Foutebol
Foutebol
Le foot qui s'amuse à réfléchir


Hugo Lloris à la conquête de l’Angleterre


L’Olympique Lyonnais va pouvoir mettre la clef sous la porte. Son gardien et meilleur joueur, accessoirement capitaine de l’Equipe de France, vient de s’envoler pour Tottenham. Un choix sportif risqué, les gardiens français n’ayant jamais vraiment brillé en Angleterre et pas forcément plus à même de permettre au portier des Bleus de remporter des titres.


Hugo Lloris à la conquête de l’Angleterre

Succéder à Grégory Coupet, sept titres de champion remportés consécutivement avec l’OL, et repartir avec une seule petite Coupe de France en poche. Malgré une moyenne de 267 parades exceptionnelles par match, Hugo Lloris n’aura réussi à ajouter qu’une seule ligne à son palmarès. Et c’est là que se trouve peut-être la raison de son départ. Venu pour surfer sur la glorieuse vague de son prédécesseur, il est arrivé dans un OL en plein déclin avant de se retrouver dans un OL austère. Et surtout un OL qui perd tout espoir de remonter la pente dans un avenir proche. Car si le club est parvenu à rester dans le top 3 puis le top 4 de la Ligue 1, il le doit, avant tout et quasi uniquement, à son gardien.


Cache misère d’un OL sur le déclin

Malouda, Tiago, Diarra, Essien, Abidal… puis Benzema, Juninho ou encore Toulalan.
Si Lyon avait recruté l’un des meilleurs gardiens du monde, il n’a fait que s’affaiblir au fil des années. Et ce gardien a dû payer les pots cassés. Dès son premier match, face à Bordeaux en trophée des champions, malgré deux pénos arrêtés, il connaît la défaite et rate l’occasion de remporter son premier trophée. Il termine la saison avec le statut de meilleur gardien de Ligue 1, mais échoue à la troisième place du championnat. En 2009/2010, lorsque l’OL se hisse en demi-finale de la Ligue des Champions, il sort une compétition monstrueuse. En 1/8èmes face au Real Madrid, le Niçois ne s’incline que sur un tir entre ses jambes de CR7 au match retour. Pas exempt de tout reproche sur le coup, il a pourtant multiplié les parades sur la double confrontation. Et quand il sort à 20 mètres de son but et se fait éliminer par Higuain, l’Argentin, toujours présent dans les grands rendez-vous, la fout sur le poteau. Le genre de match où ton gardien est dans un tel état de grâce, que tu ne peux que gagner 1/0. Et comme il faut bien que le match reste dans les mémoires, ça se termine par une frappe de 25 mètres sous la barre de Casillas… de Jean II Makoun. Ouais. Au retour, l’OL fait le dos rond et c’est Miralem Pjanic – tiens un autre espoir que l’OL a laissé filer – qui marque le but de la qualif’. Le premier exploit européen du club de Jean-Michel Aulas. En ¼, c’est le Bordeaux injouable de Laurent Blanc, Yohann Gourcuff et Marouane Chamakh qui se présente à Gerland. Au match aller les Gones, ultra réalistes s’imposent 3-1, Hugo Lloris ne cédant que sur une tête de l’attaquant marocain consécutive à un corner. Au retour, ils prennent le bouillon et s’en sortent avec une défaite 1-0, suffisante pour la qualif en demies.

Merci Hugo, dommage Marouane.
La belle dynamique bordelaise sera définitivement rompue après ce match, tandis que le quotidien du portier international ne changera pas d’un iota. Les conneries de Rémi Vercoutre à l’entraînement, les conneries de ses défenseurs en match. Et la grosse déprime en fin de saison, le palmarès encore vierge. Hormis une valise 3/0 à Gerland contre le Bayern en demies, l’OL se hisse de nouveau sur le podium.




Un coup de gueule pour s’affirmer

Insuffisant pour le goal, qui garde, pour l’instant, son calme. C’était un an avant son fameux coup de gueule à Nice.
Alors que les Lyonnais mènent 2-0 sur le terrain des Aiglons, ils encaissent deux buts tout à fait évitables dans les dernières minutes et concèdent le match nul. Au retour dans les vestiaires, Lloris gratifie ses partenaires d’un « On se chie dessus! Il y en a ras le cul! C’est quoi ça? Putain de merde! » Celui qui était un modèle par son investissement et ses performances irréprochables sur le terrain, vient de prouver à tous qu’il était aussi un leader incontestable. Et il vient de prendre une nouvelle dimension. Laurent Blanc commence à réfléchir à en faire son capitaine en Bleu. Il le deviendra officiellement à l’Euro 2012. Un Euro lors duquel, toujours malgré sa réputation de joueur discret et bien élevé, il n’hésite pas à recadrer les kékés du groupe France. C’est Jérémy Ménez qui en fera notamment les frais et… n’en fera qu’à sa tête, rétorquant cordialement à son capitaine de gardien de bien vouloir se taire. La France sort en quart, Nasri, Ben Arfa, M’Vila et Ménez se font recadrer et Lloris a tout simplement fait le boulot. Et deux mois plus tard, c’est Didier Deschamps, qui a pourtant eu Mandanda sous ses ordres à l’OM, qui le confirme non seulement dans les barres mais aussi en tant que capitaine.


L’Europa League… avec Tottenham

Désormais, son avenir s’inscrit en Angleterre. Pourquoi a-t-il choisi Tottenham ?
Est-ce faute de mieux ? Est-il persuadé, peut-être à raison, que le deuxième club du Nord-Est de Londres est la puissance montante de Premier League ? Ou veut-il s’en servir comme tremplin avant de rejoindre l’un des cadors du championnat de sa majesté ? Un peu des trois, a-t-on envie de répondre. Cech est indéboulonnable à Chelsea. Pareil pour Joe Hart à City. En ce qui concerne United, c’est peut être une question de prix. Sir Alex a misé 20 millions sur De Gea et veut, logiquement, lui laisser une chance de confirmer sa saison correcte de l’année dernière. La vraie inquiétude reste au niveau du potentiel de Tottenham. Avec Van der Vaart et Modric au milieu, cette équipe faisait flipper tout le monde en Premier League. Sans eux, elle fait nettement moins peur. Et ce, même si Joao Moutinho devrait être à même de les remplacer dans l’entrejeu. Autre point noir, la blessure pour 4 mois de Younès Kaboul. Typiquement le genre de joueur qui aurait pu profiter de l’arrivée du capitaine des Bleus pour se montrer, progresser et briguer une place dans la nouvelle défense centrale de DD. Une défense qui, pour l’instant, devrait se baser sur le franco-polonais d’Arsenal, Laurent Koscielny et l’ancien lillois, Adil Rami. Enfin, et surtout, si les Spurs n’arrivent pas à confirmer leur progression et se retrouvent à stagner à la 4ème ou 5ème place du championnat, Hugo Lloris pourra toujours se montrer au sein d’une compétition beaucoup plus exposée que la Ligue 1. En revanche, va falloir se taper la Ligue Europa. Celle, exactement, qu’il ne disputera pas avec Lyon.


La jurisprudence Barthez

Attention tout de même. Bernard Lama et Fabien Barthez se sont cassés les dents avant lui de l’autre côté de la Manche.
La doublure du divin chauve à la Coupe du Monde 1998, a passé les six mois précédant celle-ci à West Ham. Lama ne dispute que la moitié des matchs et ne convainc pas les supporters du club de l’Est de Londres. Pourtant, à l’époque, West Ham envoie encore du bois. Son centre de formation sort Rio Ferdinand et Franck Lampard. John Hartson enfile les pions en attaque et c’est Harry Redknapp qui pose son costard sur le banc. Fabien Barthez, lui, connaîtra plus de réussite que Bernard Lama. Il débarque à Manchester United après l’Euro 2000. Titulaire pendant trois saisons, il dispute plus de 50 matchs par an mais n’évolue quasiment jamais à son niveau en Bleu. Suffisant pour s’offrir deux titres de champion en 2001 et 2003 après des mano à mano terribles avec Arsenal et la frappe d’anthologie de Thierry Henry sous la barre. Insuffisant pour résister au Bayern en quart de finale de la Ligue des Champions 2001. Les Bavarois prenant leur revanche après la finale mémorable de 1999. Bon okay, ça n’était pas non plus évident de succéder à Peter Schmeichel. Mais, Fabien Barthez terminera quand même son expérience mancunienne sur le banc, supplanté par Tim Howard.


Des défis à sa mesure

Ce sont donc plusieurs défis qui attendent désormais Hugo Lloris.
Continuer à s’affirmer en tant que leader de l’Equipe de France pour la mener vers le Brésil et la Coupe du Monde 2014, puis, a fortiori l’Euro 2016. S’imposer en Angleterre, donc encore progresser dans les sorties aériennes, véritable défi pour tout gardien débarquant en Premier League. Pour ce qui des réflexes, pas d’inquiétude. Et, enfin, ancrer Tottenham dans le Big Four avant peut-être, un jour, d’en faire un cador capable de truster les titres en championnat. Ou à défaut, de rejoindre un club qui lui offrira ces titres qui lui manquent tant.

Il ne mérite pas moins.