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Le foot qui s'amuse à réfléchir


EdF, où en es-tu ?


Dans toute l'histoire des bleus personne n'a paraît-il fait pire. Didier Deschamps, à la tête de l'équipe de France depuis près d'un an, ne peut effectivement pas se vanter d'un taux de victoire très élevé. Mais ne juge-t-on un selectionneur que par ses résultats? Aujourd'hui, où en est l'équipe de France? A un an de la coupe du Monde, quelles sont les certitudes de ce groupe?


Un article de Maxime Caze et Brandon Lattuca


EdF, où en es-tu ?
11 matchs. 5 défaites pour seulement 4 victoires. Triste bilan pour Didier Deschamps, après un peu moins d'un an à la tête des bleus. C'est du moins ce que la presse s'accorde à dire.

Dans toute l'histoire des Bleus, personne n'a fait pire, pas même Raymond Domenech et Laurent Blanc. Mais qui a joué deux fois face à l'Uruguay, deux fois face au Brésil, deux fois face à l'Espagne ou encore face à l'Italie et l'Allemagne ? Certainement pas ses prédécesseurs.

Les 11 rencontres de l'EDF sous l'ère Didier Deschamps :

15 août 2012 : France-Uruguay, match amical, 0-0

7 septembre 2012 : Finlande-France, éliminatoires Mondial, victoire 1-0

11 septembre 2012 : France-Biélorussie, éliminatoires Mondial, victoire 3-1

12 octobre 2012 : France-Japon, match amical, défaite 1-0

16 octobre 2012 : Espagne-France, éliminatoires Mondial, 1-1

14 novembre 2012 : Italie-France, match amical, victoire 2-1

6 février 2013 : France-Allemagne, match amical, défaite 2-1

22 mars 2013 : France-Géorgie, éliminatoires Mondial, victoire 3-1

26 mars 2013 : France-Espagne, éliminatoires Mondial, défaite 1-0

5 juin 2013 : Uruguay-France, match amical, défaite 1-0

9 juin 2013 : Brésil-France, match amical, défaite 3-0

La presse s'enthousiasmait pourtant à l'heure où l'équipe de France égalisait face à l'Espagne. Ou encore lorsqu'elle battait l'Italie un mois plus tard. Et si le revers face à l'Allemagne a vite été oublié par une victoire importante face à la Géorgie, c'est la suite qui s'est montrée moins encourageante. Trois défaites face à de belles nations du football : l'Espagne, l'Uruguay puis le Brésil (voir plus loin). Mais plus qu'à travers ses résultats, la situation de l'équipe de France doit être analysée sous d'autres aspects.

Lorsque Didier Deschamps est arrivé à la tête des bleus à la fin de l'Euro 2012, il a bénéficié du travail de Laurent Blanc et a pu construire sur les bases d'une équipe pas totalement décomposée comme c'était le cas en 2010. Mais malgré tout, cette équipe-là n'était pas non plus totalement guérie et à l'aube d'aborder cette tournée en Amérique du Sud et après 9 rencontres, les certitudes étaient peu nombreuses. Pourtant, le sélectionneur français n'aura pas ménagé sa peine pour donner une nouvelle dynamique à cette équipe.i[

Le déclic de Vicente Calderon

Pour débuter son mandat face à l'Uruguay en août 2012, il va commencer en faisant plaisir au peuple français en alignant un 4-4-2 avec deux véritables attaquant de pointe, Benzema et Giroud. Une attaque que Laurent Blanc n'avait encore jamais alignée au coup d'envoi. Mais cela se révélera être un échec avec un triste 0-0 et une entente brouillonne entre les deux joueurs. Malgré le résultat et une partie décevante, Deschamps impose sa patte sur le groupe et lui apporte un nouveau souffle en amenant de nouveaux joueurs, oubliés sous Laurent Blanc. On a l'occasion donc de découvrir ou redécouvrir en bleu Mavuba, Yanga-Mbiwa, Jallet, Sissoko ou encore Gonalons. Les débuts en éliminatoires seront quant à eux une réussite avec deux victoires face à la Finlande et la Bièlorussie. C'est lors de ces deux rencontres qu'il va définitivement imposer le dispositif utilisé encore aujourd'hui. Un 4-3-3 avec trois milieux travailleurs, deux ailiers rapides et une pointe. Si les deux victoires ne sont pas éclatantes, elles ont le mérite de donner un bilan positif et de confirmer certains joueurs comme Diaby, Matuidi, Cabaye, Sakho ou Yanga-Mbiwa. La défaite concédée face au Japon à domicile en octobre ne remettra pas en cause ce qui fut mis en place auparavant.
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D'autant plus que quelques jours plus tard, il va se créer ce que tous les joueurs et Deschamps lui-même qualifieront d'acte fondateur. En déplacement au Vicente Calderon de Madrid, les bleus ont un premier véritable test face au double champion d'Europe et du monde en titre, l'Espagne évidemment. Privé de Mavuba et de Diaby, il va faire confiance à Gonalons, Cabaye et Matuidi au milieu de terrain tandis qu'en défense, il préfère mettre l'expérience de Koscielny aux côtés de Sakho. A la mi-temps, les bleus perdent 1-0 et sont dominés. Mais le coaching de l'ancien marseillais va faire la différence et imposer les bases du futur. A l'heure de jeu de cette partie, il change son système et fait entrer en jeu Valbuena à la place de Gonalons, modifiant ainsi son triangle du milieu avec la paire Matudi-Cabaye derrière et Valbuena en pointe offensive. Ce changement combiné à l'entrée en jeu de Sissoko apportera un allant nouveau et les bleus vont dominer la Roja comme très peu l'avaient fait auparavant. Au final, c'est un but du dernier entré sur le terrain Olivier Giroud qui permettra aux tricolores d'arracher un match nul inespéré. Surtout, cet exploit sera confirmé en amical avec une victoire le mois suivant à l'extérieur contre le dernier finaliste de l'Euro, l'Italie. De plus, Valbuena, titulaire et buteur, montrera qu'il peut être le meneur dont la France a besoin. Il n'a plus quitté le poste de titulaire depuis.

La nouvelle vague

C'est surtout depuis le début de l'année 2013 que cette Equipe de France n'est pas au mieux. Avant cette tournée, elle n'a remporté qu'un seul match sur trois face à la modeste Géorgie. Pour commencer l'année, il y aura eu une défaite plus que logique face à l'Allemagne. Malgré l'ouverture du score de Valbuena une nouvelle fois, les bleus auront été largement dominés par des teutons beaucoup plus forts sous l'impulsion de leur trident du milieu Khedira-Gündogan-Özil. Surtout les bleus sont affaiblis par les absences d'hommes de base de Deschamps : Mavuba blessé, Diaby aussi comme d'habitude et les nouveaux hommes de la colonie française de Newcastle, Debuchy et Yanga-Mbiwa qui peinent à retrouver leur niveau. A cela il faut ajouter les performances en-dessous de joueurs comme Evra et Benzema et on obtient une équipe qui retrouve des doutes après une superbe fin d'année. A l'occasion de la double confrontation contre la Géorgie et l'Espagne, Deschamps choisit donc de revitaliser son équipe.
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Pour cela, il appelle deux des plus grands espoirs du football mondial : Varane et Pogba, 20 ans chacun et des joueurs importants du Real Madrid et de la Juventus. Les deux jeunes hommes sont donc titularisés pour les deux rencontres et cela est un succès. Pour leur âge, ils montrent une maturité dans le jeu et une force comme en voit très rarement à ce niveau-là. Même si Pogba fut exclu lors du match contre l'Espagne pour une faute de jeunesse, on a vu que la relève était prête pour apporter du sang-neuf et de la concurrence. La victoire contre la Géorgie sera donc une formalité mais face à l'Espagne, les bleus seront largement dominés et subiront un revers plus que logique. Une défaite qui les relègue à la deuxième place du groupe et les obligera certainement à passer par un barrage en novembre pour rallier le Brésil. Avant d'arriver en Amérique du Sud, il y avait donc quelques certitudes et tout n'était pas à effacer même si beaucoup de travail avait besoin d'être fait pour retrouver le rang auquel cette équipe se doit d'être.

Une tournée sud-américaine qui sème le doute

Défaite 0-1 face à l'Uruguay, Suarez a piégé Mangala et les bleus. Humiliation face à un Brésil pourtant pas en grande forme, 3-0. Deux matchs, deux défaites qui doivent faire mal aux bleus et énerver Didier Deschamps. Mais encore une fois, ces dernières sont à relativiser.

Face à l'Uruguay qui préparait un match important dans la course au Mondial 2014 face au Venezuela et la coupe de Confédérations, le sélectionneur avait décidé de faire tourner, titularisant Mangala, Tremoulinas, Payet, Mandanda ou encore Gourcuff et Capoue. Une équipe B qui n'a pas bien tourné pour en arriver à une défaite de laquelle les enseignements ne seront pas nombreux. A gauche, Gourcuff a confirmé une nouvelle fois ce que l'on voit depuis trois ans, que ce soit à Lyon ou en Equipe de France : il n'a plus sa place dans cette équipe. Le voir sur le terrain du Centenario fut un crève-cœur tellement il semblait perdu et à la ramasse avec un déchet énorme et des prises d'initiatives toujours inopportunes. Ce fut encore LA déception de cette tournée mais ce n'est plus vraiment une surprise. Par contre, même s'il est en partie coupable sur le but uruguayen, Eliaquim Mangala a montré que l'on pouvait compter sur lui à l'avenir. Il a montré toute la palette qui a fait de lui un titulaire indiscutable au Standard Liège puis à Porto : une bonne pointe de vitesse, de la solidité dans les duels et une grande assurance. Un peu comme Varane et Pogba quelques mois auparavant. Sinon cette rencontre entre l'Uruguay et la France aura donné comme à chaque fois un match ennuyeux et avec très peu d'enseignements à tirer si ce n'est la défaite avant d'affronter le Brésil.
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Un Brésil qui semble encore bien loin. Avec une équipe sans doute plus proche de son équipe type, l'équipe de France a pris trois buts sans en marquer aucun. La défense qui fut certainement le secteur de jeu le plus remanié pour cette rencontre à pris l'eau. Si à droite Mathieu Debuchy a effectué un très bon match en muselant Neymar, son alter-égo à gauche Jérémy Mathieu a été tout le temps dépassé et n'a pas su saisir sa chance. C'est le même sentiment qui domine chez son coéquipier à Valence, Adil Rami, qui aura lui aussi montré beaucoup de fébrilité et descend donc encore plus dans la hiérarchie des défenseurs centraux. Il va devoir cravacher pour retrouver une place en bleu qu'il semble avoir perdue pour longtemps. A ses côtés, Sakho n'aura pas été flamboyant non plus mais étant positionné entre Mathieu et Rami, son match compliqué est compréhensible. Pour le reste et notamment sur le plan offensif, à part quelques fulgurances de Payet, ce fut le néant le plus total. Le milieu de terrain n'est pas à blâmer, avec notamment un très gros match réalisé par Guilavogui pour sa première titularisation en bleu, mais en attaque, Benzema fut une nouvelle fois en-dedans et surtout, Valbuena a aussi traversé le match comme un fantôme pour la première fois depuis très longtemps. Ce qui s'est ressenti sur un jeu qui n'était déjà pas forcément exceptionnel. Sans son lutin dans un bon match, le jeu français perd beaucoup en qualité et forcément, il ne reste plus grand-chose au final. Comme de cette tournée d'ailleurs qui est un échec sur quasiment tous les points.

Mais où en est réellement cette équipe ?

D'abord brièvement en 4-4-2, puis se décidant sur un 4-3-3, Didier Deschamps a parfois changé de schéma pour placer un attaquant de pointe soutenu par trois joueurs. Un schéma mettant en valeur les qualités de Ribery à gauche et Valbuena, dans l'axe. A droite, le plus souvent titularisé a été Menez, sans doute le numéro un à ce poste dans la tête du sélectionneur. Le tout soutenu et couvert par deux milieux défensifs : Matuidi et Cabaye, les milieux privilégiés par Deschamps. En défense, si la charnière centrale a beaucoup changé lors des dernières rencontres de l'équipe de France, trois joueurs sortent du lot : Sakho, Koscienly et Varane. A droite, le retour de Sagna mettra Debuchy en difficulté, tandis qu'à gauche, Evra n'est pas certain de faire son retour en équipe de France et Mathieu n'a pas convaincu. La voie semble donc libre pour Gael Clichy. Soit une ossature déjà solide et une équipe type qui se dessine.

Benzema ; Ribery - Valbuena - Menez ; Matuidi - Cabaye ; Clichy - Debuchy ; Sakho - Koscielny ; Lloris

Si le 4-2-3-1 pourrait être le schéma numéro un des bleus, lors de matchs difficiles et comme ce fut le cas face à Brésil ou l'Espagne, c'est en 4-3-3 que les français devraient se placer. Dans ce cas, Ribery et Valbuena sont les deux milieux offensifs titulaires, tandis que le milieu peut être renforcé par un bon nombre de joueurs, de Pogba à Gonalons en passant par Mavuba, titulaire avant sa blessure. Même topo pour la défense. Encore une fois, une équipe type se dessine et une ossature solide apparaît convaincante. Mais au-delà de trouver des titulaires c'est sur le fond de jeu qu'il va falloir travailler.

Benzema ; Ribery - Valbuena ; Matuidi - Cabaye - Pogba ; Clichy - Debuchy ; Sakho - Koscielny ; Lloris

Du sang neuf en prévision

S'il y a donc une équipe-type qui se dégage, ses membres pourraient être bousculés rapidement, la jeunesse française étant en train de se révéler tandis que d'autres un peu plus vieux sont en train de confirmer ou se révéler. C'est le cas notamment de Dimitri Payet. A 26 ans, il semble avoir mis son irrégularité de côté avec une saison pleine au LOSC ainsi que deux très bonnes prestations face à l'Uruguay et au Brésil, faisant de lui la véritable satisfaction de cette tournée. Sachant que si Ribery est indéboulonnable, Valbuena l'est moins dans un 4-3-3 . Dans le 4-2-3-1, la place du marseillais est quasi assurée mais celle de Menez sur le flanc droit est bancable. L'ancien stéphanois pourrait en profiter.

Au milieu de terrain, si Cabaye et Matuidi sont aussi des membres importants de l'équipe, le troisième membre du triangle, comme on l'a vu au Brésil, reste une inconnue. Le stéphanois Guilavogui, 22 ans, a montré qu'on pouvait compter sur lui mais il y a du monde qui va se bousculer au portillon pour ce poste. Avec les retours de blessure de Mavuba, Gonalons et peut-être Diaby, ça fait du monde. Mais un homme va certainement mettre tout le monde d'accord : Paul Pogba. A 20 ans, il est devenu un membre plus qu'important de la Juventus et a montré qu'il pouvait être un titulaire en bleu dès maintenant malgré son exclusion évitable contre l'Espagne.

EdF, où en es-tu ?
Là où les places sont les moins solides, c'est certainement en défense centrale. Si la paire Sakho-Koscielny semble avoir les faveurs de Deschamps pour le moment, cela ne risque pas de durer longtemps. Les deux hommes s'en sortent plutôt bien mais derrière eux, si les deux titulaires de l'Euro 2012 Mexès et Rami semblent hors-course, deux jeunots mettent une pression énorme. On connaissait Raphaël Varane, 20 ans, titulaire au Real Madrid, avec l'un des plus gros potentiel du football mondial, et bien en Amérique du Sud on a découvert Eliaquim Mangala, 21 ans. S'il s'est fait une réputation hors de l'hexagone avec ses deux expériences réussies au Standard Liège et à Porto, la France ne le connaissait pas très bien. Elle a eu l'occasion de le découvrir face à l'Uruguay avec grand plaisir. Malgré une petite erreur, il a réalisé un match solide et s'est positionné pour l'avenir. Il faudra compter sur lui.

Aux postes de latéraux, c'est très indécis. A droite, Debuchy et Sagna sont sur la même ligne et ont une longueur d'avance sur la concurrence tandis qu'à gauche, Mathieu est désormais hors course. Pour Evra ça commence aussi un peu à sentir le sapin. En attendant l'explosion du lillois Lucas Digne qui est pour bientôt, c'est donc Clichy qui a une longueur d'avance pour le poste même si Tremoulinas peut lui aussi postuler à un rôle plus important.

Mais ce qui pose le plus gros problème, c'est évidemment le poste d'attaquant qu'occupe un bien triste Benzema. Mais ni Giroud, ni Gomis ne semblent en mesure de l'inquiéter. On peut toujours espérer un retour en force de Gameiro avec son départ probable de Paris, un nouveau come-back fracassant de Cissé ou encore une bonne surprise comme Aliadière mais bon, le madrilène reste pour le moment sans concurrence et cela se ressent sur l'attaque de l'équipe.

Un bilan numérique peu convaincant mais clairement à relativiser. Un positionnement honorable dans la course à la Coupe du Monde 2014. Une équipe type qui se dessine et peut faire peur à de belles nations du football. Mais un jeu qui laisse encore à désirer, trop dépendant de certains cadres alors que la défense n'apporte pas pleine satisfaction. Soit, encore du chemin dans l'optique de la coupe du monde, mais aussi et surtout de sa qualification.