Foutebol
Foutebol
Le foot qui s'amuse à réfléchir


Les Bleus retournent la sinistrose


Deux jours après la folle nuit du Stade de France, retour sur une grosse semaine d'émotions fortes et intenses, où nous sommes passés par tous les états et où notre pays a montré, dans tous les domaines, ses faiblesses et ses talents.


Marion Aydalot
Marion Aydalot

Les talents des joueurs et du staff de Didier Deschamps, d'abord, qui ont retourné une situation que certains jugeaient désespérée. Le talent aussi des 77000 spectateurs qui ont soutenu les leurs du début à la fin. Le talent, si français, enfin, de passer du pire au meilleur en si peu de temps.

Parce qu'il faut quand même bien le dire, nous sommes vraiment les champions du monde du pessimisme !

Entre le vendredi 22h30 (fin du match aller) et le mardi 21h, notre pays a étalé son trait de caractère qui le caractérise trop souvent. En gros, les joueurs étaient des sales gosses qui se foutaient de nous, Deschamps un loser, et je ne parle pas des dirigeants. Non mais franchement : Didier Deschamps, un loser depuis quand ? L'homme qui a tout gagné en tant que joueur, qui a mené un OM moyen au titre et l'AS Monaco en finale de la Ligue des Champions ? Les joueurs français qui ne "mouilleraient pas le maillot" (quelle expression idiote) ?

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire certains oiseaux de mauvais augure qui pensent exister en cartonnant les autres, les joueurs sont en général des mecs simples et sympas, le plus souvent modestes, et sur un terrain toujours prêts à se battre et à se défoncer. Il est vrai aussi que nombre d'entre eux sont sans doute plus fragiles psychologiquement que ceux d'autres nations, et c'est l'un de nos problèmes.

Autre évidence : la majorité de nos internationaux sont fiers d'être français, tels les Varane, Valbuena, Giroud, Evra, Matuidi, Lloris, Nasri, Sagna, Sakho (qui a définitivement bien fait de quitter le PSG pour trouver du temps de jeu) et j'en passe. Un jour, j'ai demandé assez bêtement à Steve Mandanda : "tu es de quelle origine ?" il m'a répondu "je suis français". Point. Bien sûr, je ne suis pas naïve, il est possible que certains ne soient pas tout à fait de cet avis, mais de grâce ne mettons pas tous les joueurs dans le même sac.

Certes, j'en veux toujours à ceux qui ne chantent pas la Marseillaise. Je sais que ce n'est qu'un détail pour beaucoup d'observateurs, mais refuser de faire ce petit geste qui ferait du bien aux supporters me reste un peu en travers de la gorge. A ce sujet je salue le fait que Franck Ribéry se soit mêlé avec joie à ses coéquipiers qui entonnaient l'hymne sur la pelouse après la victoire de mardi. Entraîné par la tornade du plaisir, c'est comme ça qu'on veut le voir !

La double confrontation de ces barrages face à l'Ukraine nous a juste prouvé que notre sélection était fragile "dans la tête" comme le dit DD. Elle l'a déjà été à de multiples reprises dans son histoire. Sans remonter au France-Bulgarie de 93, souvenons-nous de ce pauvre match contre le Sénégal lors de la Coupe du Monde 2002 : la France de Zizou (absent ce jour-là) était largement meilleure mais la peur a pris le dessus quand les choses semblaient plus compliquées que prévu.


Et puis il faut dire la vérité : nos joueurs ne sont pas non plus aidés par mes confrères journalistes et consultants qui passent leur temps à les tailler

Là encore, pas de généralités, tout le monde n'est pas à mettre dans le même sac, mais on sait que ce sont les plus en colère qui font le plus de bruit, et le bruit qui a suivi le match aller était absolument assourdissant...et tellement français ! J'ai cru que nous étions éliminés ! Quand un observateur se paie les Bleus, c'est beaucoup plus dur à encaisser pour les joueurs que de se faire engueuler par le sélectionneur, car lui les aime, il se comporte en père et non en juge. Pour une équipe de foot, difficile de ne pas avoir la pression quand on se prend dans la tête qu'on est les plus nuls alors que la qualification n'est pas encore perdue. Cette propension à tout voir en noir avant que l'histoire ne soit écrite me fatigue, je dois vous le dire. Et elle n'est pas propre au football ni au sport, même si le sport de haut niveau est propice aux émotions les plus fortes et donc aux exagérations les moins intelligentes. J'ai entendu parler de "honte" et de "faute professionnelle" alors qu'il faudrait accepter que dans le sport, il arrive de tomber sur meilleur que soit, tout simplement.

Je rappelle à l'occasion que nous n'avons plus Zidane, que nous n'avons pas non plus de Messi, de Ronaldo ou de Zlatan, c'est-à-dire de stars interplanétaires qui gagnent les matches. A ce jour, on sait que nos Bleus ont du talent, des fragilités, du cœur, des oublis, de la volonté, des défauts et des qualités. Encourageons-les pour la Coupe du Monde et l'Euro 2016, arrêtons deux minutes de leur trouver tous les défauts du monde, et ils seraient alors bien capables de nous refaire au Brésil le coup du France-Ukraine de mardi.

Allez les Bleus ! ;-)

Marion Aydalot
Marion Aydalot