Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Le mercato : bras de fer ou bras d'honneur ?


On pense à Sessegnon avec le PSG, Payet avec l’ASSE. De simples salariés qui défient leur entreprise en refusant de s’entrainer, méprisant le contrat passé au seul prétexte qu’ils veulent voir ailleurs si l’herbe est plus verte.


Est-ce bien raisonnable ?
Et surtout, cette méthode, de plus en plus prisée chez nos amis footballeurs est-elle concevable et transposable dans le monde de l’entreprise ?

François Ory, imaginons : une boite extérieure drague un cadre supérieur qui décide alors de ne plus venir travailler dans son entreprise en prétextant qu’il a mal au ventre ou je ne sais quoi. Est ce que c’est possible ?

Bien sûr que c’est possible. On a des préavis de 1 à 3 mois, mais ces préavis peuvent très bien être pris en charge par la société qui recrute le cadre. La grande différence, c’est que dans le contrat de travail, il y a une clause de non concurrence et donc, un directeur commercial, par exemple, ne peut pas partir pour une boite qui travaille dans le même secteur d’activité. C’est en cela que le contrat de travail est mieux ficelé chez un salarié que chez un footballeur.



Mais vous avez déjà vu des collaborateurs faire sa « tête de cochon » pour pouvoir quitter l’entreprise ? Comme Sessegnon ?

Bien sûr. Chantage, arrêt maladie, ce sont des choses qui existent et qui peuvent mettre en péril le rendement de l’entreprise. Après, les enjeux ne sont pas les mêmes, même si il y a licenciement.



Est ce que vous êtes choqué quand vous voyez Dimitri Payet demander à partir alors qu’il vient tout juste, l’été d’avant, de reconduire son contrat jusqu’en 2013 ?

Oui c’est choquant. Et c’est là où ça ne va pas. Mais si le joueur va voir son président et lui dit : « c’est fini, je ne marque plus de buts », comme il n’est pas stipulé dans son contrat qu’il doit marquer des buts, vous ne pouvez pas lui faire de retenue sur son salaire.



Et en plus, il n’attend même pas la fin de la saison !

Oui mais là, il y a un problème d’éthique vis à vis de Saint Étienne. Je ne connais pas l’affaire, mais un président doit faire attention à ne pas déstabiliser un club concurrent. (NDLR : Le PSG a essayé de recruter Payet au Mercato après la vente de Sessegnon)



Si le club tient tête au joueur, il peut se retrouver avec un Marouane Chamakh qui dit à Bordeaux : « Vous ne voulez pas que je parte ?... Ok ! J’attends la fin de mon contrat et au bout du compte, pour votre pomme, ce sera zéro centime ! Merci

Beh oui, c’est le problème. C’est extrêmement délicat à gérer. Il faudrait que tous les présidents de clubs se concertent afin de trouver le moyen de verrouiller les contrats au niveau juridique et qu’ils soient tous rédigés sur le même mode pour éviter justement qu’il y en ait un qui fasse son chantier tout seul. Comme ça, le joueur saurait qu’il ne peut pas faire n’importe quoi et qu’il ne pourrait pas aller n’importe où.



Il y a aussi une chose dont on ne parle pas, c’est l’agent de joueur qui profite de cette période pour essayer de se faire une petite com’ pour payer ses huitres de noël…

Oui mais le chasseur de tête a une fonction similaire. Il peut toucher entre 3 et 6 mois de salaire de la personne qu’il va placer. Après, c’est vrai qu’on est moins dans une question de période. Déjà, le salarié peut se sentir bien dans son entreprise, ce qui, heureusement, arrive souvent. Et puis les écarts de salaire sont beaucoup moins importants. Une personne qui touche 50 000 euros par mois ne peut passer à 150 000 euros pour un poste quasiment équivalent. Souvent, quand un salarié est contacté par une autre boite avec revalorisation salariale, il en profite pour aller voir sa direction et lui dire : je suis bien chez vous mais voilà ce qu’on me propose ailleurs. Et en général, l’entreprise fait l’effort.



Est ce que la solution ne serait pas de renforcer la position de l’entraineur sous forme d’actionnariat ou de primes afin que celui ci ait plus de pouvoir au sein de son club ?

Il est un salarié au même titre que le joueur. Il a un CDD et non pas un CDI ce qui rend sa position tout aussi instable. C’est LA grosse différence avec le monde de l’entreprise qui fonctionne avec des contrats à durée indéterminée.



C’est pas simple tout ça…

Non c’est pas simple et d’ailleurs, je pense qu’il y a d’autres personnes que nous deux aujourd’hui qui ont dû se pencher sur la question.



Oh je pense… (rires)

Je pense aussi. (rires)



FRED PROUT