Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Coups de barre


Adepte de la Panenka dominicale - en écho à celle de Zidane qui heurta le but de Buffon en finale de la Coupe du Monde 2006 - je propose de nous pencher sur la barre transversale, éponyme de cette rubrique.



Clang ! La lame de la guillotine ou l'épée luminescente de Dark Vador ne sauraient être plus tranchantes.

Transversale.
Voilà un mot qui traverse l'histoire du football.
En voilà une qui sait partager son monde en deux.
Les cœurs soulagés - dont ceux des gardiens de but impuissants - par le bruit métallique et vibrant du rebond du cuir s'écrasant sur le cylindre de fer.
Les autres, meurtris par le choc sec et brutal du ballon qui s'écrase, alors qu’une trajectoire, qu’on croyait irréprochable, avait fait naître un fol espoir.

Le plus souvent – l’avez-vous remarqué ? - on ne ricoche, on ne rebondit, on ne percute, on ne frappe pas une barre transversale. Non, on s'y écrase, pour le meilleur ou pour le pire, on s’y écrase lamentablement.

Pourquoi ?
Mais parce que plus encore que le ballon, c’est toute la communauté footballistique qui s’écrase après que la Transversale eut lancé son verdict de fer ! Clang ! La lame de la guillotine ou l'épée luminescente de Dark Vador ne sauraient être plus tranchantes.

A l'instar des fidèles serviteurs gaulois leur chef de clan, les poteaux brandissent leur 7,32 mètres par tous les temps, à 2,44 mètres du sol. En princesses, les deux jumelles d’acier – oui elles sont deux - aussi raides que la Justice, strient tous les Théâtre des rêves du monde comme deux éclairs impartiaux.

Et pourtant, sans Justice point de Liberté.
Et qu’est-ce que la Liberté, sinon l'art de faire avec les contraintes, les limites ?
En fermant son cadre rassurant, la Transversale nous rendrait donc libre ?
Peut-être, car Dieu sait qu'elle manque lorsque l’anarchie s’empare de nos parties bucoliques, dont les buts ne sont marqués que par des tas incertains de pull-overs (tout aussi douteux). « Elle est laaaargement au-dessus !! » « Tu rigoles ? T’as même pas sauté, ‘spèce de bidibule ! »

Des histoires de transversales, j'en retiendrais quelques-unes.
La première me contredit totalement.
Elle montre au contraire comment parfois, la Transversale ne sait pas trancher.
Elle hésite, elle tergiverse et confie aux hommes le soin de juger pour elle … et pour le plus grand des malheurs.

En témoigne cet incroyable et ironique radotage de l'histoire.
 

Wembley 1966

La finale de la Coupe du Monde 1966 oppose l'Angleterre à l'Allemagne. 2-2 à la fin du temps réglementaire. Pendant les prolongations, l'Anglais Hurst lobe le gardien allemand Tilkowsky. Sa balle frappe la transversale et rebondit sur la ligne … ou dans le but ? L'arbitre choisira la seconde option et infléchira dramatiquement le cours de l'histoire pour la RFA, qui s'inclinera finalement 4-2. Scandale !
 

Bloemfontein 2010

En 2010, l'histoire ressert le plat, mais à l'envers. Nous sommes en quart de finale de la Coupe du Monde sud africaine. L'Allemagne mène 2-1. Franck Lampard adresse une frappe splendide qui heurte la barre transversale et rebondit à l'intérieur du but de cinquante centimètres au moins. L'arbitre n'y voit goutte. Scandale ! Faut-il y voir la marque de la Justice transversalienne, 24 ans après ?

Enfin, je m’aperçois que ce sujet tout comme le choix du nom de cette rubrique ne sont peut être pas anodins et puisent leurs sources dans un double traumatisme originel, quelque chose qui me serait resté en travers de la gorge.
 

Glasgow 1976

Petit, j'ai souvent entendu : « Ah si les poteaux de Glasgow avaient été carrés ! ».

Le 12 mai 1976, l'AS Saint-Étienne affronte le grand Bayern de Munich en finale de la Coupe d'Europe des clubs champions à Glasgow.

Sur un tir fracassant de Bathenay, le ballon s'écrase sur la barre transversale du gardien allemand Sepp Maier.

Mais les montants des cages du vieux stade d'Hampden Park sont carrés.

Pas de "poteau rentrant", le ballon est remis en jeu et les Verts sont marrons !
 

Séville 1982

Enfin, souvenons-nous de la frappe de Manuel Amoros, le 8 juillet 1982, à la dernière minute du temps réglementaire de la demi-finale de la Coupe du Monde, qui oppose la France et la RFA de Schumacher. Si la barre transversale du gardien allemand n'avait pas fait son funeste ouvrage, le
football eut certes été appauvri de la prolongation la plus mythique de l'histoire. Mais la France... enfin bref.

Soucieux de continuité, je vous proposerai la fois prochaine, un sujet sur les transferts sales, genre celui de Brandao de Grémio Porto Alegre (Brésil) à l’OM (France) en janvier 2012.