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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Eden Hazard et sa sélection : une histoire belge


Comme son pays, le flamboyant ailier du LOSC est divisé. Brillant et adulé à Lille, peu utilisé et en bisbille avec son coach Outre-Quiévrain. Et s'il y avait deux Eden Hazard.


Côté pile, le Eden virevoltant prodige, défendu par ses coéquipiers, ses dirigeants et son staff. « On dit que c’est une pépite. Mais c’est une mine d’or », s'enflammait Rudi Garcia mardi. Côté face, un international débutant, remplaçant et chahuté par ses responsables. «J'aime bien Eden, il a beaucoup de qualités mais il doit davantage travailler », estimait Georges Leekens, sélectionneur belge fin 2010. Sur la tranche, un malheureux Hazard qui lui confisque une expérience internationale et enlève à la Belgique son meilleur talent. « Si je joue, c’est pour représenter mon pays. C’est aussi pour ça que je fais ce sport. Mettre le maillot de mon pays est un honneur. » a-t-il déclaré mardi. Ce qu'il n'a pas fait hier face à la Slovénie (0-0) et qu'il ne fera pas lors des deux prochains matches (les 2 et 6 septembre face à l'Azerbaïdjan et les Etats-Unis). Ainsi en a décidé Georges Leekens, surnommé « Long Couteau » pour son jeu « Cyril Roolesque » lors de sa carrière de joueur.
Devenu sélectionneur rigide, il remet en cause un comportement pas exemplaire du footballeur de 20 ans, élu meilleur joueur de Ligue 1 la saison passée comme lors du Belgique-Turquie du 3 juin dernier.

Fugue et hamburger

Remplacé lors de ce match des éliminatoires de l'Euro, pour une fois titulaire, il ne saluera pas son entraîneur lors de son remplacement à la 60e minute. Celui qui laissera sa place à Martens filera directement dans les vestiaires avant de sortir du stade du Roi Baudouin, à Bruxelles. Une vidéo le montrera même en train de manger un hamburger avec son père et des amis avant la fin du match. « Qu'il ne m'ait pas tendu la main, ça ne compte pas pour moi », a déclaré la semaine dernière Leekens au sujet de l'incident. « Mais il y a d'autres règles que tout le monde doit respecter. J'ai rédigé un code (de conduite) lors de ma désignation comme coach fédéral. Elles valent pour les petits et grands noms ». On ne peut contredire le sélectionneur des Diables Rouges. Tout cela n'est pas très professionnel, en effet. Mais l'est-ce de se passer de son meilleur joueur pour les trois prochains matches comme lors de l'essentiel des rencontres et de le traiter comme un simple subalterne ? En 22 sélections en équipe nationale, Eden Hazard totalise 1 041 minutes de jeu soit une moyenne d'une mi-temps par match.

« Qu'il s'amuse moins »

A Lille, Hazard la saison dernière ça a été 35 matches comme titulaire en championnat, 3067 minutes pour 5 buts et 7 passes. Pour diluer le contraste entre ces deux carrières qui n'ont rien en commun, Leekens s'appuie sur un manque de professionnalisme dans un groupe « qui passe avant tout ». Sont évoqués, outre l'épisode turc, des manquements à la discipline, comme des absences lors de relations auprès des sponsors, et surtout un manque d'investissement à l'entraînement. Une déviance constatée à Lille, où Garcia a déjà reconnu que l'homme du paradis n'était pas une étoile lorsqu'il s'agissait de se donner pour les devoirs de semaine. Mais cela ne l'a jamais empêché de l'aligner et de le voir briller le week-end. « Il y a des aveugles mais Eden va devenir le meilleur joueur de l’équipe de Belgique » a lancé mardi le coach des Dogues. « On est en train de former un collectif et on fait des choix », avait tranché en mars Marc Wilmots, l'ancien attaquant passé par Bordeaux aujourd'hui adjoint du sélectionneur belge. « L'important, c'est le groupe. Eden reste un élément très important, comme les autres. Il est bien là, toujours à l'heure, mais il pourrait peut-être avoir encore plus de rigueur, plus de volonté à l'entraînement. Il faut peut-être qu'il s'amuse moins ».

Réponse normande

«  Dans quel travail, dans quelle famille ou dans quel sport a-t-on vu un patron, un père ou un responsable sportif s'en prendre publiquement, et de manière répétée, à l'un des siens ?», a dégainé Hazard face à toutes ces calomnies via un communiqué diffusé par la société qui gère ses intérêts mardi. S'il a « reconnu (ma) faute, expression d'une frustration passagère », le Lillois n'en brandit pas moins la menace d'un retrait de la sélection « si la situation devait perdurer ». Ce qui renvoie la patate chaude aux décideurs belges du foot. Entre les lignes on devine un choix proposé entre lui et le sélectionneur. Ce qui semble inextricable pour les Belges, mal embarqués pour voir l'Euro l'été prochain. Actuellement 2e derrière l'Allemagne, ils n'ont qu'un point d'avance sur la Turquie, avec un match en plus et un calendrier bien plus ardu. Et ils devront batailler ferme pour voir la Coupe du monde depuis le Brésil en se coltinant le Pays de Galles, l'Ecosse, la Serbie et la Croatie.
Dommage. Car s'il n'est pas sûr qu'Hazard soit un saint en-dehors des sunlights du stade, il n'est pas plus sûr que Leekens soit bien inspiré de l'en éloigner. Une réponse de Normand à cette histoire belge qui fait une victime : les Diables Rouges et ses supporteurs. Associés à Hazard, les Defour, Fellaini, Verthongen, Vermaelen, Kompany ou Lukaku constituent la plus belle génération de joueurs qu'ait connu la Belgique depuis celle des Scifo, Pfaff, Ceulemans et Gerets, de toutes les grandes compétitions internationales de 80 à 86 avec une finale à l'Euro 80 et la 4e place du Mondial 86. Ce qui mérite bien de se réunir pour trouver un terrain d'entente entre Leekens le Flamand et Hazard le Wallon.