Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


La colonie Pénitentiaire


Hier samedi, je me suis entrainé le matin à partir de 7h. La chaleur n’était pas encore accablante et ma course en partie différente.


Franz Kafka est un écrivain né le 3 juillet 1883 à Prague et mort le 3 juin 1924 à Kierling. Il est considéré comme l'un des écrivains majeurs du XXe siècle
Franz Kafka est un écrivain né le 3 juillet 1883 à Prague et mort le 3 juin 1924 à Kierling. Il est considéré comme l'un des écrivains majeurs du XXe siècle
Douze heures plus tard, l’heure où j’y vais habituellement, le paysage s’habille d’une lumière différente, les couleurs sont les mêmes cependant beaucoup moins nettes. Que dire aussi des effluves de bbq, nombreux sur le chemin, qui changent, en ce qui me concerne, la perception des choses, l’odeur de la nature principalement, elle aussi est différente après une journée passée sous le soleil et ce samedi matin ça sentait bon le frais, la chlorophylle même, sur Christophe Colomb ils venaient de couper l’herbe des talus.

Une super bonne course donc et une super bonne sieste après forcément

Ce matin, selon le programme d’entraînement pour Québec que je m’efforce de suivre, 25km étaient au programme. Hier, cela devait être 35min tranquilles mais j’étais tellement bien que j’ai fait 75min avec des intervalles, tant pis me suis-je dit, c’est toujours ça de fait. Finalement, après une répétition très néfastes de "bon, un dernier p’tit café et une clope, après j’y vais" Je suis parti, il était quand même 10h00, heureusement une masse nuageuse voilait le soleil mais le thermomètre indiquait 32C, j’allais maigrir c’est sûr. Douze kilomètres parfaits, je dégoulinais de sueur, je faisais demi-tour. Plus de nuages, le soleil plein feu sur ma crinière qui sentait bon le sable chaud. (Pour le sable, pas sûr, mais pour le chaud, certain!) Il y a une bonne côte pour rejoindre le blv Gouin et passer sous le pont Pie IX, elle m’a fait mal et donnée des sueurs froides. Une coureuse arrivait devant moi, je la croyais en collants et chandail à manches longues, mais non, elle était en bikini, tatouée du cou aux chevilles. Je ne porte aucuns jugements, je m’en fous complètement, mais dans ma souffrance, le flash provoqué par cette fille, m’a fait perdre un tant soit peu la tête. J’ai relu il n’y a pas longtemps ‘La colonie Pénitentiaire’ de F.Kafka, j’adore ce mec, et il y a cette machine qui écrit sur les suppliciés. Un bon shoot d’endorphine et j’avais à mes trousses une machine à tatouer toutes sortes de conneries. J’étais mort de peur, mort de fatigue, la sueur ne coulait plus, mais mes cheveux continuaient d’arroser cyclistes et piétons qui me croisaient d’un peu trop près. Il me restait six bornes à faire, la machine me piquait le dos. ‘Ne faut pas avoir la fierté plus grosse que les jambes’. Ta gueule, efface! Lui dis-je. Je me suis arrêté pour boire, c’est tout. Deux kilomètres plus loin, deuxième shoot d’endorphine, je croise une très jolie fille avec très belle poitrine, mon dieu que sa forme était belle, j’avais envie d’y toucher. Paf, la machine me rase un côté de la tête, et écrit sale obsédé sexuel. J’étais effondré, je n’arrivais plus à me défaire de cette maudite machine à écrire, mais j’étais bientôt arrivé. Soudain, le noir avec ses mains dans le dos et ses lunettes toutes croches, que je vois souvent, est apparu en haut de l’avenue Christophe Colomb, j’étais sauvé ! Tiens, la machine, regardes le monsieur avec ses mains derrière le dos, c’est J-Paul Sartre, il est noir, il pense beaucoup, il a les mains sales et a plein de choses qui lui travaillent la tête. J’avais la paix. Je passais sous la métropolitaine, il me restait 1,5km à faire, mais j’arrêtais mon chrono, j’allais tomber, j’avais des crampes. Je me suis assis cinq minutes parterre et je suis rentré en marchant.

Parfois la course c’est terrible.

Jean-Yves Larhantec