Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


L'Europe championne des trophées


Partout en Europe essaime une purge footballistique qui ouvre la saison. Une opposition factice entre le champion et le vainqueur de la coupe nationale, appelé au choix Trophée des champions ou Supercoupe. Tour d'horizon de ces matches en bois destinés à faire marcher la planche à billets.


"Match officiel, le Trophée des Champions est un des quatre trophées nationaux majeurs de la saison après le titre de champion de Ligue 1, la Coupe de France et la Coupe de la Ligue. Nul doute que les deux clubs auront donc à cœur de compléter leur prestigieux palmarès tout en faisant honneur au football français". Voilà pour la présentation officielle du Trophée des champions par Frédéric Thiriez. Dans les faits, une purge entre deux équipes à peine prêtes qui envoient les seconds couteaux, les nouveaux arrivants et peu d'envie. Pas du fait des équipes. Plutôt de leur régisseur qui impose une autre date au calendrier histoire de faire entrer un peu de billeterie et de gratter des droits TV.
Une dimension économique renforcée par la décentralisation de l'épreuve, créée en 1995, désormais quasi institutionnalisée. Après Montréal et Tunis, la fine fleur du foot français visitera Tanger (mercredi 27 juillet). Sevré de ballon depuis deux mois, le public n'est pas dupe et se rend avec parcimonie au stade comme il s'avachit peu devant son canapé pour regarder des joueurs en fin de préparation disputer un échauffement soutenu.

Le principe est pourtant maintenu dans toute l'Europe depuis une vingtaine d'années...

...avec un succès sportif et d'audience quasiment jamais au rendez-vous, exception faite du vénérable Community Shield (Charity Shield jusqu'en 2001), créé en 1908.
C'est notamment le cas en Allemagne, où la DFB Supercup a revu le jour seulement l'an passé. Vainqueur du trophée le 23 juillet aux penalties face au Borussia, Schalke n'a toutefois pas eu à subir la formule bancale qui eut cours de 87 à 97. Une Coupe de la ligue qui opposait les 6 clubs qualifiés en Coupe d'Europe dans un mini-tournoi. L'occasion d'admirer quelques réservistes teutons avant le début de la saison.

En Espagne, la suprématie nationale se dispute en match aller-retour sur les terrains respectifs des protagonistes. Du moins quand les deux clubs parviennent à se mettre d'accord sur les dates, ce qui ne fut pas le cas en 86 et 87, démontrant l'attention toute relative que portent les clubs ibères à leur Supercopa. Les statisticiens pourront quand même ajouter les clasicos 6 et 7 de la saison à leur calepin (les 14 et 17 août). Un opposition pas si courante dans cette compétition entre le Barça et le Real puique ce ne sera que la troisième depuis sa création en 82.

Champions du monde cette année là, les Italiens n'ont créé leur Supercoppa italiana di calcio que six ans plus tard, mais en ont vite capté l'intérêt marketing. Alors au sommet mondial, le calcio s'est expatrié à Washington dès 93 avant d'honorer Kadhafi en 2002 à Tripoli. Un voyage qui avait rapporté 400 000 euros à Parme et la Juve, qui s'affrontaient, et 100 000 à la Ligue. Quitte à jouer un match en bois, autant ramasser un chèque fait d'une autre matière. Cette année, après avoir tâté le terrain en 2009, la Serie A investira Pekin et son marché monstrueux (Inter-Milan AC le 6 août). Un accord a même été scellé avec l'Etat chinois pour que les trois prochaines éditions se tiennent au Nid d'Oiseau, l'enceinte olympique.

La Belgique, le Portugal et les Pays-Bas « honorent » également leurs lauréats d'un match de prestige. Les Bataves ont même poussé la supercherie jusqu'à appeler leur match de « gala » créé en 91 le Trophée Johann Cruijff. L'esthète appréciera.

Reste l'exception anglaise, à retirer de ce panier de crabes aux pinces d'or. Le seul trophée des champions qui vaut le détour par son niveau de jeu et sa concurrence, offrant souvent des affiches relevées, empêchant toute manipulation d'effectif, hormis l'exception des six changements. Cette année, Manchester devra choisir son prince entre City et United le 7 août. On imagine mal une opposition policée, harangués qu'ils seront par les 90 000 supporteurs massés à Wembley. Le poids de la tradition. Et de la valeur d'une opposition créée pour abonder un fond de bienfaisance et non pas des caisses déjà bien remplies.