussés par un scandale de matchs truqués. L’inter est le seul à s’en sortir blanc comme neige.
 
  • Pourtant, ce club généreux et talentueux s’est construit l’un des plus beaux palmarès de l’histoire du foot européen.
 
  • Pourtant, l’Inter a enrôlé parmi les plus grands joueurs de la planète.
 

Alors maintenant, comment se présente ce match sur le plan statistique ?

Les résultats de l’OM face aux équipes italiennes ne sont pas si mauvais. Selon certaines sources, le bilan est de 6 victoires, 5 nuls et 5 défaites. Les résultats de l'Inter face aux clubs français, seraient de 7 victoires, pour 1 nul et 2 défaites... hum bon...

Sinon, la finale de la Can, c’est Zambie – Côte d’Ivoire...