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L’homosexualité, tabou du football féminin ?


Traînant au bord des terrains, les commentaires sont toujours les mêmes. Malgré l’accumulation des bons résultats de l’EDF, de Lyon en Coupe d’Europe ou encore de la médiatisation constante du football féminin, les mentalités changent mais certains préjugés persistent. Pour beaucoup d’hommes ou même de femmes, les joueuses de football sont pour la plupart des garçons manqués au préalable et donc des lesbiennes. Les sports collectifs féminins (rugby, football, handball) ou même sport individuel (boxe) traînent cette image laissant dubitatifs annonceurs et publicitaires. Néanmoins, il est temps de ne plus se cacher. Beaucoup en parle, le chuchote. L’homosexualité fait partie intégrante du football féminin français. Comme dans beaucoup de sports, la sexualité de nos athlètes féminines reste taboue.


Le Tabou de la sexualité

L’homosexualité, tabou du football féminin ?
L’homosexualité n’est toujours pas bien vu dans le sport. Peu de sportives françaises osent faire leur coming-out dans les médias, la plus connue étant Amélie Mauresmo. Rayée dans les guignols, considérée comme beaucoup comme l’athlète française la plus influente, la Tenniswoman française n’était pas à l’aise avec sa sexualité comme elle le reconnaît en 2007 pour le Figaro.fr

” Je n’étais pas encore épanouie en tant que femme comme je peux l’être aujourd’hui, j’étais naïve et un peu bébé. Mais grâce à cette annonce, j’ai gagné ma tranquillité et j’ai dépassé tout cela, ce que j’apprécie énormément…”

Bien que les joueuses de tennis ont une image plus sexy que les footballeuses (malgré la campagne publicitaire osée de 2009), la déclaration de Mauresmo démontre que le coming-out peut servir de déclic et apporter une tranquillité personnelle inespérée. Souvent, un être humain ressent le besoin d’exprimer sa sexualité, différente en général, pour se sentir épanoui personnellement et se faire accepter de son entourage proche. Marinette Pichon représente bien cette vision de la joueuse lesbienne décomplexée. Ex-capitaine de l’équipe de France et porte drapeau du football féminin pendant des années, elle n’hésite pas à parler de sa femme dans un article de Rue 89 datant de 2009

” J’assume ma femme, je l’aime. “

Néanmoins, elle n’hésite pas à raconter une anecdote mettant en exergue l’inquiétude de l’encadrement technique quand les histoires d’amour peuvent prendre le pas sur les entrainements. Nous sommes en droit de nous poser la même question pour les footballeurs ou footballeuses hétérosexuel(le)s comme le prouvent l’absence ou la présence des femmes lors des compétitions continentales ou internationales d’une équipe nationale. Le choix reste aux mains du coach. L’homophobie est le seul terme approprié ici. Beaucoup d’hommes gravitant autour des joueuses s’inquiètent de ces relations qui peuvent plomber une équipe ou les performances de la joueuse en question, surtout si « sa femme » fait partie de la même équipe comme nous l’explique Delphine (nom changé), jeune fille jouant dans l’un des nombreux clubs parisiens :

” Forcément, une relation entre deux joueuses de l’équipe dégrade l’entente surtout quand cette relation reste confidentielle. De plus, la jalousie est présente si l’une des deux est un pion essentiel de l’équipe. Les soupçons et mèches basses se multiplient. Le cordon de la confiance dans l’équipe est fragilisé au fil du temps. “

L’homosexualité dans les douches

Chacun d’entre nous a connu les ambiances de vestiaire. Joyeux dans la victoire et maussade dans la défaite, les vestiaires sont l’occasion pour tous de partager des moments intimes, ceux d’une équipe. La socialisation de l’homosexuelle féminine prend ainsi tout son sens. En règle général, le sport et ses vestiaires permettent à une jeune femme homosexuelle de s’affirmer dans sa sexualité au contraire d’un homosexuel masculin, qui selon les préjugés, se retrouvera beaucoup plus dans des activités soit disant féminines ou artistiques expliquant la réaction du rugbyman gallois Gareth Thomas après avoir avoué son homosexualité en 2009

« J’étais persuadé que je n’aurais jamais été accepté en tant que gay, et que je n’aurais pas réussi une telle carrière. J’étais devenu un maître dans l’art du subterfuge et pouvais me comporter comme un vrai macho sur un terrain, parce que je ne voulais surtout pas que l’on découvre ma nature profonde, mais renoncer pendant aussi longtemps à ce que vous êtes réellement finit par vous plonger dans un sentiment de honte et de solitude. »

Avec une génération de jeunes filles beaucoup plus libérées, l’homosexualité n’est point tabou dans les vestiaires. Considéré comme une mode pour certaines, les joueuses n’hésitent pas à le revendiquer au grand jour comme nous l’explique Delphine :

« Chez les jeunes, le vestiaire devient un terrain de jeu. Beaucoup de filles s’embrassent devant les autres et n’hésitent pas à draguer certaines hétérosexuelles. Au fil du temps, la nature « hétérosexuelle » de certaines tend plus vers l’homosexualité. Je ne sais pas si elles sont influencées spécialement par les filles ou par la mode mais elles se sentent épanouies et affirment leur sexualité au contact de leur équipe »

Néanmoins, le processus d’affirmation de son homosexualité dans l’intimité des vestiaires et au contact des autres joueuses est moins palpable chez les séniors. La génération de femmes est moins ouverte que celle des plus jeunes mais surtout les filles sont plus réservées sur leur vie privée comme nous l’explique Delphine :

« Les connotations sexuelles existent bien mais ceci est beaucoup plus dans l’humour que la séduction. Je pense que ça ressemble tout à fait à une ambiance de vestiaire d’hommes dans sa globalité mais plus féministe (rires). En général, toute l’équipe sait quelles joueuses sont homosexuelles mais ce n’est pas le plus important. La vie privée est plus respectée »

Et si finalement le football féminin permettait de faire évoluer les idées reçues sur la sexualité ?

L’homosexualité est donc tabou au grand jour mais moins dans un vestiaire. Concernant la réaction des jeunes femmes, elles sont bercées par une société qui nous encourage à étaler notre vie. Échafaudées par les réseaux sociaux, elles assument leur sexualité que ce soit dans leur équipe, dans la rue, chez elle et dans les tribunes du football féminin. Et finalement cela ne peut être que positif pour elles assumant ainsi leur sexualité grâce au sport. Mais attention, le football féminin n’est pas chasse gardée des homosexuelles laissant place aux hétérosexuelles ! La question est trop souvent posée et méritent d’être combattue. La question est elle la même pour les footballeurs masculins ? Ce qui nous intéresse c’est bien la performance sportive et non leur vie privée et leur orientation sexuelle. Arrêtons de se poser la question pour le football féminin. Combattons ce tabou. La sexualité n’a aucune importance, les revenus des filles également. Ce qui nous importe, c’est le jeu ! Alors profitons !

Charles Chevillard