Foutebol
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France-Allemagne : le guide du bien vivre

La compétition a débuté depuis bientôt un mois, ça commence à tirer, c'est normal.


Maintenant que le grand rendez-vous pointe son nez, il convient de ne pas se manquer. Un petit coup de fatigue, un relâchement et hop on passe à côté de l'Histoire en se faisant embourber par un voisin collant, une télé qui déconne, un apéro de trop... Voici quelques petits conseils pour éviter les pièges et vivre ce France-Allemagne dans les conditions optimum.

La veille

Pas de directives particulières. Il s'agit de rentrer tranquillement dans son match. Je préconise l'achat de la presse spécialisée le matin et la lecture de vos éditorialistes préférés. Puis la journée se déroulera normalement, sans changer les habitudes. Le soir, dîner léger, visionnage de la première demi-finale, bien sûr. Les jambes en l'air sont conseillées. Couché minuit maxi. Le sommeil sera peut-être agité.

Le jour du match

• Matinée, début d'après-midi
Tous les grands sportifs vous le diront, il faut trouver le bon équilibre mental entre concentration et relâchement. Ne pas jouer dix fois le match dans sa tête avant. Le matin, petite balade en baskets, on prend l'air, on réveille le corps en douceur, on hume l'ambiance, on essaie de percevoir les signes dans les nuages et le pépiement des oiseaux... On respire. Les médias sont superflus. Sieste. Après la douche, on peut régler les affaires courantes. Un peu de ménage c'est pas mal. Ne pas s'attaquer à un dossier difficile aujourd'hui. Ne pas répondre aux mails problématiques. Il faut éloigner les soucis, mettre le cerveau en roue libre.

• Collation
Vient l'heure du coup de fil aux proches, uniquement ceux qui ont placé ce France-Allemagne au centre de leurs préoccupations, ceux qui en perçoivent la portée historique. Les autres, s'il y en a, attendront, ils n'existent plus pour aujourd'hui. Alors, faut-y Kanté, Sissoko, Rami ou Umtiti ? Ça fait du bien d'en parler... Avons-nous des tendances, des bruits de couloirs, des déclas … ? Anecdotes qui feront le sel de la collation et de la causerie. Vers 17h, à l'heure où les Bleus se réunissent pour grignoter une brioche et faire trempette dans un jus d'orange, vous ouvrez le premier pack de bières. Autour, vous réunissez le Groupe, le premier cercle, ceux qui ont fait leurs preuves, qui ont vécu tant de campagnes à vos côtés. 1982, 1986, 1998... ils étaient là, dans les bons comme dans les mauvais moments. La collation peut durer. L'idéal étant d'être posé, plus question de prendre la voiture.

• L'entourage
Un mot d'ordre : éloigner les emmerdeurs. Pas de prise de tête aujourd'hui, quitte à se montrer fuyant, voire lâche. Vous éconduirez, autant que faire se pourra, les opportuns, les ignares... Ce n'est pas non plus le jour pour croiser quelques illuminés qui vous serviront l'habituel couplet sur le bien fondé de cet « engouement hystérique », que « pendant ce temps là y'a la guerre à Bagdad », employant les grands mots comme « opium du peuple », « jeux du cirque » et tout... Débarrassez-moi le plancher pour l'amour du ciel ! S'entourer d'enfants peut présenter quelques avantages. Ils porteront une oreille attentive à l'évocation de vos souvenirs de vieux combattant. C'est le jour idoine pour exercer vos talents de conteurs et ressortir votre version de Séville 82 : Schumacher l'assassin, Hrubesh le monstre, Stielike la pleureuse... Les plus âgés sont également les bienvenus, à condition qu'ils ne sautent pas sur l'occasion pour vomir sur les boches d'entrée de jeu. Il faut rester dans l'aire de jeu, c'est important. Le vieux devra être bienveillant ou suffisamment largué pour ne pas prendre ombrage des inévitables débordements en cas de but bleu... Peut-être pas l'hélicoptère avec la bistouquette, mais le montage sur la table, la mise à genoux avec vociférations gothiques, des trucs comme ça... le bonheur quoi.

• Le lieu
Attention à cela. C'est peut-être une lapalissade, mais tant pis. Se rendre dans un lieu inconnu relèverait de la prise de risque inconsidérée et excusez-moi, un peu « amateure ». La fan zone, le bistrot, si vous êtes sûr de bien voir, de ne pas souffrir de la soif ou d'une envie pressante, pourquoi pas.
Le mieux restant tout de même un canapé que l'on connaît intimement et des ami(e)s du même acabit. Je n'aimerais pas être à la place de celui qui est obligé de se rendre chez des inconnus, dont il ne sait même pas s'ils se sentent concernés par l'événement. Attention à cela ! Je me souviens d'un pote, assez faible de caractère il est vrai et surtout très amoureux de sa copine. Il n'osait rien lui refuser, surtout pas une petite fête pour l'anniversaire de leur rencontre. Pas de bol, c'était un 2 juillet. Vous savez quoi ? En 2000, le 2 juillet à 21h30, soir de finale France-Italie, il était encore en train de faire la chenille dans un coin paumé du Morbihan. Wiltord n'avait pas encore égalisé... Le couple a explosé peu de temps après.

• Les fétichessss
L'idéal, c'est le maillot bleu, bien sûr. Celui avec lequel vous avez passé les huitièmes et les quarts, il est pas mal. Peu importe qu'il porte encore les relents de la victoire écrasante de dimanche soir. Si vous pouvez compléter la panoplie avec votre slip porte bonheur, celui que vous aviez le jour de votre super but de raccroc en demi-finale de la coupe Saboureau. C'est l'Allemagne quand même, jamais battue en phase finale, trois éliminations en 1982-1986 et 2014 !! Il faut remettre la main sur le slibard, nom de Dieu !!! On compte sur vous !

• Les stupéfiants
Alors bien sûr, il ne faut pas éluder le côté festif de tout ça. Une prudence élémentaire s'impose néanmoins. De même qu'on n'enfile pas de chaussures neuves le jour du marathon, ce d-day n'est certainement pas celui pour tenter de nouvelles expériences. Il faut avancer en terrain connu. Je me souviens d'un copain, le même qui faisait la chenille à 21h30 le 2 juillet 2000, passé totalement à travers le France-Suisse de 2014, pour avoir malencontreusement un peu trop tiré sur un pétard qui passait sous son nez. Le gars a bêtement ricané de la première note des hymnes jusqu'au coup de sifflet final. Même chose avec l'apéro. Gare à l'enthousiasme immodéré. Je me rappelle d'avoir été contraint de regarder la deuxième mi-temps de France-Portugal 2006 en fermant un œil pour ne pas voir deux écrans. C'était très gênant, les souvenirs indéniablement impactés. Ils sont, en l'occurrence, pour ainsi dire, nuls. C'est dommage.

Prochaine parution : Trois semaines de Tour de France, le guide pour être peinard

Posté par le Mercredi 6 Juillet 2016
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