Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Les Français aiment le Litex


Depuis 2005, pas une année sans présence française de l'autre côté des Balkans, à Lovetch, ville de 40 000 âmes au centre de la Bulgarie, sous les couleurs du club local, le Litex. Une bourgade où il fait bon vivre pour les joueurs tricolores qui viennent y chercher du temps de jeu, la Ligue des Champions une notoriété et des négociations rondement menées.


Il n'a pas enflammé le début juin en étrennant son maillot bleu. Il n'a pas fini meilleur passeur de Ligue 1 avec 17 offrandes au compteur. Son nom n'a pas alimenté les tuyaux percés de la gazette des transferts durant l'été. Pourtant Maxime Josse (24 ans, 46 matches de Ligue 1) a accédé au rêve que caresse son compère et ancien camarade de club Marvin Martin : quitter son club formateur pour découvrir la Ligue des champions. Dans une tenue en Litex, il a célébré son dépucelage européen et une défaite 2-1 face au Wisla Cracovie. 4 minutes en fin de rencontre lors du 3e tour qualificatif le 26 juillet (après une défaite 3-1 au match retour le 3 août, le Litex est éliminé). « Ca fait plaisir de jouer une compétition comme celle-là », s'enthousiasme Josse trois semaines après son arrivée à Lovetch, ville bulgare de 40 000 habitants située à 150 km de Sofia «où la vie est très agréable selon Alexandre Barthe, au club depuis trois ans. Les gens n'ont rien mais vous donnent tout. La langue n'a pas été un obstacle » pour ce défenseur central de 25 ans en provenance de Rodez. « Il y a un traducteur au club et j'ai appris le Bulgare en six mois ». Josse n'en est pas encore là. Mais il ne semble pas déboussolé à l'idée de se retrouver chez le double champion de Bulgarie en titre. « C'est le football », balaie-t-il à l'évocation de l'exostisme de la destination. C'est qu'elle commence à être connue des Français.


Jean-Christophe Caillet, le pèlerin

Outre Barthe, il a pu se rencarder auprès de Fabien Boudarène, « que mes agents ont contacté ». L'ex Sochalien, alors à Dijon, avait composté son billet pour la Bulgarie et le [Litex Lovetch]http://fr.wikipedia.org/wiki/Litex_Lovetch en juillet 2007. Il était encore des premiers hexagonaux à fouler en short cette terre du centre du pays qui allait devenir une colonie au cours des cinq dernières années.
Jean-Christophe Caillet, le premier, y a chaussé ses crampons. Telle la tribu Thrace qui est venue se poser entre le 4e et le 3e siècle avant J-C au milieu de la Bulgarie, dans la région des Grands Balkans. En pèlerin. L'ancien joueur de Metz et de Clermont était venu chercher quelques frissons dans une carrière qui stagnait et qui se serait sûrement cantonnée à des étapes champêtres. Après une bonne saison 2005-2006, le latéral s'était alors expatrié à Genk, en Belgique, pour trois saisons comme titulaire avec un titre de vice-champion à la clé.
Après les plâtres essuyés par Caillet, la moulure bleu-blanc-rouge n'a pas eu le temps de refroidir pour les orange et verts, les couleurs du Litex. Sans discontinuer, un Français l'a enfilée depuis. Cédric Cambon (2007-2008), Cédric Uras (2007-dec 2008), Wilfried Niflore (janv 2008-janv 2011), Jérémy Acedo (juil-dec 2008) ou encore Alexis Bertin (2008-janv 2009). En quête de piment, de notoriété et de sécurisation de contrat dans une carrière qui balbutiait. Ils sont même trois cette année à figurer dans l'effectif : Maxime Josse, Onanga Itoua, 22 ans, arrivé d'Auxerre à l'intersaison, et Alexandre Barthe. Le dernier nommé est en partance pour Boulogne. Il n'en reste pas moins conquis par l'expérience.

Un sysytème de recrutement bien huilé

«Quand je voyais des joueurs français signer là-bas, je me posais des questions. Mais j'ai eu je ne sais pas combien d'appels pour me conseiller d'y aller », témoigne t-il. Ce qui lui a permis de garnir son palmarès en enlevant la coupe en 2009 et les championnats 2010 et 2011. Et de se faire repérer, aussi, misant sur la stratégie du gagnant-gagnant. « Je suis ici pour me relancer, souligne Maxime Josse, qui a signé pour deux ans plus une en option. Je devrais beaucoup jouer et si je fais une bonne saison, ce sera bon pour tout le monde ».. Comprenez pour lui, mais aussi pour le club, qui mise désormais sur de jeunes Français, infléchissant leur politique de recrutement.
Alors que les Uras, Boudarène, Caillet ou Niflore arrivaient après avoir tenté leur chance en France pendant quelques années, les Josse, Itoua, Cambon (champion d' Europe U19 en 2005) ou Barthe sont tout frais éjectés du centre de formation ou dans l'anonymat du National, lorsqu'ils débarquent au Litex. D'anciens pensionnaires des équipes de France jeunes, à fort potentiel, mais oubliés sur le bas côté du banc par leur club qui sont attirés par la rapidité des négociations et la perspective de la Ligue des champions. Et ça marche : deux titres de champion les deux dernières années, les 3e et 4e du club depuis sa création en 1921, en partie grâce à l'apport des tricolores. Le fait d'un système de recrutement bien huilé et d'affaires vites emballées. « J'ai été repéré en équipe de France jeunes », explique Barthe, qui a cotoyé en sélection les Cabaye, Diaby, Kaboul, Sow, Gouffran et Gourcuff, champions d'Europe moins de 19 ans en 2005. Ensuite, tout s'est enchaîné rapidement. « J'étais à Rodez, j'avais des touches, mais rien de concret. Il m'ont proposé un contrat et c'est allé très vite ».


« C'est pro, limite mieux qu'en France »

Même chose pour Josse, champion d'Europe U17 en 2004 avec Ben Arfa, Benzema et Nasri. « J'avais quelques pistes à l'étranger mais bon... Un agent de là-bas m'a contacté pendant la préparation avec Sochaux, où il me restait un an de contrat. Je les ai rejoint au Danemark, en stage, puis je suis rentré à Sochaux pour un ou deux jours avant de partir à Lovetch ». Où l'attendait un contrat « financièrement bien plus intéressant » qu'en France estime pour son cas Barthe.
En retour, sont attendus abnégation et sérieux dans un club en voie de développement « qui s'inspire beaucoup de la culture française », estime le néo Boulonnais, envoyant ses techniciens effectuer des stages dans l'Hexagone, mais « qui manquait de rigueur et de sérieux » à son arrivée. « Les mentalités des joueurs sont différentes ici. Ils aiment bien faire la fête ». Les choses semblent évoluer. Avec les yeux de la découverte, Josse s'enflamme un peu plus, décrivant des installations qui « n'ont pas grand chose à envier aux clubs français. C'est pro, limite mieux qu'en France ». Ce qui ne l'empêche pas, à l'instar de Barthe, de déjà penser à un retour, l'étape suivante de sa carrière. Comme l'ont fait Cambon, qui va découvrir la Ligue 1 avec Evian, Niflore, meilleur buteur du championnat en 2009, revenu en janvier à Nîmes, Acedo, échu à Moulins, ou Bertin, aujourd'hui à Martigues. Des évolutions mitigées qui questionnent sur l'éclat de la vitrine du Litex pour attirer le chaland. « Je ne sais pas si cela a été bénéfique pour ma carrière, analyse le très posé et lucide Alexandre Barthe. Dans le foot, on peut s'imaginer plein de choses avec les « si » et des « j'aurais pu » ». Si ce n'est d'aller jouer au Litex Lovetch. Ca aurait pu être étonnant.