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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Le Kosovo et la Fifa, une histoire sans fin...



Le Kosovo et la Fifa, une histoire sans fin...
C'était il y a une semaine, le Comité exécutif de la FIFA, qui se tenait à Budapest, a donné son accord pour que les associations membres de la FIFA puissent disputer des matches amicaux contre la Fédération kosovare de football. Et oui, c'est une première grande victoire pour le Kosovo et pour Fadil Vokrri, le président de la FFK. Mais quelques jours plus tard, la fédération internationale de football a suspendu sa décision. Du mécontentement des Kosovars aux tensions avec la Serbie, Artn'sport décide de remettre les choses aux claire et d'expliquer la situation à l'aide d'un français d'origine Kosovar qui a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Mardi dernier, le Kosovo retenait son souffle en attendant la décision de la Fifa qui permettra peut-être à leur nation de disputer des matchs amicaux contre les 208 nations membres de la FIFA. Après cette première victoire, il y a bien une personne qui doit être ravie, c'est bien le président de la fédération Fadil Vokrri. Et c'est bien sur tout un pays qui doit savourer cette décision. "Nous avons obtenu cette autorisation de jouer des matchs amicaux contre des membres de la FIFA, mais nous n’avons pas reçu le statut de membre de la FIFA, et nous ne pourrons toujours pas jouer de compétitions officielles", a indiqué le président de la FFK à la sortie de la réunion.

Il faut noter que le Kosovo avait déjà disputé des rencontres internationales contre des membres de la FIFA, mais pas depuis la déclaration du 17 février 2008. D'ailleurs, Vokrri insiste sur la possibilité pour le Kosovo de disputer des rencontres amicales en conformité avec les règles de la FIFA en soulignant bien que la Catalogne, la Guadeloupe ou la Corse disputaient de telles rencontres sans que cela ne pose de problèmes.

Mais tout le monde n'est pas du même avis, en particulier Michel Platini qui a bien expliqué que pour lui ''Cette décision va à l’encontre des convictions de la fédération européenne''. De même que pour la Serbie qui par la voix de Tomislav Karadzic qui est le président la Fédération serbe de football ne veut pas en rester là sur cette affaire qui dure depuis déjà de nombreuses années.

Par exemple, pour la commémoration de l'indépendance du Kosovo en 2008, le Brésil des U23 devait affronter le Kosovo en match amical, mais la Serbie a tout fait pour que le match n'ait pas eut lieu, ce fut le cas en s'appuyant bien entendu sur le fait que la FIFA n’autorisait pas ce genre de match.

"Il ne s’agit pas de reconnaître le Kosovo comme un pays indépendant, mais de prendre acte du fait qu’on joue au football au Kosovo, et qu’il faut donner une crédibilité à ce mouvement. Notre inquiétude vient du fait que tous ses joueurs sont contraints de jouer à l’étranger et pour d’autres pays pour pouvoir s’exprimer" a déclaré le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke. Et c'est déjà le cas, la majorité des joueurs de l’équipe nationale albanaise est composée de joueurs kosovars. Par exemple, on peut citer un joueur connu en France comme Lorik Cana, Xherdan Shaqiri du Bayern Munich ou encore Behrami de la Fiorentina.

Pour finir, on peut constater en ce qui concerne le football que tous les clubs kosovars ne font plus partie des compétitions nationales depuis l’époque de la Yougoslavie. Ce choix est tout de même délicat car les résultats sportifs ou même de formation sont faibles et déjà affaiblis par le manque de moyens, alors une non-reconnaissance de la FIFA en plus, c'est une situation complexe pour le Kosovo. Après ces nombreux fait, ils décident d’organiser un championnat local sous le nom de Raiffeisen Superliga, dont le club du FC Pristina domine largement ce championnat. Mais le niveau reste très faible alors comment viser l'Europe pour ce club? Attendre l'entrée du Kosovo avec les 208 autres nations membres de la Fifa ou pourquoi ne pas intégrer le championnat Albanais ?

Pour en savoir un peu plus, nous sommes partis à la rencontre d'un jeune conseiller sportif originaire de Paris. Agé de 24 ans, Sasha Huet Baranov est à la tête d'une société de consulting et management de football, et qui de mieux que lui pour répondre à nos questions car évidemment, il adore le football et surtout, il connait très bien le contexte de cette région du monde dont l'histoire est assez méconnue du grand public.

Malgré la décision de la Fifa de ''suspendre' sa décision d'autoriser le Kosovo de disputer des matches amicaux contre des fédérations membres de la FIFA, que penses-tu de cette évolution pour le Kosovo?

-"Personnellement, je trouve ça dommage de la part de la FIFA. En donnant leur accord il y a quelques jours de ça, c'est tout un pays, le Kosovo, qui a savouré. Je regardai justement les chaînes Albanaises et Kosovardes ce jour la, et pour beaucoup de gens c'était une belle victoire, alors devoir repartir à zéro, est une immense déception pour tout le monde. Au Kosovo, des gens donnent énormément de leur temps, pour que ce petit pays soit enfin reconnu, pour la qualité de ses athlètes et non pour sa situation politique."


- Comment les Albanais vivent cette tension constante avec la Serbie?

-"On le sait, il y a toujours des petites tensions, après il ne faut pas non plus généraliser ni d'un coté ni de l'autre. La guerre a laissé des traces, et on ne peut pas demander aux gens de tout oublier et de faire comme si de rien était. Il faut laisser du temps."


- Pour toi, quel est le plus gros problème du football au Kosovo ?

-"Les infrastructures et la formation. Malheureusement, c'est un pays qui a d'autres priorités que le football, après les évènements qui ont eu lieu. L'heure est plus à la stabilisation et la reconstruction du pays, alors le football passe au second plan. Je peux vous garantir, qu'au Kosovo, il y a de nombreux talents, surtout en jeune, mais arrivé à l'adolescence c'est assez difficile pour eux d'évoluer dans de bonnes conditions et de passe le cap. Mais encore une fois, je me répète, j'ai été très étonné de voir la motivation des dirigeants et des institutions de là-bas. J'ai rencontré le président du comité Olympique Besim Hasani, qui sans cesse, met une énergie considérable pour arriver à ses fins, c'est le cas également de Fadil Vokkri, le président de la fédération de football au Kosovo, ce sont des gens qui y croient vraiment, et qui lutteront jusqu'au bout pour que le Kosovo soit enfin reconnu sportivement. C'est la véritable mentalité Albanaise, ne rien lâcher. C'est ça qui me plaît."


- La plupart des joueurs de la sélection d'Albanie proviennent du Kosovo. Tu penses qu'il y a un vrai potentiel avec les joueurs kosovars ?

-"Pas la plupart, mais la majorité des bons joueurs oui. C'est le cas de Lorik Cana. Je l'ai toujours dit, au Kosovo, peut-être même plus que dans les pays voisins, les gens vivent football. Il y a même des rues qui portent le nom de clubs de foot, comme une qui s'appelle "rue Milan AC". De ce fait, tous les jeunes garçons jouent au foot, et il y a dans ces jeunes de vrais talents. Certains arrivent à partir en formation en Europe, et s'aguerrissent. Pour les autres c'est plus difficile."

- A l'avenir, il faudrait pour toi donner plus de crédibilité et faire savoir aussi qu’on joue au football au Kosovo ?

-"Bien sur. Ce n'est pas évident du tout mais dans mon cas personnel, j'ai pris même parfois plus de plaisir à regarder jouer Hyse ou le FC Prishtina que regarder certaines équipes de ligue 1. En Europe, il y a énormément de joueurs d'origine Albanais ou du Kosovo que les gens ignorent. Prenez l'équipe de Suisse, et regardez bien, le meilleur exemple est celui de Xherdan Shaqiri, mais il y a aussi Dzemaili de Naples, Bajrami en Suède etc.... Ils sont tous Albanais du Kosovo."

- Si cela n'évolue pas, tu penses que le Kosovo devrait demander son indépendance ? Au pays, on se voit plus comme un habitant du Kosovo ou d'Albanie ?

-"Le Kosovo a été reconnu indépendant déjà, même si une trentaine de pays à ma connaissance ne vont pas dans ce sens. Au Kosovo, 95% de la population est Albanaise, ils parlent Albanais, les médias sont en Albanais, l'école aussi, donc les gens se voient comme des Albanais. Le drapeau rouge et noir (drapeau de l'Albanie) est présent partout. C'est une ex région de Yougoslavie peuplé d'Albanais, qui a demandé son indépendance pour des raisons de tranquilité, mais certains Kosovars n'hésitent pas vous reprendre, quand vous leur affirmez qu'ils sont Kosovars, ils vous répondent avec fierté qu'ils sont avant tout Albanais, Albanais du Kosovo précisément.

Entre haine et politique, la situation du Kosovo reste difficile, il faudra laisser agir le temps et la patience de ses dirigeants pour les voir un jour intégrer la fifa. Néanmoins pas décourager, ce tout jeune pays continue de vivre pour sa passion qu'est le football et éspère qu'un jour, le ballon aura raison du reste.

Benyahia Ali

Ali Benyahia