Foutebol
Foutebol
Le foot qui s'amuse à réfléchir


Après le couple Merkozy, le couple Löwrent Blanc ?


Dehors les bouchers, bonjour les artistes. Mesut Özil, Bastian Schweinsteiger, Lukas Podolski, ou encore Mario Götze, ont succédé aux Harald Schumacher et compagnie. L’équipe d’Allemagne s’est métamorphosée sous Klinsmann puis aujourd’hui Joachim Löw. Elle propose un jeu attrayant et efficace qui en fait l’une des favorites de l’Euro 2012. Au point de représenter un modèle pour l’Equipe de France, comme le sont Angela Merkel et l’économie allemande pour Nicolas Sarkozy et la rigueur française ?



En gros depuis l’arrêt de Zidane, il y a un grand trou au cœur de l’EDF

« Il n’y a pas de cadre, pas de joueur incontournable dans cette équipe » avait déclaré Laurent Blanc à Stade 2 . Quand il a pris en main l’équipe de France au mois d’août 2010, le nouveau sélectionneur a été très franc. Après le fiasco sud-africain, plus personne n’aurait sa place en Equipe de France sans la mériter par ses performances et son attitude. Fini le grand n’importe quoi tactique de Raymond Domenech. Adieu l’équipe de mercenaires qui viennent à reculons ou ne jouent que pour leur pomme. Bonjour l’esprit de groupe, la performance collective, le jeu vers l’avant fait de passes et de mouvement. Une belle promesse d’intention qui n’était pas uniquement due à la philosophie de jeu du « Président ». Pour lui, comme pour Michel Platini, la génération qui compose actuellement l’Equipe de France ne comporte pas de grands joueurs. En gros depuis l’arrêt de Zidane, il y a un grand trou au cœur de l’EDF. Yoann Gourcuff peine à confirmer la période bordelaise. Samir Nasri semble branché sur courant alternatif quand il joue en Bleu. Ribéry et Menez sont beaucoup trop individualistes, pour ne pas dire vaniteux. Marvin Martin est encore un peu léger. Tout le contraire de la sélection Allemande. La Nationalmannschaft a des problèmes de pays riche. Elle dispose de trop de joueurs de talent pour pouvoir tous les aligner sur le terrain. Özil, le meneur du Real Madrid éclipse Götze, l’âme créatrice du Borussia Dortmund. Khedira et Schweinsteiger complètent l’un des meilleurs milieux du monde. Et encore Kevin Prince Boateng a choisi la sélection ghanéenne. Notre austérité forcée fait pâle figure à côté de celle calculée de l’Allemagne. Laurent Blanc et Nicolas Sarkozy raclent les fons de tiroir pour composer une équipe ou un budget. Joachim Löw et Angela Merkel tirent les bénéfices de leur propre prévoyance et de celle de leurs prédécesseurs.



Une génération Black – Blanc – Turc

Pour la richesse de leur entrejeu les Allemands peuvent tout de même nous remercier. Ils l’admettent eux-mêmes, si aujourd’hui ce sont deux joueurs d’origine turque qui mènent l’équipe c’est grâce à la France. Ils se sont inspirés de notre génération Black – Blanc – Beur pour composer leur génération Black – Blanc – Turc. L’Allemagne a revu son système de formation, en pompant celui mis en place à Clairefontaine. Elle a élargi son recrutement aux jeunes d’origine étrangère. Ce changement porte ses fruits de l’autre côté du Rhin, tandis qu’il connaît un léger creux dans l’Hexagone. Et ce manque d’éléments créatifs, collectifs et complémentaires a empêché Laurent Blanc de tenir sa promesse de campagne : celle de produire du beau jeu. Pour remporter ses matchs, l’EDF s’en remet encore – comme toujours a-t-on envie de dire – à des exploits individuels ou à des bouts de matchs satisfaisants. Cette année quand ce n’était pas Benzema, c’est le plus souvent Loïc Rémy qui a endossé le costume de sauveur. Ou encore Nasri contre la Bosnie. Deux Gones et un Minot, exemples parfaits de la formation à la française.

Karim Benzema reste le seul joueur considéré par Laurent Blanc comme ayant un niveau, ou au moins un potentiel international. Même si c’est ce qu’on lui demande, le Madrilène ne peut pas tout faire tout seul, contrairement à ses alter ego teutons. Beaucoup plus technique et agréable à voir jouer que ceux-ci, il est moins efficace. Devant, l’Allemagne reste fidèle à sa tradition. Elle aligne des tueurs pour qui un ballon dans les six mètres est un ballon au fond des filets. Miroslav Klose – qui vise le record en Coupe du Monde de Ronaldo – alterne avec son successeur au Bayern Munich, Mario Gomez. Comme en économie, l’Allemand n’est pas là pour négocier mais pour vendre. Il ne cherche pas à tirer mais à marquer. Lorsque l’on voit François Fillon se déplacer en personne au Brésil pour tenter de monnayer 1 ou 2 rafales et revenir bredouille, cela nous rappelle l’inefficacité de nos numéros neuf. Aussi sûr que Mario Gomez finira la saison à plus de 20 buts, l’Allemagne vend des Audi à François Bayrou.

Le Français s’exporte mieux que l’Allemand, et inversement

Tous les poncifs que l’on utilise pour décrire une équipe en pleine bourre y sont passés. Le « rouleau compresseur ». Une « équipe sûre de sa force, de son jeu ». « Quand ils entrent sur le terrain, à tout moment les joueurs savent qu’ils peuvent marquer ». Mais en même temps ils sont tous vrais. L’impression de maîtrise de l’équipe d’Allemagne n’a d’égale que sa sérénité. Si son jeu ne s’apparente pas encore une philosophie de jeu historique comme le football total néerlandais ou le jeu à la Barcelonaise, il pourrait peut-être le devenir. Ne lui manque qu’un titre après avoir échoué en finale au mondial en 2002 et à l’Euro 2008 et terminant troisième des coupes du monde 2006 et 2010. Mais l’Allemand n’est pas à un paradoxe près. Si son économie vend presque autant de rêve que son football, les deux sont fondés sur des principes contraires. La première puissance économique d’Europe est construite sur un système basé sur les exportations. Son marché intérieur est beaucoup moins développé que celui de l’autre côté de la ligne Maginot, mais elle en est moins dépendante. A l’inverse, on ne peut pas dire que le joueur germanique s’exporte bien. Hormis Özil et Khedira, ou par le passé Jurgen Klinsmann et Oliver Bierhoff, les anciens de la Bundesliga ont été des flops à l’étranger. Per Mertesacker nous en donne la preuve deux fois par semaine en confirmant, si besoin était, que la défense d’Arsenal est catastrophique. Tandis que ses coéquipiers en sélection s’éclatent chaque week-end à rendre leur championnat attractif par un jeu ultra offensif et des buts venus d’ailleurs. Le joueur français, lui, est avec les Brésiliens ou les Néerlandais, un très bon produit à l’export. Evra à Manchester, Abidal au Barça et avant eux Thierry Henry à Arsenal ou David Trezeguet à la Juventus ont tous réussi dans les plus grands clubs du monde. La Ligue 1 souffre de la comparaison avec les autres championnats européens.

L’Euro comme tremplin

Les instances dirigeantes du football Allemand nous ont aussi donné une belle leçon d’économie. Alors que la France n’a pas su utiliser la Coupe du Monde 1998 pour révolutionner ses stades et créer un véritable essor financier autour du foot, l’Allemagne a tiré un profit maximum du mondial 2006. L’Allianz Arena de Munich ou le Signal Iduna Park de Dortmund sont à la fois des monuments architecturaux ultra modernes et des chaudrons remplis de supporters bouillants. De quoi générer un fabuleux engouement et assurer aux clubs de juteux revenus. Le comité d’organisation de l’Euro 2016 devra s’inspirer de l’exemple de son voisin. Mais avant 2016 il y aura 2012 en Pologne et en Ukraine. Allez Angela on se retrouve en finale à Kiev le 1 er juillet ? Nicolas, lui, ne sera peut-être pas là.

Merkozy by Foutebol
Merkozy by Foutebol