Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


José Carlin Perez


À quelques mois des JO de Londres, l'Institut Français a lancé le mois dernier un cycle de conférences sur le sport "Are You Game?" . José Carlin Perez, qui a monté ce projet, fait aussi partie de l'équipe Foutebol. So what ?


José Pérez Carlin - Xavier Hernández i Creus - Sergio Ramos Garcia - Facebook Personnel
José Pérez Carlin - Xavier Hernández i Creus - Sergio Ramos Garcia - Facebook Personnel

Comment est né ce cycle de conférences ?

José Carlin Perez - C'est Laurent* qui m'a contacté l'été dernier. Il cherchait un spécialiste du sport et de la culture. Il se trouve que les livres que j'ai publié mêlent ces deux aspects. Ce qui a séduit, c'est la façon de présenter le sport dans mon travail d'éditeur. Ce n'est pas le sport 'chiant' ni le sport 'philo'. C'est avant tout une réflexion sur le sport comme un objet social au centre des choses. Ce n'est pas tant l'aspect sportif des choses qui m'intéresse, pas le résultat en lui même mais plutôt comment on y parvient. L'avant et l'après et non pas l'instant T. Alors que le sport est trop souvent réduit à ça. C'est ma façon de faire des bouquins et ça a plu. Des conférences à l'image des livres que j'édite.


Le but était donc de 'surfer' sur cette année olympique ?

Évidemment l'idée était de trouver pour l'Institut Français un moyen de suivre l'actualité c'est à dire les Jeux Olympiques. Il a donc fallu que je monte un cycle de conférences où il était possible d'envisager l'olympisme sous toutes ses formes. C'est ce que j'ai proposé à Laurent quinze jours après notre rencontre avec un premier draft avec mes idées et on a à peine bougé. Le programme aujourd'hui est quasiment le même que l'original.

LES JO SONT-ILS L’ÉVÉNEMENT QUI A LE PLUS DE PORTÉE SOCIALE ?
Oui je pense. Le sport numéro un mondial est le foutebol mais il a perdu de sa superbe. Ça reste un sport magnifique mais il y a trop d'enjeu et cela nuit malheureusement à son image, malgré lui. Les Jeux Olympiques connaissent aussi une croissance du secteur économique, du business mais la multiplicité des sports et la présence de "petits sports" font je pense que cela nivelle ou modère un peu l'impact business de l'évènement. Le fait d'avoir du tir à l'arc en même temps que du badminton et de l'athlétisme permet à chacun d'envisager les Jeux comme la grande messe du sport universel, comme le grand rendez vous. Il faut quand même être lucide. Les gens à la tête du CIO ont besoin d'argent, tout est très cher, les cahiers des charges sont de plus en plus imposants. Le comité de Londres a investi beaucoup d'argent pour être aux normes et ce sont des décisions qui ne sont pas neutres en matière gouvernementale et politique.


Vous parlez de la multiplicité des sports. La multiplicité des nations représentées n'a t-elle pas aussi son importance ?

The gold medalist KIM Jin Hak of South Korea reacts during the awarding ceremony of men's -73kg final of Taekwondo at the Singapore 2010 Youth Olympic Games in Singapore, August 18, 2010 - Singapore 2010 Youth Olympic Games - Flickr Commons
The gold medalist KIM Jin Hak of South Korea reacts during the awarding ceremony of men's -73kg final of Taekwondo at the Singapore 2010 Youth Olympic Games in Singapore, August 18, 2010 - Singapore 2010 Youth Olympic Games - Flickr Commons
Bien sûr. Là encore, c'est l'aspect universel qui est intéressant, la possibilité de représenter le monde entier. Un Sri Lankais peut très bien se qualifier dans un sport quelconque. Il sera peut être le seul de son pays mais en tout cas il sera présent et portera l'honneur de son pays. On a aussi tous les sports possibles. Pour nous, Européens, il y a des sports qu'on ne redécouvre que tous les quatre ans. Et puis il y a aussi peut-être encore l'idée que nous avons à ce moment-là des pays qui sont tous au même niveau. On n'est pas dans la représentation socio-politique. Ce n'est pas le G20 qui gagne toutes les médailles même si effectivement, il y a des facteurs qui montrent que ce sont les pays les plus développés qui s'en sortent le mieux. À côté de ça, on a des très belles surprises qui font du bien.

Toujours d'un point de vue social, l'organisation d'un évènement comme les JO est aussi l'occasion de transformer une ville...

Et de se lancer sur des projets d'infrastructures et de modernisation sans équivalent. La date d'un événement comme les JO oblige les organisateurs à respecter des délais et des cahiers des charges. On n'est pas dans l'à peu près, on est dans le concret. Entre l'attribution et les JO, sept années s'écoulent. C'est peu mais suffisamment pour pouvoir mettre en place des infrastructures, développer des projets, moderniser les transports, l'hébergement. Tout cela est important. Quelques fois, pour certains pays, des projets qui sont à dix, quinze ou vingt ans sont accélérés grâce à la candidature. Tout le monde en tire les bénéfices mais il est clair que c'est un investissement lourd. Encore plus aujourd'hui, en période de crise, cet effort que produit la nation britannique n'est pas neutre. On voit bien que la Grèce paye encore un peu aujourd'hui ses Jeux Olympiques même si en principe cela ne doit plus être le cas. Le CIO a mis en place un système qui doit permettre de vérifier que l'endettement n'existe plus. Les Jeux Olympiques permettent aussi de soutenir l'économie. Les retombés économiques sont difficiles à estimer mais elles existent. Pour avoir travaillé sur le sujet, on sait qu'elles existent, qu'elles sont réelles et importantes mais difficiles à quantifier.


Le cycle "Are you Game?" comment a-t-il été construit ?

Comme une histoire. Le but est d'envisager le sport comme un fil rouge. Parler des JO, c'est d'abord parler de l'Olympisme et de sa naissance avec Pierre de Coubertin. Un Français. On est ici dans le lieu de la représentation française au Royaume-Uni, c'était donc intéressant de commencer par cet homme et de réfléchir à son héritage. C'est ce que j'ai appelé "l'esprit Coubertin".

Est-ce que derrière ce mot se cache vraiment une modernisation et un réel changement de la politique sportive internationale ?
C'est une question que l'on s'est posée en février. Pour cela, on a fait appel à des sportifs, à des spécialistes de Coubertin et du mouvement olympique. Ensuite on va avancer un peu et maintenant que l'on sait comment les Jeux sont nés, comment ils sont construits et quelles sont ses valeurs, on va se demander quels sont les moyens qu'on se donne. C'est la partie économique que l'on va traiter jeudi 15 mars. Je sais qu'en Angleterre les gens sont très sensibles à ce côté des choses, ils aiment bien parler de business et c'est bien. Le sport n'y échappe pas et cette deuxième conférence parlera de business dans le sport, de l'argent et de son arrivée massive. Le but est de réfléchir à comment l'argent, qui a pour nous, Français, une connotation souvent négative contrairement à ici, ne nuit pas à l'image du sport. En résumé : est-ce que l'argent "pourri" le sport ? Ou, est-ce que au contraire, c'est d'abord et avant tout le seul moyen de le faire grandir ? Nous en profiterons aussi pour nous interroger sur les paris.

Les paris ?
Oui. Quels sont les moyens que l'on doit envisager pour faire venir de l'argent ? Depuis l'ouverture des paris en France, on a vu arriver beaucoup d'argent. Les grands sites de paris en ligne ont investi massivement dans le sport et dans les clubs et on se demande donc si ce n'est pas le nouveau "dopage" du sport. Après la crise du dopage, est ce que les paris ne vont pas aussi modifier de façon contextuelle le sport ? Est ce que ce n'est pas une nouvelle forme de tricherie ? On a quand même beaucoup de cas avérés, il y a des structures qui mettent en place des moyens de contrôles, des gens qui se sont faits avoir. C'est une question que l'on peut se poser car c'est de l'argent frais. Mais à quel prix ? Il y a des fédérations comme l'UEFA, avec Platini en tête, qui font beaucoup de lobbying à Bruxelles pour que l'Europe reconsidère sa position. Les gens ne sont pas contre l'arrivée d'argent qui au contraire permet au spectacle d'être toujours plus beau mais attention, est-ce qu'on ne rentre pas dans un engrenage difficile à arrêter?


Quelle sera la suite du programme ?

Pour la suite, on va se demander à qui se destine le sport. La troisième conférence portera donc sur les spectateurs et sera axée sur le hooliganisme et les fans. Pendant très longtemps, l'image du sport en Angleterre a été malheureusement associée à ça. Comme Nick Hornby le raconte très bien dans son roman Fever Pitch, il y avait des raisons sociales derrière ce mouvement. C'est intéressant de comprendre pourquoi, après le mouvement post punk, ces hordes de mecs ont agi ainsi. En fait, ils avaient besoin d'un terrain d'expression et celui dans lequel ils voulaient se libérer, c'était les terrains de sport car ils étaient certain d'y être visibles. Le parallèle avec les JO est intéressant car au contraire, on y vient en famille, on est moins un clan contre un autre. Serge Betsen viendra aussi par exemple nous parler du rugby où le public est très différent de celui du foot. Je veux que les gens qui viendront nous parler, qui sont vraiment les meilleurs spécialistes européens, réfléchissent à l'idée suivante : est-ce que le hooliganisme a vraiment été mis en dehors de la société ? Personnellement, je ne crois pas. Je pense qu'ils sont allés se cacher dans les divisions inférieures où il y a des problèmes tous les week-ends parce qu'on leur à privé économiquement l'accès à la Premier League. Nous allons donc réfléchir à tout cela.


Ensuite ?

Le sport et la télévision. C'est la première manne financière pour tout comité organisateur. Nous allons réfléchir à ce nouveau rapport que l'on a depuis France 98 et Les Yeux dans les Bleus. À ce moment là, les chaines se sont rendues compte qu'elles faisaient toutes les mêmes choses et que si elles voulaient être originales, il fallait qu'elles mettent un espion intégré au sein des athlètes. Il fallait que l'on sache qui étaient ces hommes et qu'est qui se cachait derrière chacun d'eux. Au-delà de l'angle sur lequel les journalistes travaillent, ce qui est intéressant est de voir comment les télévisions envisagent aujourd'hui leur investissement massif. Elles ne se contentent plus d'avoir le droit de diffuser le signal, elles veulent aussi le paquet cadeau et tout ce qui va avec. Pour nous, spectateurs, c'est très bien mais cela comporte des contraintes. Comment ne pas envisager que ce type de projet n'est plus une vraie distance éditoriale? L'objectivité est-elle préservée ? Nous allons nous poser ces questions avec des gens de la télévision, des gens qui ont acheté les droits et surtout, on aura un jeune réalisateur très brillant qui suit Usain Bolt depuis un an. Il avait fait un très beau portrait de lui à Pékin qui avait été primé et a eu un contact fort avec l'athlète. Il le suit donc partout depuis un an. On terminera la journée en parlant aussi des autres moyens de diffusion possibles pour les JO. Internet n'est il pas l'avenir? Dailymotion, YouTube? Sachant que de moins en moins de jeunes regardent les JO, ne faut-il pas aller vers les outils qui sont les leurs afin de les faire revenir vers cet évènement ?

Enfin, nous terminerons ce cycle par une dernière conférence sur : "écrire le sport, est-ce vraiment écrire?". C'est un titre un peu provocateur mais l'idée est de réfléchir à la notion de l'écriture entre l'écrivain et l'écrivant quand on écrit sur le sport. Ce dernier est une thématique qui peut être traitée sous toutes les formes : de façon très souple, purement sportif, très factuelle ou qui peut au contraire être l'objet d'envolés et de beaux moments. Je pense entres autres aux livres de Nick Hornby mais il y en a plein d'autres. Il y a beaucoup de bons auteurs, notamment en France, qui peuvent nous proposer des beaux textes. De nombreux invités prestigieux seront encore une fois parmi nous. On parlera vraiment du texte et de l'approche d'un auteur à travers l'objet sport. Enfin, pour boucler la boucle, nous terminerons par un cycle cinéma.


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* Laurent Burin Des Roziers est conseiller culturel de l'Ambassade et directeur de l'Institut Français

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- Plus d'infos sur http://www.institut-francais.org.uk/areyougame#toomuchmoneyinsports
- Propos originaux recueillis par Simon Gleize | Lepetitjournal.com/londres | mardi 13 mars 2012

José Carlin Perez, éditeur et organisateur des conférences "Are You Game?" en compagnie d'un plutôt bon joueur de foutebol
José Carlin Perez, éditeur et organisateur des conférences "Are You Game?" en compagnie d'un plutôt bon joueur de foutebol