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Instagram censure le corps de Petra Collins #minable


Fait assez rare, Foutebol reproduit assez largement ce billet d'une blogueuse canadienne traduit par le Huff et posté par Alfred Galahad. Voilà pour le comment. Le pourquoi est en bas de cet article #bonnelecture


Les réactions suscitées par mon tee-shirt ne m'ont pas étonnée
Je suis habituée à voir la société me dicter la façon dont je dois plier mon corps à la norme. Je suis habituée au fait qu'on n'accepte pas des images de femmes restées "naturelles". J'ai appris à ignorer tout cela (autant que possible) et grâce à Internet (avec des sites tels ROOKIE) et aux réseaux sociaux comme Instagram et Facebook, j'ai pu partager librement des images et lancer des discussions sur ces questions. Il y a peu, mon compte Instagram a été supprimé. Je n'ai pourtant violé aucune condition d'utilisation. Pas d'images de nu, violentes, porno, illégales, non autorisées ou incitant à la haine. Tout ce que j'ai fait, c'est poster une image de mon corps ne convenant pas aux canons de la beauté féminine. L'image que j'ai postée est prise à la taille et me montre portant un bas de maillot de bain sur un fond brillant. Contrairement aux 5 883 628 images de maillots de bain sur Instagram (c'est le nombre d'images marquées # bikini - voir ici et ici), ma photo montre mon état naturel - à savoir un bikini pas rasé. Jusqu'à maintenant, j'avais bien sûr vu et ressenti la pression de plier mon corps aux normes, mais je n'aurais jamais cru devoir un jour l'expérimenter véritablement.

Je suis habituée à voir des corps féminins retouchés et certains de leurs aspects cachés dans les médias (par exemple, dans les pubs pour les produits d'épilation, on ne voit jamais les poils)

Je n'ai pas été surprise quand la chaîne TMZ m'a demandé une interview pour parler de mon tee-shirt, qu'elle a ensuite annulé parce que l'image était trop "explicite pour la télévision". Ce, alors même que lors du scandale d'abus de violence sur Rihanna, son visage tuméfié a été montré à l'antenne des centaines de fois. Je suis habituée à voir des femmes dégradées, traitées de salopes, harcelées en raison de leur apparence, et sans cesse ridiculisées sur ce point. Même les femmes les plus puissantes du monde sont traitées ainsi. Je me suis faite à l'idée de voir l'un des plus grands médias américains traiter une fillette de 9 ans de "salope" (dans un but "satirique"). Je suis habituée à ce que les paroles des chansons les plus diffusées à la radio soient : "Je sais que tu en as envie - laisse-moi te libérer" ; "Tu ne sais pas que tu es belle, c'est ce qui te rend belle" ; "J'ai mis de la drogue dans son champagne / Elle ne s'en est pas rendu compte/ Je l'ai ramenée chez elle et j'en ai profité / Elle ne s'en est même pas rendu compte". Je suis habituée à voir des blockbusters interdits au moins de 17 ans parce qu'ils montrent une femme en train de jouir - alors que les films montrant des hommes dans la même situation ne sont interdits qu'au moins de 13 ans.

Je suis habituée à voir se succéder les unes d'articles se moquant des kilos pris par une célébrité durant une grossesse

Je suis habituée à voir des articles critiquant la performance un peu cochonne d'une chanteuse lors d'une soirée de récompenses, mais qui oublient de parler de l'homme plus âgé se tenant derrière elle. Je suis habituée à lire des articles sur des villes entières harcelant la victime d'un viol jusqu'à la pousser à partir. Je ne veux pas m'habituer à ça. Je ne veux pas devoir assister constamment à la même chose. Je ne veux pas finir par devenir insensible à ce qui se produit près de moi sans arrêt. Je me considère comme extrêmement chanceuse d'avoir accès à Internet et aux technologies. Grâce à cela, je me suis trouvée moi-même, et j'ai pu rejoindre à un nouveau discours de femmes de tous âges, qui luttent pour changer la façon dont les femmes se perçoivent et se traitent elles-mêmes. Je sais qu'avoir son profil enlevé d'un réseau social est un problème de privilégiée du 21ème siècle - mais c'est ainsi que nombre d'entre nous vivent. Ces profils sont nos alter ego virtuels, et deviennent souvent encore plus importants. Il y a des moyens d'établir le lien avec un public, de démarrer une discussion et d'initier le changement. Avec la suppression de mon profil, j'ai vraiment ressenti la méfiance et la haine qu'ont les gens envers le corps féminin. J'ai ressenti la suppression de mon compte comme un acte physique, comme si les gens venaient me voir avec un rasoir, enfonçant leurs doigts dans ma gorge, me forçant à me cacher, me forçant à accepter l'image de la beauté véhiculée par la société. J'ai eu l'impression que ces pressions que nous affrontons jour après jour peuvent se transformer en une véritable entreprise de censure.

Pourquoi Foutebol poste un large extrait de cet article ?

Parce que nous pensons, répétons depuis nos origines (2011) qu'il est fondamental de se construire un réseau social indépendant. Et parce que nous pensons un petit peu incarner cette indépendance, toute cette censure montante pose question.

Ou pas.

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L'intégral de l'article est ici
Ce blog a d'abord été publié sur Oystermag.com.

Petra Collins