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Le foot qui s'amuse à réfléchir


God save the King


Le 24 mai 1966 nait à Marseille le petit Eric Cantona. C'est avec ses frères Jean-Marie et Joël qu'Eric va commencer à tâter la balle aux Caillols dans le XIIè arrondissement. A six ans, il intègre le club de son quartier et montre déjà des qualités hors normes qui le pousseront à intégrer le monde professionnel quelques années plus tard.


Des débuts poussifs

En 1981, ils sont plusieurs à vouloir recruter le jeune joueur venu de Marseille. Nice et Monaco sont sur les rangs mais c'est finalement pour l'AJ Auxerre que le gamin de 15 ans va opter. Il s'intègre bien et seulement une saison après son arrivée, il va revêtir pour la première fois la tenue bleue de l'Equipe de France avec les moins de 17 ans contre la Suisse. Les bleus vont gagner, grâce à un but décisif de Cantona. Ses performances en équipe de jeunes sont très remarquées et il va bénéficier du fait d'avoir un entraineur réputé pour lancer des jeunes pour débuter en Division 1 très tôt. Alors qu'il n'a que 17 ans, Roux lui fait jouer une heure contre Nancy le 17 novembre 1983 en pointe aux côtés d'Andrej Szarmach. Il ne marque pas mais son équipe gagne 4-0. Quelques semaines plus tard, il effectue une nouvelle apparition contre Lens mais par la suite, le coach bourguigon préfère laisser son jeune talent s'aguerrir en réserve. Ainsi à la fin de la saison, Cantona contribue largement au titre de son équipe en 3ème division en ayant inscrit 20 buts.

La saison suivante, il remporte une nouvelle fois le titre en 3ème division mais surtout il réapparait en fin de saison dans le groupe pro et en profite pour inscrire son premier but le 14 mai 1985 à Rouen. Deux semaines plus tard, pour la dernière journée de championnat, Auxerre perd 1-0 à Strasbourg et voit sa qualification européenne s'envoler. En deuxième mi-temps, Eric envoie une mine dans le but strasbourgeois qui permet à son équipe de se qualifier et d'accrocher la deuxième qualification de son histoire en Coupe d'Europe. Cerise sur le gâteau, il remporte un autre titre quelques jours plus tard. Avec l'équipe de Gambardella, il remporte la coupe du même nom en inscrivant un triplé en finale. Cantona est prêt pour la D1 se dit Guy Roux.

La saison suivante, Andrej Szarmach quitte la Bourgogne et laisse une place de libre devant. A 19 ans, Cantona se retrouve propulsé titulaire de l'attaque de l'AJA. Mais après six matchs, le jeune attaquant n'a toujours pas marqué et se retrouve logiquement sur le banc. De plus, il a envi de retrouver la côte méditerranéenne et sa famille. Guy Roux l'envoie donc se refaire une santé à Martigues. En octobre lors de son arrivée, le club est dernier. En fin de saison le club se maintient et Eric marque quatre buts. Surtout, il revient avec l'envie de s'imposer véritablement à Auxerre.


Le retour gagnant

En 1986, Cantona revient dans son club formateur avec la rage de vaincre. S'il connait des débuts difficiles ( 0 buts en 9 matchs), il marquera finalement 17 buts au total. Un très beau total et de bonnes perormances qui lui permettent d'intégrer l'Equipe de France Espoirs avec laquelle il se montre là encore décisif. La saison suivante débute elle aussi en fanfare. Le 4 août 1987, il débute avec l'Equipe de France A. Henri Michel lui donne sa chance et pour sa première sélection il inscrit son premier but. Il sera à nouveau selectionné en cours de saison sans marquer.

A la fin de la saison, il finit avec 13 buts en championnat et son club termine 4ème. Mais c'est aussi durant cette saison que le caractère du joueur fait vraiment son apparition. Battu 3-0 au match aller en Coupe de l'UEFA par le Panathinaïkos, l'AJA est quasiment déjà éliminé. Auteur d'un mauvais match, "Canto" promet la victoire aux supporters auxerrois au match retour. Auxerre l'emporte 3-2 avec un but de lui-même. Plus tard, le 5 avril 1988, lors d'une rencontre de Coupe de France face à Nantes, il effectue un tacle par derrière et volontaire d'une grande violence ssur Michel Der Zakarian, le défenseur des canaris. Cette agression lui vaudra sa première grosse suspension. Il prendra trois matchs.
"Sac à merde" et maillot à terre

Finalement, après sept ans passées en Bourgogne, Eric Cantona quitte le club. Il a l'embarras du choix ( Matra Racing, Monaco...) mais choisit le club de son coeur, l'Olympique de Marseille. Le club de Bernard Tapie n'hésite pas à mettre 22 millions de francs sur l'un des plus grands espoirs du football français, ce qui constitue un record à l'époque.

Dès son arrivée, il se fait remarquer. En août 1988, la France va rencontrer la Tchécoslovaquie. Mais grosse surprise, Cantona n'est pas retenu par Henri Michel. C'est ainsi qu'il va effectuer sa première véritable sortie médiatique "cantonesque". Interviewé par un média français, il qualifie son sélectionneur de "sac à merde" et dit qu'il ne jouera plus en Equipe de France tant que Michel en sera sélectionneur. Ces déclarations font l'effet d'une bombe et la FFF ne laisse pas passer ça. Elle exclue le joueur de toutes les sélections françaises jusqu'au 30 juin 1989! Il ratera ainsi la finale du championnat d'Europe, une compétition à laquelle il avait grandement aidé son équipe à en arriver là.
Parallèlement à l'OM, ça ne colle pas non plus. Le joueur ne s'impose pas vraiment et lorsque son coach le fait sortir lors d'un match amical contre le Torpedo Moscou, il balançe son maillot par terre à l'image d'un vulgaire Mateja Kezman. Il est suspendu pendant un mois par son club, puis prêté à partir du 12 février aux Girondins de Bordeaux. En Gironde, il marque six buts et devient champion de France avec l'OM sans y jouer pendant la seconde partie de saison.


Montpellier avant la déchéance

En 1989, Cantona est de nouveau prêté, cette fois-ci à Montpellier. Il n'est aussi plus suspendu par la FFF et peut ainsi être de nouveau selectionné par le nouveau sélectionneur, Michel Platini. Cette saison, il inscrira huit buts en huit matchs avec les bleus. En club, les débuts sont difficiles et Montpellier squatte les derières places du classement. Pour un nouvel incident en interne, Cantona est de nouveau suspendu pour deux rencontres par son président Loulou Nicollin. C'est finalement grâce à l'arrivée sur le banc de Michel Mézy après le licenciement d'Aimé Jacquet que le club héraultais va démarrer et se sauver. En parallèle, les montpelliérains parviennent à remporter la Coupe de France. Un trophée qui n'est pas anodin pour Cantona puisque c'est le premier qu'il peut véritablement savourer. Rappelons qu'il était suspendu pour le Championnat d'Europe Espoirs 1988 et prêté à Bordeaux lors du titre de l'OM en 1989.

Après ce deuxième prêt consécutif, le gamin des Caillols réintègre l'effectif marseillais. Un an et demi après son départ, c'est désormais le mythique Franz Beckenbauer qui coache l'OM, quelques semaines seulement après avoir remporté la Coupe du Monde avec l'Allemagne. Cantona bénéficie de la confiance de l'allemand et va inscrire aux côtés de Papin 8 buts en 16 matchs avant de se blesser gravement. Quand il revient de blessure, Beckenbauer n'est plus là. Raymond Goethals l'a remplacé. L'entraineur belge privilégie un schéma à un seul attaquant qui favorise Papin mais qui condamne Cantona à terminer la saison sur le banc ou dans les tribunes, même lors de la fameuse finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions à Bari contre l'Etoile Rouge Belgrade qu'il ne disputera pas. Le départ est donc inévitable.


Une première retraite anticipée

Alors que Lyon et Paris sont sur les rangs, Cantona choisit Nîmes. Un choix qui parait surprenant puisque le club vient à peine de monter en D1. Mais en y regardant de plus près, ce choix est naturel. Son ancien entraineur à Montpellier Michel Mézy est devenu président et lui propose le capitanat. De plus, il retrouve dans l'effectif de vieilles connaissances comme Philippe Vercruysse ou William Ayache. Tout semble partir pour le mieux. Mais il semble seulement.

L'attaquant se blesse en début de saison pendant un mois et son équipe pointe dans les dernières positions. Malgré cela, Platini lui fait toujours confance en Equipe de France et reste titulaire. Il est l'un des hommes de base de la qualification acquise pour l'Euro 1992. Avec les nîmois, les résultats sont en dents de scie et il y a de la tension. Finalement, lors d'un Nîmes-Saint-Etienne, Eric Cantona lance le ballon sur l'arbitre après un coup franc accordé aux stéphanois et retourne aux vestiaires sans même regarder l'arbitre l'exclure. Il prend quatre matchs de suspension. Mais le joueur n'en reste pas là et qualifie les membres de la commission de discipline d'"idiots". La sanction est allongée à deux mois. Pour répondre à ça, il décide de résilier son contrat avec Nîmes le 12 décembre 1991 et met un terme à sa carrière.


Le come-back fracassant en Angleterre

Cette décision ne fait pas l'unanimité. Surtout pour Michel Platini qui a construit son Equipe de France avec lui et qui a besoin de lui. Il va donc le recommander au coach de Leeds United, Howard Wilkinson. Le 1er janvier 1992, Eric Cantona est officiellement un joueur de Leeds. Si le premier mois est difficile, il est quand même appelé par Platini une nouvelle fois en sélection, avant d'exploser en club dans la foulée. Il s'impose dans l'équipe du Yorkshire et va largement contribuer au gain du championnat. Le premier depuis 18 ans pour Leeds. Alors que pendant les célébrations du titre, il doit s'exprimer devant les fans, il dit : "I love you, I don't know why, but I love you!" ( Je vous aime, je ne sais pas pourquoi, mais je vous aime! ). Une déclaration entendue par les fans anglais qui adoptent déjà le frenchie, à peine quelques mois après son arrivée.

A l'été 1992, il est logiquement retenu pour disputer l'Euro 1992. Un Euro qu'il traversera tel un fantôme et lors duquel les bleus sont éliminés dès le premier tour. La saison suivante débute quant à elle très bien. Lors du Charity Shield, qui oppose le dernier champion d'Angleterre face au vainqueur de la Cup, il inscrit un triplé et permet aux jaunes de l'emporter 4-3 face à Liverpool. Il continue la saison sur le même rythme en inscrivant triplés et doublés mais les rapports avec le club se dégradent. Le départ devient inévitable.


Eric The King

C'est chez l'ennemi héréditaire des peacoks que Cantona va rebondir : à Manchester United. Le 26 novembre 1992, le club annonce officiellement la venue du frenchie pour 1,2 millions de livres sterling. Dans le club d'Alex Ferguson, le joueur français s'éclate et laisse libre court à son talent. Un talent dont va grandement profiter le club. 26 ans après son dernier titre, Man U redevient champion en 1993 et fait le doublé coupe-championnat la saison suivante. La "cantomania" débute. Il est adulé par les fans des red devils et est même élu deux fois d'affilée meilleur joueur du championnat. Une chanson lui est aussi dédiée. Une chanson que l'on peut encore entendre aujourd'hui dans Old Trafford. Parallèlement, Cantona fait du Cantona. En octobre 1993, il est suspendu quatre matchs en Coupe d'Europe pour avoir glissé quelques mots doux à l'arbitre et en mars 1994, il se prend cinq matchs après avoir montré ses crampons d'un peu trop près à un défenseur de Swindon.

En Equipe de France, Gérard Houllier en fait son capitaine. La campagne se passe pour le mieux jusqu'à ce fameux but de Kostadinov qui prive la France de la Coupe du Monde. Malgré tout, le King ira quand même aux Etats-Unis. Au lieu d'être sur le terrain, il passa la compétition dans les cabines de commentateurs de France Télévisions aux côtés de Didier Roustan. Dur.


Un full kick pour la légende

La nouvelle saison de Premier League reprend elle son cours normal. Jusqu'à ce fameux 25 janvier 1995. Manchester United se déplace à Crystal Palace. Cantona est exclu et sort sous les applaudissements chambreurs du Selhurst Park. Rien d'anormal. Sauf qu'un type descend des tribunes au pas de course pour rejoindre le bas des tribunes lorsque le joueur passe. C'est là qu'on va assister à l'un des gestes les plus fous de l'histoire. Le King assène un full kick en plein dans le buffet de cet homme, Matthew Simmons, coupable d'avoir insulter le jouer avec virulence. Plusieurs stadiers interviennent pour séparer le joueur de sa victime et c'est finalement le gardien des red devils, Peter Schmeichel, qui parvient à calmer le français et le ramener au vestiaire.

Evidemment, cet incident va faire scandale et les avis sont partagés. Pour certains, c'est le geste de trop. Pour d'autres, c'est normal qu'il réponde à ces provocations. En tout cas, le joueur est condamné à 9 mois de suspension mais aussi à 120 heures de travaux d'intérêts généraux lors desquelles il entraina de jeunes joueurs anglais. Cette affaire sonne aussi le glas de sa carrière internationale. Les neuf mois de suspension sont étendus au niveau interational et Aimé Jacquet décide donc de se passer définitivement de lui. Durant ces neuf mois on entendra rarement parler de lui. Mais il renforcera tout de même sa légende lors d'une conférence de presse organisée après le jugement. Il s'installe, boit un verre d'eau et dit une phrase qui reste comme sa plus légendaire et en anglais s'il vous plait : "When the seagulls follow the trawler, it's because they think sardines will be thrown into the sea. Thank you very much." ( Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est parce qu'elles pensent que des sardines seront jetées à la mer. Merci Beaucoup. ). Puis, il s'en va en toute décontraction devant une assemblée désorientée par cette intervention.

Le dernier come-back avant la fin

Le 1er octobre 1995, Cantona is back sur les pelouses de Premier League. Il signe son retour en offrant une passe décisive à Nicky Butt avant de transformer un penalty contre Liverpool. La fin de sa carrière sera ensuite un résumé de ses cinq saisons avec Manchester. Des buts ( 24 en deux saisons ), des titres (2 autres championnats et 1 coupe d'Angleterre ) et des coups d'éclats. C'est donc au terme de la saison 1996-1997 qu'Eric Cantona décide de mettre un terme définitif à sa carrière. Il a alors seulement 30 ans mais comme il le dit lui-même : "J'ai été footballeur pendant treize ans, ce qui est très long. Maintenant, je souhaite faire d'autres choses. J'ai toujours prévu de prendre ma retraite en étant au sommet et à Manchester United j'ai atteint l'apogée de ma carrière." Cette annonce fait l'effet d'une bombe et la une en Angleterre de tous les médias, même les non-spécialisés. Ferguson aurait aussi tenté de convaincre le King de continuer mais sans succès. C'est ainsi au sommet de son art que Cantona arrêta sa carrière.

Le joueur, qui était incompris en France depuis ses débuts se sera épanoui en Angleterre malgré quelques incidents, et c'est Ryan Giggs lui-même qui décrit le mieux l'influence du King : " Quand il était sur le terrain, même les choses les plus difficiles paraissaient faciles. Avant nous avions du mal à trouver la faille. Dès qu'il est arrivé, les buts ont commencé à pleuvoir." Aujourd'hui, Cantona est une légende encore adulée à Old Trafford. Il fut carrément élu par les fans "joueur du siècle". Mais son influence va au-delà de Manchester et ce sera étendue à toute l'Angleterre. En 2005, et treize ans après la création de la Premier League, il est élu par un pays entier le meilleur joueur de l'histoire de la compétition. Et encore aujourd'hui, son nom parcourt les travées d'Old Trafford. Quinze ans après, GOD ALWAYS SAVE THE KING.

Par Le sport et moi

Maxime Caze