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Les États-Unis en panne de ligue professionnelle féminine


Trois saisons et puis s’en va. Après la WUSA dans les années 2000, c’est la WPS qui tire sa révérence, laissant le terrain vierge de toute ligue professionnelle majeure. Seule une victoire des footballeuses américaines aux JO 2012 semble à même de redonner du tonus aux rêves de grandeur du foot professionnel féminin. Mais on s’oriente plutôt vers la transition d’une ligue semi-pro.


La Fédération du soccer américain veut résolument s’impliquer dans la gestation d’une nouvelle ligue de foot féminin grandeur nature. Officiellement. Et comme précédemment avec les ligues WUSA et WPS, il n’en sera rien.

Des vessies et des lanternes
Les joueuses et les clubs rêvent de se fédérer sous la tutelle de la Major League Soccer, comme les basketteuses de la WNBA l’ont fait avec la NBA. Mais la Major League Soccer préfère rester entre hommes.

La chute est brutale. En 2009, première année de l’ère WPS, les clubs affichaient un budget d’exploitation moyen compris entre 3 millions et 4 millions de dollars, tandis que le salaire des joueuses était – sauf rares exceptions – plafonné à 600 000 dollars pour un salaire moyen de 32 000 dollars. En mai 2012, il n’était plus question que de bâtir une nouvelle ligue de foot féminin avec des clubs naviguant entre 500 000 dollars et 750 000 dollars par an. À l’époque de la ligue WUSA, on espérait entre 5 000 spectateurs et 8 000 sectateurs payants. Quand la WPS était à l’agonie, on sablait le champagne quand il y avait 2 000 entrées payantes. Entre-temps, le n’importe-quoi tenait lieu de credo footballistique.

Les dirigeants de la WPS ont confondu les vessies de la comptabilité avec les lanternes de leur nombril. Aucun rêve n’était trop beau pour eux. Le cauchemar aura vite succédé au rêve.

Le pire de tous les cauchemars fut aussi le pire de tous les fiascos. L’homme d’affaires Dan Borislow pensait faire une bonne opération marketing en acquérant le prestigieux club des Washington Freedom. Il l’a d’abord fait déménager en Floride, lui a donné le nom de son empire de télécoms (magicJack), a recruté ou conservé les superstars emblématiques Abby Wambach et Hope Solo. Puis il a confié les rênes du club à des coaches au rabais, sans préparateur physique ni gestion humaine dignes de ce nom.

Vaches maigres à l’horizon

La liquidation de Washington Freedom, les dérives nombrilistes de la WPS et la crise financière du football féminin professionnel ont également fait une autre victime de taille : les budgets de Puma. L’équipementier allemand ne ménageait ni ses efforts ni son portefeuille, mais il a préféré mettre un terme à son partenariat après y avoir englouti beaucoup plus d’argent que prévu.

Le football professionnel féminin se retrouve désormais coincé entre deux ligues semi-professionnelles, W League et WPSL Elite. Aucune des deux n’a les moyens de faire obtenir aux joueuses ne serait-ce que le salaire moyen de l’ère WPS. L’avenir des joueuses de l’équipe des États-Unis sur le sol américain apparaît d’ailleurs compromis, même si elles affirment presque toutes vouloir continuer de jouer sur le territoire national.

Les États-Unis ont pourtant besoin d’une ligue de football professionnel féminin à la fois solide, vraiment nationale et très médiatique. Tout le monde en convient. C’est en effet grâce aux efforts successifs de la WUSA et de la WPS qu’ont pu naître et fructifier des talents aussi exceptionnels que ceux d’Abby Wambach, Hope Solo ou Shannonn Boxx.

L’été 2012 sera chaud pour les joueuses américaines. Parce qu’elles mouilleront le maillot sous la pluie londonienne, mais aussi parce qu’elles sont en train de négocier leur avenir avec les dirigeants des clubs et avec d’actuels ou anciens dirigeants de ligues féminines. Reste à savoir si cela stimulera le Team US ou inhibera l’instinct guerrier des footballeuses américaines.

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