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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Janot volé de bois vert


L'arrivée de Ruffier dans le Forez devrait sonner le glas d'une histoire de dix ans entre les cages de Geoffroy-Guichard et son plus fidèle félin.


La scène se déroule fin juillet 2009. Stade Pompidou, à Valence. Saint-Etienne affronte l'OM et son recrutement rutilant en amical. Dans les buts de l'ASSE, flanqué de la tunique n°1, Vincent Planté, débusqué à Caen par Alain Perrin. Sur le banc, naviguant entre désinvolture et désapointement, Jérémie Janot. Entre les deux la concurrence, installée par l'entraîneur. Et de l'amertume pour l'idole des Green Angels. « Quand on contacte tous les portiers de France et de Navarre, j'ai l'impression d'être pris pour un con », balance t-il à l'époque. Après avoir cravaché pour éjecter Jody Viviani la saison passée, renvoyé à ses études pour couler avec Grenoble, il est vrai que le message envoyé par ce recrutement est limpide. Janot est un gardien correct, le Vert chévillé au coeur, mais pas indiscutable. Une vraie histoire d'amour entre le natif de Valenciennes et le club du Forez car emplie de haine « On m’a tout le temps mis quelqu’un dans les pattes, estime t-il alors. Cela fait seize ans que ça dure. Je ne vais pas lâcher pour autant. On me met la pression durant les périodes de transfert. Moi, je sais la mettre sur le terrain »

Une fois de plus, avec abnégation et sans lâcher le morcifle, va parvenir à retrouver sa place et faire tâter du survet à son faire-valoir. Il lui aura fallu dix matches pour s'imposer, comme une évidence, lui permettant de réenclencher son compteur de matches disputés sous la tunique verte – enfin au choix, jaune fluo, rose bonbon ou bleu azur – et devenir le gardien le plus capé de l'ASSE. Devant Coupet. Devant Curkovic. Mais souvent derrière dans l'esprit de ses coaches. Ce sera encore le cas cette saison. Mais cette fois la montagne qui se dresse devant lui à un CV autre que Planté et Viviani.

A 34 ans en octobre et à un an de la fin de son contrat, qui prévoit une reconversion dans le Forez, on voyait le Spiderman vert s'offrir un beau crépuscule de carrière et sortir en beauté. C'était avant la descente de Monaco et l'annonce de ses soldes princiers. Ruffier pour trois millions d'euros, ça ne se refuse pas. Et Saint-Etienne pour un gardien qui n'a pas eu les propositions espérées, ça s'accepte. Un mariage de raison qui fait encore enfilé au tatoué du crâne le costume du cocu. Sauf que cette fois il a peu de chance de déloger l'amant du lit conjugal. Janot à beau « accepter volontiers la concurrence », comme il l'indiquait le 10 juillet, après l'officiliasation du transfert, ça sent quand même la fin de relation entre les bois verts et son plus fidèle félin. « Quand on a l'opportunité de faire venir un gardien comme (Ruffier), on ne peut que lui proposer d'être numéro 1 ». Fermez le ban(c).. Galtier a remballé l'affaire.

Ruffier, la testostérone transpirant des pores, ne voyait pas les choses autrement. « Moi ce qui m'intéressait, c'était de jouer, livrait t-il dans L'Equipe après sa signature. Le discours a été très clair ». Il ne sera pas un sparring partner. Il sera le patron. A 24 ans, il en a les épaules de déménageur et le caractère. Capitaine d'un bateau qui tanguait la saison passée, il a réussi à s'embrouiller avec des journalistes et surtout des supporteurs monégasques. Ce qui n'est quand même pas donner au premier Planté ou Viviani venu. L'international (1 sélection contre la Norvège le 11 août 2010) s'étonne même qu'on se pose la question de la concurrence. « Est-ce que j'ai pris en compte le fait qu'il y avait Jérémie Janot ? Non, affirmait-il encore l'Equipe. Je ne suis pas du genre à regarder ce qui peut se passer autour. Je vais de l'avant, j'ai des objectifs et ce club peut me permettre de les atteindre ». La corbeille du mariage pleine d'ambitions entre un club aux aspirations européennes et un portier aux ambitions internationales ont scellé l'affaire.
« Celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d'être bon », poétisait Janot sur son Twitter à la fin de la saison dernière. Il semble que ses dirigeants aient entendu le message.