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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Klopp'n'roll


Samedi prochain, le Borussia Dortmund a l’occasion d’écrire l’histoire en finale de la Ligue des Champions face au Bayern Munich. Le fait d’en être arrivé là est déjà un exploit fabuleux et récompense le travail de Jürgen Klopp, l’entraineur le plus givré de ces dernières années. Mais ce dernier est plus que ça, il est certainement aussi l’un des meilleurs coachs de la planète actuellement et aussi l’un des plus attachants. Portrait d’un passionné.


Un footballeur moyen, sans plus

Klopp'n'roll
Né le 16 juin 1967 dans la belle ville de Stuttgart à un peu moins de 50 bornes de la frontière française, Jürgen va passer une enfance paisible dans la ville de Bade-Wurtemberg et va très vite devenir accro au football. Il rejoint l’Eintracht Francfort dans sa jeunesse, club dans lequel il sera formé sans jamais jouer en équipe première. Il passera dans des clubs de seconde zone avant de rejoindre Mayence en 1990, à 23 ans. Cela va être le début d’une longue aventure avec ce club. Il va porter le maillot de Mayence pendant 11 saisons. Malheureusement, il ne connaitra jamais les joies de la Bundesliga et restera comme son club durant cette période en Bundesliga 2. Peu importe, il détient toujours aujourd’hui le nombre de matchs disputés dans cette division avec 325 rencontres au compteur et 52 buts. Plutôt pas mal pour un mec qui ne jouait pas vraiment aux avant-postes.

Déjà à cette époque, Klopp fait preuve d’une bonne analyse tactique et est un cadre dans le vestiaire mayençais. Lorsqu’il arrête sa carrière de joueur en 2001 à 34 ans, c’est en toute logique que le poste d’entraineur de l’équipe lui est proposé. Il faut dire que le club est englué en deuxième division depuis plus d’une décennie et aimerait bien découvrir la Bundesliga un jour ou l’autre. La mission est donc confiée à ce bon vieux Jürgen.

La révélation à Mayence

Un choix plutôt judicieux, on peut le dire. Après deux premières bonnes saisons concluent au pied du podium, Klopp va faire franchir un cap à son club lors de la saison 2004-2005. Mayence parvient à se hisser à la troisième place du championnat et obtient donc son ticket pour la Bundesliga. Une première dans l’histoire du club. Déjà respecté par tous les fans, il devient une légende dans le cœur des plus fidèles mayençais. Alors que le plus dur semble commencer, le technicien allemand va parfaitement s’acclimater aux joutes de la Bundesliga et assurer un maintien tranquille à son équipe pour les deux premières saisons avec à chaque fois une bonne 11ème place. Il obtiendra même la première qualification européenne du club grâce au classement du fair-play mais l’aventure tournera court après une élimination face au futur vainqueur, le FC Séville. Le football allemand apprend aussi à connaitre le coach Jurgen Klopp. Par sa façon si particulière de vivre le match à fond et ses coups de gueules réguliers, il devient une attraction Outre-Rhin.

Cela a donc des conséquences positives pour lui. En 2006, il se retrouve à commenter la Coupe du Monde 2006 et va impressionner tout le monde par sa qualité d’analyse, toujours pertinente et poussée. Il montre que derrière le passionné, il y a un vrai spécialiste de la tactique et du jeu. Mais cela ne suffira pas la saison suivante pour éviter à son équipe de descendre en Bundesliga 2, trois ans après l’avoir quitté. Klopp reste une saison de plus avec Mayence mais échoue à faire remonter le club en terminant une nouvelle fois 4ème. C’est alors qu’il décide de quitter le club mayençais après 18 ans de bons et loyaux et services. S’il se doute qu’il a de belles choses à faire dans sa nouvelle aventure, il est certainement loin d’imaginer tout ce qu’il va se passer entre l’été 2008 et aujourd’hui.

La consécration avec Dortmund

Lorsqu’il arrive au Borussia, il trouve une équipe qui a failli sombrer à cause difficultés financières trois ans auparavant et qui reste sur une piètre 13ème place. Mais derrière ces aspects négatifs, le club de la Ruhr a entamé une politique de formation et le recrutement de jeunes talents à bas coût. On retrouve donc dans l’effectif Felipe Santana, Jacob Blaszczykowski, Nuri Sahin, Marcel Schmelzer ou encore Mats Hummels, tous âgés de 22 ans ou moins. A ceux-là, va s’ajouter un jeune croate de 20 ans que Klopp a fait venir avec lui de Mayence, un certain Neven Subotic. Ce dernier s’impose rapidement comme un titulaire indiscutable et est élu dans le 11 type de Bundesliga à la trêve. Klopp construit un 4-4-2 assez offensif pour la première saison dont les résultats ne se font pas attendre. Grâce à une fin de saison en boulet de canon, le BVB termine à la 6ème place. En relançant des joueurs en difficulté comme Valdez, Owomoyela ou Kehl en la combinant la prometteuse jeunesse du club, Klopp va construire les bases de la réussite future. Après une belle deuxième saison bouclée à la cinquième place du championnat, 2010 va être un tournant.

Il met en place le 4-3-3 tel qu’on le connait aujourd’hui et a mis en place son idée de faire évoluer le Borussia comme il le voulait. C’est-à-dire une équipe composée de lapins Duracell capable d’harceler l’adversaire pendant 90 minutes et planter le couteau dans son dos avec des contres supersoniques. Pour cela, les arrivées à ce mercato de Piszczkek, Lewandowski et surtout Kagawa vont être déterminantes. Autour des gardiens du temple Kehl, Owomoyela et Weidenfeller, c’est une équipe de gamins qui est alignée dans le onze type. Tous ont moins de 25 ans et avec leur jeu léché, ils vont souffler un vent d’air frais sur le championnat d’Allemagne. Le grand Bayern lui-même se fera enrhumer. Avec un Kagawa monstrueux recruté pour quelques centaines de milliers d’euros en D2 japonaise, un Barrios en feu avec 21 buts et la pépite Götze, 18 ans à l’époque, qui explose, ils sont irrésistibles. Klopp et sa bande de joyeux lurons termine champion avec 75 points. Huit ans que le mur jaune du Westfallenstadion attendait cela pour faire la fête.

La confirmation en Europe

C’est aussi à Dortmund que l’on va pouvoir dresser véritablement le portrait de Klopp. C’est le passionné ultime. Capable de pourrir ses joueurs avec une force incroyable, lorsqu’il se lève de son banc en colère on pourrait croire qu’il va casser la gueule à tout le monde, il les aime par-dessus tout. Et cet amour est réciproque. On se souvient particulièrement de la fois où Mario Götze lui brisa ses lunettes en lui sautant dans les bras après un but décisif. Cette passion colle parfaitement à l’identité du Borussia Dortmund et de son fabuleux public qui s’est pris d’affection pour son entraineur. Le fameux mur jaune ne manque jamais une occasion de fêter son coach.

Il faut dire qu’après avoir ramené un premier titre, il va encore faire mieux la saison suivante en réalisant le premier doublé coupe-championnat de l’histoire du club avec une victoire historique 5-2 sur le Bayern Munich en finale de la coupe. Malgré le départ de son maitre à jouer Nuri Sahin en début de saison, Klopp et son staff effectueront un recrutement intelligent en prenant à la place du turc le très prometteur Ilkay Gündogan, 21 ans, qui a depuis largement confirmé les espoirs placés en lui. Par contre en Europe, le Borussia termina à la dernière place de son groupe. Un véritable échec. Mais Klopp se nourrit de cela. Au début de la saison, il parvient à retenir le noyau dur de son effectif. Seul Kagawa quitte le club, remplacé par Marco Reus. Si le Borussia a perdu son titre et sa coupe cette saison, c’est parce que le Bayern était tout simplement trop fort et ça l’homme de Stuttgart l’a vite compris et a tout misé sur la Ligue des Champions. Après être sorti vainqueur d’un groupe composé de Manchester City, l’Ajax et le Real Madrid, Dortmund va tour à tour se faire le Chaktior Donetsk, Malaga et le Real Madrid pour se retrouver samedi prochain à Wembley avec comme objectif d’aller conquérir un deuxième titre européen avec à sa tête Klopp qui, comme l’a dit récemment le président du club Hans-Joachim Watzke, « Klopp est le meilleur entraineur du monde pour le Borussia ». Aujourd’hui, Klopp est une star dans la ville de la Ruhr mais ce n’est pas le même statut que les autres personnes du foot, c’est une véritable rock star. Il n’attend désormais plus que samedi pour mettre le feu sur la mythique scène de Wembley devant le monde entier.

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Par Maxime Caze

Max Caze