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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Lacombe coule son club, en un an


Club de renom, le FC Sochaux est en passe de quitter le championnat dont il est le fondateur, la Ligue 1. Lanterne rouge, le club avait pourtant décroché une très belle 5ème place l'an passé. En l'espace de quelques mois, Lacombe a emmené son bien en enfer.


Malgré un palmarès relativement réduit, le FC Sochaux-Montbéliard est un des clubs majeurs du football français puisqu'il est le club comptant le plus de saisons au sein de l'élite professionnelle française, et s'affiche comme le premier club de football professionnel créé en France. C’est fortement enraciné dans le contexte socio-économique de la région que le club a vu le jour. Grâce à la grande ville ouvrière de Montbéliard et à Jean-Pierre Peugeot, directeur des usines dont on ne citera pas le nom, va naître le précurseur du football professionnel en France. Réputé pour sa réelle et assumée politique de formation, le club parvient chaque année à offrir du jeu, et s’assurer le maintien, au moins. En plus de belles infrastructures, le FC Sochaux parvient à garder des finances saines grâce à l’impressionnante quantité de joueurs sortant de son centre de formation.

Alors que beaucoup de pronostiqueurs annonçaient la descente en Ligue 2 du FCSM à l'issue de la saison 2010-2011, le club réalise une très belle campagne et termine à la cinquième place du championnat. Malgré des matches de préparation médiocres, les Sochaliens entament bien la saison. L’équipe composée d'une ossature de joueurs formés au club de la génération Gambardella 2007 propose un jeu très offensif reposant sur la technique et le collectif. La seconde partie de saison est tonitruante et le club se qualifie pour la ligue Europa grâce à une génération dorée représentée par l'international algérien Ryad Boudebouz et par Marvin Martin, les révélations de cette saison sochalienne. Ce-dernier finit meilleur passeur de Ligue 1 avec 17 passes décisives, il intègre l'équipe de France en juin et inscrit un doublé pour son premier match en bleu face à l'Ukraine.

Malgré la qualification en ligue Europa, l'intersaison est marquée par les velléités de départ des principaux joueurs de l'équipe ainsi que de l'entraineur Francis Gillot. En ligue Europa l’équipe sombre face au FC Metalist Kharkiv (0-0 à l'extérieur puis défaite 0-4 à domicile). Modibo Maïga et Kévin Anin vont jusqu'à refuser de jouer pour être transférés… Les Sochaliens montrent pourtant un visage séduisant en début de Championnat avec une 6e place au bout de la 4e journée (2 victoires, 1 nul, 1 défaite), mais aujourd’hui, le club est relégable en 20 e position, à 5 points du premier non relégable.


Un coach qui n’a pas su prendre les choses en main

Après le départ d’un coach qui avait ravi tout un peuple, le choix de l’entraîneur qui devrait confirmer était capital. Alors que des Baup ou Fernandez étaient sur le marché, c’est Mécha Bazdarevic qui fut choisi par Lacombe. Joueur emblématique du club dans les années 80, il prenait donc, l’été 2011, la succession de Francis Gillot. Sa mission : confirmer le bon travail de son prédécesseur, confirmer la belle saison de son club, confirmer le potentiel de son équipe.

On le sait, quel que soit l’endroit, il est plus facile d’y monter que d’y rester. Dans cette situation, plus facile d’atteindre le top 5 que de s’y maintenir. Un cadeau empoisonné, donc, pour un coach expérimenté mais de Ligue 2. Depuis 98, l’ancien meneur de jeu a connu 5 clubs. Sochaux d’abord en tant qu’entraîneur de la réserve, avant le FC Istre, et un exil loin de la France, en Tunisie puis au Qatar. Avant de poser ses valises à Sochaux, le Bosniaque avait fait son retour en France, à Grenoble. Fort de deux montées en Ligue 1, avec les deux clubs français qu’il a entrainés, on n’en oubliera pas les deux descentes qui ont suivi.

Après de bons débuts avec le club, on connait l’histoire. Le navire sochalien coule, et ne semble pas en mesure de se relever. Depuis la 13ème journée de championnat et une prestigieuse victoire (2-1) sur l’Olympique lyonnais, ses anciens hommes ne sont pas parvenus à arracher une victoire. Anciens hommes, car de nombreux revers lui ont valu un licenciement. Quand une équipe va mal, le premier à payer est le coach.

L’ancien coach grenoblois n’aura jamais réussi à imposer ses idées au sein d’un vestiaire pétri de talents mais aussi de personnalités conflictuelles. Les velléités de départ, sans cesse affichées, de Modibo Maïga et Kevin Anin, et les perspectives d’avenir des deux joyaux de l’équipe, Marvin Martin et Ryad Boudebouz, auront été autant de complications à gérer pour « Bazda ». Désormais, le FCSM se tourne vers l’avenir et c’est provisoirement avec le duo Eric Hély-Bernard Genghini qu’il avancera. « Éric Hély, présent au club depuis 2003, était jusqu'alors l'entraîneur de la réserve du FCSM. Il s'appuiera sur l'ensemble des compétences techniques du club, et notamment celles de Bernard Genghini, titulaire du DEPF », précise le club.
En ces quelques mois à la tête du club, il n’aura jamais su égaler le mentor de son jeune effectif. Finalement, Bazdarevic n’aura pas su gérer, une équipe peut être ingérable. Entre fantômes et joueurs perdus, pas facile la vie de coach.


Des abonnés absents

Modibo Maïga, Kévin Anin, le FC Sochaux compte bien un duo de folie dans ses rangs! Malheureusement, ce n’est pas dans le jeu qu’ils font mouche. Enfants terribles de la Ligue 1, ceux-ci se font remarquer, ou plutôt pas, par leurs absences répétées. Retards aux entraînements, passe encore. Mais absences, retour de vacances 15 jours après la date prévue, les deux joueurs sont même allés jusqu’à rater des matches. Une simple raison, des velléités de transfert. Ni le président, ni l’entraîneur n’auront su leur rendre raison.

Mais pourquoi ? Simplement, les deux joueurs ont reçu des offres durant l’été. Plus qu’intéressés par un départ, l’homme fort du club, le président Lacombe, en a décidé autrement. La saison commence alors avec deux trouble-fêtes, en plus du nouveau coach. Pas facile alors pour le reste de l’équipe de se concentrer sur une saison charnière pour le club…


Le corps à Sochaux, l’esprit ailleurs

Marvin Martin, Ryad Boudebouz, sont les stars de cette équipe… Aujourd’hui les stars d’une lanterne rouge ternie, on se demande ce qu’ils font là. Restés après une belle 5ème place pour jouer régulièrement, jouer l’Europa League et confirmer en Ligue 1, ils s’en mordent aujourd’hui les doigts. Sur le terrain, ils ne sont que les ombres d’eux même. La tête ailleurs, l’envie perdue, leur niveau a clairement diminué. Comme trop de jeunes joueurs, ils ne jouent plus pour leur club mais pour en trouver un nouveau. Comme trop de jeunes joueurs, ils réfléchissent trop et n’écoutent pas leur cœur. Aujourd’hui, ils entament les matches en ne pensant qu’à leur fin. Le jeu de Sochaux en est meurtri, et eux ne peuvent plus profiter d’un collectif perdu. Ils sont l’un des points d’un cercle vicieux, celui qui conduit leur club vers la Ligue 2…


Des mercatos pas folichons

Alors que part libre Maurice Bellay, l’un des moteurs offensifs du club, n’arrive que des noms de seconde zone, inconnus du grand public. Lors de l’été 2011, arrivent donc Papa Demba Camara, Mouyokolo, Roudet, Abdoul Razzagui et Camara. Seul l’arrivée de Corchia semble être un renfort de poids. A côté de cela, étaient parti Matthieu Dreyer, Boukary Dramé, Maxime Josse, Jacques Faty, Badara Sene, Geoffrey Tulasne et Brown Ideye, un deuxième moteur offensif important pour l’équipe.

Le club clairement en difficulté à l’intersaison se voit dans la nécessité de recruter. Souvent, en hiver, se sont les clubs qui s’en veulent d’un été raté qui se montrent les plus actifs. C’est bien le cas de Sochaux. Le problème, des moyens restreints, et une équipe qui n’attire pas. Une occasion est à saisir, le retour de Charlies Davies. Lacombe y a pensé, et a rapatrié l’américain, alors en prêt en MLS. Après un grave accident, il rentre en France pour retrouver le bonheur des terrains. L’accompagnent Yaya Banana, Thierry Doubaï et King Osanka, que je ne connais pas mieux que vous ! Pour conclure, Kevin Anin quitte enfin le club. Le souci, il se rend chez un candidat au maintien, l’OGC Nice. Les supporters grondent, on renforce l’ennemi sans se renforcer, du moins pas dignement.

Finalement, on se souviendra que la descente aux enfers du club, est due à sa gestion depuis un été 2011 qu’on retiendra comme le pire. Un coach sans doute pas à la hauteur d’une tâche difficile, pas facilitée par un mercato qui aura conditionné tout un effectif. Un mercato raté et des joueurs gardés contre leur gré, qui perturbent un effectif fragile, déjà orphelin de deux moteurs offensifs importants. S’ajoute à ça des sauveurs à la tête ailleurs, Martin et Boudebouz, ou l’ombre d’eux même… Le destin de Sochaux semble scellé, les supporters vont bientôt crier. Lacombe…


Brandon Lattuca | le-sport-et-moi.net

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