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Cris, le Policier ne fera plus la loi en Ligue 1


Après Sonny Anderson et Juninho, il est la troisième icône brésilienne à quitter l’Olympique Lyonnais. Cris sera à jamais associé à cet OL dominateur des années 2000. Avec son départ à Galatasaray, c’est même une page de la Ligue 1 qui se tourne.


Cris, Cris, Cris, Cris, Cris, Cris ! Une ovation aussi bestiale que les interventions du défenseur lyonnais qui faisait rugir Gerland à chacune de ses grandes chiches en tribunes. Et une ovation qui ne résonnera plus, le Policier a quitté la Ligue 1 comme il était arrivé, tout en discrétion.


Révélation centenaire

Il signe à l’Olympique Lyonnais en juin 2004 après le match du centenaire de la Fifa, France-Brésil au stade de France.

Au cours de cette partie, il avait, à lui seul, muselé Thierry Henry, Sylvain Wiltord et Robert Pirès, les Invincibles d’Arsenal. Et il n’en fallait pas moins car pour le reste de la défense brésilienne c’était journée portes ouvertes. Ce soir là, même Bernard Mendy était parvenu à enrhumer Roberto Carlos.

Parti au Brésil pour recruter Cléber Anderson, Bernard Lacombe, le conseiller spécial du président Aulas, était rentré avec Cris dans ses valises. Convaincu par ses prestations au pays mais aussi, et à n’en pas douter, face à l’EDF. Pourtant la réussite de Cris en Europe n’était pas garantie d’avance.

Un premier échec en Europe

Le plus blanc et le plus chauve des Brésiliens débute aux Corinthians en 1995.
Il dispute en trois saisons une quarantaine de matchs. Suffisant pour décrocher le titre de champion en 1998. Dans la foulée, il est transféré à Cruzeiro et décroche sa première sélection avec l’équipe olympique. Au pays son style détonne. Plus bûcheron qu’esthète, il privilégie le grand sac en tribunes à la relance bien propre, crochet-rateau-passe. Retours en catastrophe, tacles désespérés, têtes rageuses, il envoie aussi voltiger tous les jeunes premiers qui osent le défier à l’épaule. Un buffle en gros. Et un style de jeu en adéquation avec sa gueule. Blanc comme un cul, naturellement chauve, des épaules aussi larges qu’une armoire à glace. Cris n’est pas là pour faire rêver mais rapporter des points à son équipe en faisant le boulot ingrat. Et à Cruzeiro ça marche plutôt pas mal. Il joue 140 matchs en 4 ans au club et s’offre un deuxième titre de champion du Brésil en 2003. La saison précédente il se sentait pourtant prêt pour le grand saut vers le vieux continent et avait été prêté au Bayer Leverkusen. Une saison 2002/2003 où il ne convainc pas les dirigeants du club et ne parvient pas à s’adapter à l’Allemagne. Tant pis pour le Bayer, tant mieux pour lui. Il revient au pays, garnit son CV d’un titre et retente sa chance un an plus tard, mais cette fois-ci à l’OL.

La rigueur après la folie

Et cette fois-ci le succès est au rendez-vous.
Après la folie toute brésilienne d’Edmilson, il incarne une rigueur… européenne au sein de la défense des triples champions de France en titre. Les supporters lyonnais, sont pourtant sceptiques. Succéder aux coups du foulard d’Edmilson, champion du monde en 2002, et se hisser au niveau de Claudio Caçapa dans le cœur des Gones ne sera pas une mince affaire. Cris s’en tape et utilise la même recette que chez lui. Une hargne et une agressivité rarement vues à un tel niveau ajoutées à un enthousiasme et une simplicité toutes naturelles. Lyon découvre un monstre humain. Monstrueux sur le terrain, attachant en dehors. Et comme l’OL est dans sa période faste, les titres arrivent les uns après les autres. Ce Lyon qui faisait même flipper en Europe.
Dès sa première saison il goûte aux ¼ de finale de la Ligue des Champions.
En poules, les lyonnais se payent le luxe de finir premiers devant Manchester United. A Gerland, ils mettent les mancuniens sous l’éteignoir pendant une mi-temps, Cris ouvre le score et Pierre-Alain Frau plante une merveille d’exter’ du droit face à Van Der Sar. Mais, en seconde mi-temps, même le Brésilien ne peut rien face à Ruud Van Nistelrooy qui marque un doublé et arrache le nul pour les Red Devils. En 1/8ème de finale, c’est la défense de l’OL qui sera à la base de l’une des plus grosses victoires du club. Les Lyonnais sont opposés au Werder Brême et s’imposent 3-0 en Allemagne après une prestation d’une solidité remarquable.

Bon ok, Mahamadou Diarra et Juninho y vont aussi de leurs frappes de 30 mètres en lucarne.


Au retour, pendant la présentation des équipes, Aimé Jacquet annonce du football champagne. Score final : 7-2.
Wiltord y va de son triplé, Essien s’offre un doublé, Malouda en plante un et Juninho laisse même Jérémy Berthod clore la marque sur penalty. Ce soir là, les supporters présents au stade pardonnent aisément à Cris d’avoir fait une mauvaise relance et concédé un penalty (avec beaucoup d’aide de Lamine Diatta) permettant à Micoud et Ismaël de réduire la marque.

De récitals en désillusions

Après un tel récital en huitièmes, la désillusion ne sera que plus grande au tour suivant.
Lyon se retrouve face au PSV Eindhoven et a donc toutes ses chances pour se qualifier pour la première fois de son histoire en demies. Trop naïfs face à la mauvaise foi de Mark Van Bommel, les coéquipiers de Cris s’inclinent aux tirs aux buts après avoir fait 1-1 à l’aller et au retour et avoir vu un penalty refusé malgré une faute évidente sur Nilmar en prolongations. L’Olympique Lyonnais vient de laisser passer sa chance et en fera de même la saison suivante. C’est cette fois-ci le Real Madrid qui fait les frais de la fougue lyonnaise en poules et repart de Gerland avec un 3-0 dans les valises. Mais, de retour en ¼ de finale après s’être vengés du PSV, 5-0 sur l’ensemble des deux matchs en 1/8ème, les Gones tombent contre le Milan AC. Auteurs d’un 0-0 à domicile ils finissent par s’incliner 3-1 à San Siro alors que le score était encore de 1-1 à la 87ème minute. Réveillère, Cris, Caçapa et Abidal étaient parvenus à contenir Kaka, Shevchenko et Inzaghi jusque là. Le Policier se console en remportant ses deux premiers titres de champion de France et en étant sélectionné pour le mondial 2006. Le Brésil s’incline en ¼ face aux Bleus sur un but de Thierry Henry et une passe de Zizou, mais Cris ne dispute pas une seule minute de la compétition. En revanche, lors de la dernière journée du championnat, lorsque Lyon, déjà champion, passe 8 buts au Mans, Cris marque l’un des buts les plus insolites de l’histoire de la Ligue 1. Il contre du dos un dégagement de Yohann Pelé. A ce moment là, il est même le seul à n’avoir pas vu son but. Et le Mans avait pourtant ouvert le score, dès la 15ème minute, par Grafite.




Dans l’ombre de quelques exploits

En 2006/2007 et 2007/2008, l’OL ne passe plus les 1/8èmes de finale en Coupe d’Europe mais s’offre encore le titre ainsi que la Coupe de France 2008.
L’amorce d’un déclin – relatif – du club qui va de paire avec le déclin de son défenseur. Au mois d’août 2007, Cris croise la route de Johann Elmander et les ligaments de son genou ne résistent pas à cette rencontre. Le chauve préféré de Gerland ne reviendra sur le terrain qu’en mars 2008 et ne retrouvera jamais son meilleur niveau. Celui qui a été élu meilleur défenseur de Ligue 1 à trois reprises de 2005 à 2007, ne le sera plus par la suite. Toujours titulaire – quand il n’est pas blessé – et convaincant dans les gros matchs, ainsi que très influent dans les vestiaires, il n’est que l’ombre de lui-même le reste du temps. Il brille alors par à-coups. Ultra solide contre le Real Madrid en 2010, lorsque l’OL élimine les galactiques en 1/8èmes de finale de Champion’s League, il se fait croquer par Chamakh en ¼ puis expulser en demies face au Bayern. Il se fait aussi remarquer de manière plus inattendue mais pas moins réjouissante pour les supporters de l’OL. Comme en mai 2011, alors que l’OM se déplace à Gerland pour la 34ème journée, Cris plante une volée qui offre la victoire 3-2 aux Gones et prive les marseillais de leurs derniers espoirs de remporter le championnat.


En mars 2012, lors du Derby face à Saint-Etienne, il dispute son 300ème match sous les couleurs lyonnaises.
Mais, peu à peu, celui qui reste le capitaine de l’OL – quand Govou prend trop l’apéro et que Lisandro se blesse – perd sa place de titulaire. Dejan Lovren puis Bakary Koné prennent sa place dans l’axe de la défense. C’est finalement l’arrivée de Milan Bisevac qui aura raison de la volonté du Policier de continuer à faire régner l’ordre dans les surfaces de Ligue 1. Résigné face à la décision de Jean-Michel Aulas d’économiser son salaire, il quitte l’Olympique Lyonnais pour Galatasaray. Là-bas, il retrouvera notamment Elmander, celui qui a mis un frein à sa carrière. Drôle d’ironie finalement pas tant éloignée du personnage. Le moins brésilien des Auriverdes et l’un des plus solides et rugueux défenseurs de Ligue 1 qui a vu sa brillante progression stoppée en raison d’un contact trop appuyé.