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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Documentaire « Goles y Metas » : immersion au sein du football féminin dans les bidonvilles argentins !


En Argentine, le football est un véritable outil d’intégration pour tous les garçons. Mais qu’en est-il pour les jeunes filles ? A travers ce court documentaire « Goles y Metas », Foot d’Elles vous propose une immersion au sein du football féminin dans les bidonvilles argentins. Les jeunes filles des quartiers pauvres luttent au quotidien pour l’égalité des sexes et rompre avec les stéréotypes socioculturels.


Documentaire « Goles y Metas » : immersion au sein du football féminin dans les bidonvilles argentins !
« LES GAMINES DES BIDONVILLES OSENT DÉFIER LES STÉRÉOTYPES »

Rencontre avec Ginger Gentile et Gabriel Balanovsky, les deux réalisateurs de ce court-métrage poignant et engagé.

Foot d’Elles : Comment vous êtes-vous lancés dans le projet de « Goles y Metas » ?

Ginger et Gabriel : Nous voulions réaliser un documentaire indépendant. Pendant nos recherches sur des mouvements sociaux dans le pays, nous sommes tombés sur un article qui parlait d’une entraîneuse de football féminin, Monica Santino, et du travail social qu’elle menait dans la « Villa 31 » (un bidonville à Buenos Aires). Nous l’avons rencontré et avons filmé son travail durant quelques semaines.

Foot d’Elles : Le travail que mène cette femme, Monica Santino, est-il exceptionnel en Argentine ?

Ginger et Gabriel : Il y a beaucoup de personnes qui militent pour des projets sociaux dans les bidonvilles. Des ateliers de musique, d’art, de vidéo et de photo sont souvent organisés, mais Monica Santino a la particularité de proposer quelque chose de nouveau : le football féminin. Elle était footballeuse puis entraîneuse et elle utilise son domaine comme outil social.

Foot d’Elles : Qu’est-ce qui vous a motivé ? Pourquoi avoir décidé d’aborder ce sujet ?

Ginger et Gabriel : Ce qui nous a interpellé c’est comment des jeunes adolescentes se battent pour gagner un espace réservé aux hommes, pour pratiquer un sport considéré comme masculin, et ceci malgré la précarité !
On n’a pas voulu parler du foot féminin en soi, mais du travail social qui existe autour de ce sport, et comment il permet à ces filles de faire partie d’un groupe.

Foot d’Elles : Que dénoncez-vous, avant tout, à travers le court-métrage « Goles y Metas »?

Ginger et Gabriel : On dénonce l’incohérence des stéréotypes, le fait de considérer le football comme un sport masculin. Lamentablement il y a des femmes qui considèrent ceci comme tel, et que l’homme est meilleur car il est homme. C’est un sport, c’est tout ! On voulait donc montrer comment on peut transgresser ses normes et générer ainsi des consciences.

Foot d’Elles : Ce court métrage est-il donc plus destiné aux femmes qu’aux hommes ?

Ginger et Gabriel : Non, il est destiné à tout le monde. On a toujours menti aussi bien aux hommes en leur disant qu’ils sont forts et aux femmes en leur disant qu’elles sont faibles. Mais on a quand même voulu dire aux femmes « Regardez ces gamines qui osent s’opposer aux stéréotypes, malgré toutes leurs contraintes ».

Foot d’Elles : Mais le changement de mentalité doit-il donc venir des femmes ?

Ginger et Gabriel : Des deux côtés. Si le football leur était difficilemment accessible, c’était à cause du machisme.
Mais ce qu’il faut savoir c’est que ce machisme venait soit de la mère, de la tante ou de la grand-mère ! Alors que les pères de famille au contraire, étaient heureux de partager leur passion avec leur fille. Il faut qu’elles s’imposent, les hommes ne vont ni les frapper, ni les persécuter. Et je n’ai rencontré personne qui était contre le football féminin. C’est donc un problème interne chez les femmes qui ont peur d’avancer.

Foot d’Elles : Pourquoi avoir lié la problématique de la pauvreté à celle de l’égalité des sexes pour l’accès au football ?

Ginger et Gabriel : La pauvreté n’atteint pas que les femmes, évidemment. Mais là où ça les atteint plus particulièrement c’est dans la répartition des tâches ménagères. La vérité est que jouer au football, ça ne règle pas leurs problèmes. C’est une lueur d’espoir, mais sans plus. Elles veulent seulement appartenir à quelque chose. Avant, elles s’insultaient, se disputaient et se battaient ; il y avait une ambiance très agressive. Aujourd’hui, elles forment un groupe.

Les deux problématiques sont donc liées par le fait de dire aux filles « Ne crois pas que tu es faible car tu es une femme. Ne crois pas que tu dois rester pauvre parce que tu vis dans un bidonville. Ne te soumet pas à ce qu’on te raconte car tu es capable de bien plus ». Le but est de combattre les préjugés, quels qu’ils soient.

Foot d’Elles : En 2009, une nouvelle réforme de l’Etat garantissait une démocratisation du football ; jusqu’alors la AFA (Fédération Argentine de Football) était financée et dépendante des chaînes TV privées. Cette réforme à permis aux clubs d’avoir plus de moyens pour se développer et plus de visibilité sur les chaînes TV publiques. Cette réforme a-t-elle eu un impact sur le foot féminin?

Ginger et Gabriel : Il n’y a eu aucun impact. Pire, le football féminin professionnel s’est appauvri. C’est-à-dire que l’AFA a réduit le nombre d’équipes pour le tournoi de l’AFA de foot féminin.
Le foot féminin se répand de plus en plus comme étant un divertissement mais de moins en moins au niveau professionnel.

Foot d’Elles : Selon vous, où se positionne l’Argentine dans le monde quant à l’évolution du foot féminin ?

Ginger et Gabriel : Au niveau officiel, elle ne se positionne nulle part. Le problème c’est que les filles commencent à jouer à l’âge de 12 ans minimum, ou même vers 16 ans… Alors que les garçons jouent dès 4 ans et ont un entraînement très sérieux. Par exemple l’entraîneuse Monica Santino, dit que les Argentines sont meilleures en technique et en stratégie que l’équipe des Etats-unis, mais qu’elles ne savent pas courir car elles n’ont jamais eu d’entraînement physique.


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