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Arsène Wenger, Alex Ferguson, histoires de Premier League


Créée en 1992, la Premier League fêtera en début de saison prochaine ses 20 ans. Deux hommes illustrent l’histoire de ce championnat : Alex Ferguson et Arsène Wenger. Portraits croisés.
 


Dimanche 22 janvier 2012, 17h15, Emirates Stadium. Plus de 12 ans après s’être croisés pour la première fois, Thierry Henry et Paul Scholes doivent se retrouver à 34 et 37 ans pour un énième duel entre Gunners et Red Devils. Ils ne le feront pas car le Français a déclaré forfait pour une blessure au mollet. En revanche les éternels Alex Ferguson et Arsène Wenger sont bel et bien là. Pour une deuxième victoire cette saison de Manchester United. Après le plus gros écart de l’histoire des duels entre les deux équipes à l’aller, 8-2, les Gunners rendent une bien meilleure copie mais s’inclinent une nouvelle fois 2 buts à 1. Nouvel épisode d’une saison galère pour Arsène Wenger, qui sera sévèrement critiqué pour son remplacement d’Alex Oxlade-Chamberlain par Andrei Arshavine. Mais il n’en a pas toujours été ainsi et l’Alsacien a parfois pris le dessus sur son meilleur ennemi.


« Il m’a fait penser à mon prof de géographie »

Quand il débarque à Arsenal en remplacement de Bruce Rioch, Arsène Wenger est un illustre inconnu en Angleterre. Et pour cause, l’entraîneur champion de France avec Monaco arrive du Japon où il vient de passer deux ans à la tête de Nagoya. 10 ans plus tard, après 3 titres de champion d’Angleterre et 4 FA Cup, Lee Dixon, l’ancien arrière droit du club était revenu sur son arrivée chez les Gunners. « La première fois que je l’ai vu, il m’a fait penser à mon prof de géographie » raconte celui qui passera six saisons sous sa direction. Grand, très mince, portant des lunettes lui donnant « un air studieux » et diplômé de politique et d’économie à l’université de Strasbourg, Wenger n’a pas le look d’un manager de Premier League. Mais dès son premier match officiel à la tête des Gunners, tout le monde comprend que le nouveau manager va révolutionner le club de A à Z. Face à Blackburn en octobre 1996, il n’hésite pas à toucher à l’institution du club, son fameux « back four » Dixon – Adams – Keown – Winterburn, pour instaurer un « back five » auquel il ajoute Steve Bould. Il reste en revanche fidèle à une autre tradition, celle du « boring Arsenal » - l’ennuyeux Arsenal – réputation que l’équipe avait acquis depuis des années à cause de son jeu à l’Anglaise. Cette saison là, Arsenal finira troisième d’un championnat remporté par Manchester United.



Ferguson déjà champion d’Europe avec Aberdeen

Car si Wenger débarque, Alex Ferguson est déjà là depuis 10 ans. Il compte à son palmarès avec les Red Devils 2 championnats, 2 Cups et 1 League Cup. Et à son arrivée en 1986 à Manchester il est déjà un entraîneur reconnu. Triple champion d’Ecosse à la tête d’Aberdeen, il réussit l’exploit de faire de remporter avec la même équipe la Coupe des Coupes en 1983. En 1996, Fergie est en train de construire l’équipe qui fera le triplé de 1999. Beckham, Neville, Giggs, et Scholes sont sortis du centre de formation. Les grognards Paul Ince, Nicky Butt et Roy Keane encadrent ces jeunes pousses. Devant, Andy Cole, Eric Cantona et Ole Gunaar Solskjaer plantent but sur but. Tandis que derrière, Peter Schmeichel tient la baraque. Le seul échec de la saison de Ferguson ? Avoir raté à 10 minutes près et quelques centaines de livres de salaire le transfert d’Alan Shearer. On ne le sait pas encore mais l’ancien de Blackburn vient de passer à côté du palmarès de sa carrière en préférant signer pour Newcastle que pour Manchester United. Fergie passera vite à autre chose. Les deux saisons suivantes il recrute Dwight Yorke et Teddy Sheringham. C’est donc en 1999 que Manchester signe un exploit retentissant. Il réalise le premier triplé de l’histoire du foot européen. Et personne n’a oublié la finale mythique de LDC face au Bayern Munich. Menés 1-0 les Red Devils s’imposent 2-1 avec des buts dans les arrêts de jeu des « supersubs » Sheringham et Solskjaer. Même en revoyant les deux corners de David Beckham on a encore du mal à y croire.



Les invincibles de Wenger

Entre temps, les Gunners avaient pourtant délogé les Red Devils de la tête du championnat. En 1998, Arsène Wenger remporte ses deux premiers titres à la tête des Gunners en réalisant le doublé Coupe Championnat. Ian Wright, Denis Bergkamp et Nicolas Anelka mènent alors l’attaque des Gunners, tandis que Patrick Vieira et Emmanuel Petit stabilisent l’entrejeu.
Jusqu’en 2005, Arsenal et Manchester vont se partager les titres. 1998, 2002 et 2004 pour les Londoniens, le reste pour les Mancuniens. Arsène Wenger fait venir Thierry Henry et construit son équipe autour de lui. Arsenal n’est plus « boring » mais spectaculaire tout en s’appuyant sur une solide base arrière avec Sol Campbell à la baguette. En 2003-2004 arrive la consécration pour les Gunners. Ils terminent le championnat invaincus. Un exploit d’autant plus retentissant que le gardien se nommait Jens Lehmann. Mais la bande à Henry est tout simplement injouable. Menée à de nombreuses reprises elle trouve toujours le moyen de refaire son retard et de s’imposer. Wiltord, Pirès, Ljungberg, Henry et Bergkamp torturent les défenses de Premier League à base d’inspirations géniales et d’exploits individuels du meilleur buteur de l’histoire du club. Se sera finalement Manchester United qui mettra fin à la série des « Invincibles ». Après 49 matchs sans défaite, ils s’inclinent 2-0 à Old Trafford lors de la 10ème journée de championnat 2004-2005.
Arsenal prendra sa revanche à la fin de la saison, pour le dernier match de son capitaine Patrick Vieira. Les deux clubs se retrouvent en finale de la FA Cup et les Gunners l’emportent aux tirs aux buts. Comme un symbole c’est Vieira lui-même qui marque celui de la victoire.



A la recherche d’un trophée

Cette FA Cup sera aussi le dernier titre à ce jour des Gunners en dépit d’une finale de Champion’s League en 2006. Arsenal s’incline contre Barcelone 2 buts à 1. Jens Lehmann se fait expulser d’entrée de jeu pour avoir fauché Samuel Eto’o. C’est pourtant Sol Campbell – pour le seul but de sa carrière en Coupe d’Europe – qui ouvrira le score sur un coup franc de Thierry Henry. Eto’o et Belletti ruineront les espoirs d’Arsenal et de Robert Pirès pour son dernier match.
Suivront les départs d’Henry, de Nasri et de Fabregas. Ils ne seront pas réellement compensés. Arteta est un peu léger. Ramsey est trop inconstant. Wilshere a été trop utilisé par Wenger lors de sa première saison en pro et en paie le prix avec une blessure. Mais un joueur n’a jamais été remplacé. Il s’agit de Gilberto Silva. L’ex capitaine des Gunners était la garantie de leur milieu de terrain. Le brésilien était le seul joueur de l’effectif capable de ne pas sortir de son camp pendant un match et qui colmatait toutes les brèches sur le terrain. Aujourd’hui si Alex Song dispose d’un abattage digne des meilleurs milieux défensifs, il n’a pas la discipline tactique de son aîné. Ce manque de replacement au milieu s’ajoute à une défense d’un niveau catastrophique. Un « back four » très éloigné du niveau de celui qui avait fait la légende d’Arsenal. Aujourd’hui dans le secteur défensif, seul un joueur n’a pas à rougir de ses performances, l’ancien Lorientais Laurent Koscielny.



Les choix judicieux de Ferguson

Du côté de Manchester United, Alex Ferguson continuera son savant mélange d’expérience et de jeunesse. Il profitera de sa doublette Ronaldo – Rooney pour continuer à empocher des titres. Les Red Devils remportent dans leur sillage les Premier League 2007, 2008 et 2009. Ils s’adjugent même une seconde Ligue des Champions en 2008 face à Chelsea. Une finale marquée par l’expulsion de Didier Drogba à la 117ème minute et le penalty sur le poteau de John Terry lors de la séance de tirs aux buts remportée 6 à 5 par Manchester.
Après le départ de Cristiano Ronaldo, des inquiétudes sont nées sur la capacité des Mancuniens à continuer à remporter des titres. Ceux qui s’inquiétaient oubliaient que la question s’était déjà posée après le départ de Beckham ou celui de Cantona pour ne pas citer Best et d’autres illustres diables rouges. Et à Manchester rien n’a changé. S’ils ont laissé filer le titre à Chelsea en 2010, ils l’ont repris en 2011. Le pragmatisme et le réalisme des hommes de Sir Alex sont impressionnants. Le jour où l’équipe tourne bien vous pouvez en prendre cinq. Le jour où elle n’est pas en forme vous pouvez en prendre cinq aussi parce que Berbatov, Chicharito, Rooney ou Nani seront intenables. Fergie est aussi capable d’innovations tactiques qui lui permettent de faire face à toutes les situations. Ryan Giggs a ainsi joué par moments dans l’axe. Rooney à gauche ou en 10. Valencia arrière droit. Cela a encore été le cas le week-end dernier face à Arsenal. A un partout, Ferguson a fait rentrer Park et décalé Valencia latéral droit. Le même Valencia qui débordait 5 minutes plus tard et offrait le but de la victoire à Welbeck.
United semble désormais se diriger vers un duel avec son voisin City. Arsenal a du mal à suivre le rythme des leaders et même son plus grand rival Tottenham l’a dépassé. Wenger est très critiqué et pour la première fois il l’est par ses propres supporters. Et c’est son meilleur ennemi qui a volé à son secours… après lui avoir collé un 8-2 en début de saison.