Foutebol
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Le foot qui s'amuse à réfléchir


Adios Palermo y Gallardo


Alors que les jubilés de Bernard Lama ou d'Olivier Rouyer obtiennent une caisse de résonance médiatique digne d'une balance d'un concert d'AC/DC, il serait juste de s'arrêter sur la retraite de deux Argentins qui auront également marqué leur époque.


Deux étoiles qui ont certes plus brillé dans l'Hémisphère Sud que sur le Vieux Continent, où ils ont pourtant exercé avec des bilans mitigés. Marcelo Gallardo et Martin Palermo ont tiré leur révérence à l'issue du championnat argentin en fin de semaine dernière. Deux styles, deux clubs, aussi, mais une même ville : Buenos Aires.
River pour le meneur de poche Gallardo, estampillé énième « nouveau Maradona », à l'instar des Ortega, Aimar ou D'Alessandro ; Boca pour Palermo, looser magnifique, poissard s'il en est qui n'aura jamais eu l'envergure de Batistuta ou Crespo, mais qui sentait couler le même sens du but dans ses veines.

Petit mais costaud...

Deux symboles d'une transition difficile entre les générations Maradona et Messi qui s'en sont allés, ayant marqué de leur empreinte leur club plus que leur sélection. Deux joueurs à contre-courant. « El Muneco » (le poupon) Gallardo, qui affiche avec insolence son mètre 65 et sa technique chaloupée, au moment de l'avènement des grandes tiges bodybuildées dans l'entrejeu. Ce meneur de poche à malice qui vient marquer de sa classe le championnat de France dès sa première saison en Europe, pour offrir le titre à Monaco en 2000. Une année également marquée par son agression dans les couloirs du Vélodrome, en avril, dont il ne se remettra jamais vraiment, malgré une coupe de la ligue glanée en 2003, avant que la Desche ne préfère confier son milieu de terrain à deux poètes de la trempe de Bernardi et Zikos...


La boucle est bouclée...

Celito retourne alors au pays, plus précisément à la maison, à River, là où tout avait débuté avec une Copa Libertadores en 1996, à 20 ans, après des débuts pro à 17 ans et une participation à la Coupe du Monde 98 (une autre en 2002). On lui passera son passage foireux au PSG et sa bedaine naissante (2006-2008), son aventure américaine au DC United ou encore ses derniers gestes de footballeurs au Nacional Montevideo – qui lui permit quand même de gratter un dernier titre, champion d'Uruguay – pour retenir qu'en 2008, il reviendra encore une fois à River pour deux saisons et quelques arabesques.

Le chouchou d'El Pibe

Un style tout en dentelle que ne partageait pas vraiment son compatriote, mais néanmoins ennemi car arborant les couleurs jaune et bleu de Boca, Martin Palermo. Ni rapide, ni bon techniquement, ni élégant, cette grande gigue suivant la mode capillaire d'Eminem, deviendra pourtant l'idole de la Bombonera, tirant sa révérence en restant le meilleur buteur de l'histoire du club qui révéla en son temps Diego Maradona (227 buts en 403 matches). Une icône devenue sélectionneur foireux qui n'oubliera pas d'emmener son poulain à sa première Coupe du Monde, l'an passé, et de venir saluer ses derniers instants en crampon, dimanche dernier, alors qu'il n'avait pas trainer son anneau gastrique depuis plus de deux ans dans sa loge à vie du stade de Boca.

Un buteur atypique

Il est vrai qu'El Diez doit une fière chandelle à celui qui glana deux Copa Libertadores (2000, 2007) avec son club de coeur. C'est en effet cet attaquant atypique, capable de marquer de la tête de 40 mètres, comme de se déchirer à deux mètres de la ligne, qui sortit l'Albiceleste d'une mauvaise blague en qualifications en taclant un ballon pour le pousser au fond, au Pérou, au bout des arrêts de jeu, enlevant la victoire (2-1) et envoyant les Ciel et Blanc en Afrique du Sud. Palermo était propulsé homme providentiel après avoir été un poissard, sevré de sélection pendant près de dix ans et un match de Copa America, en 99, où il réussit l'exploit jusque là inégalé de rater trois pénalties dans le même match! S'en suivie une expérience malheureuse en Europe de trois saisons, de 2001 à 2004 (Villareal, Betis Séville, Alavès) surtout marquée par une blessure des plus absurdes. Quelques mois seulement après son arrivée en Espagne, « El Loco » trouva le moyen de se péter la jambe en célébrant un but. Venu à la rencontre des supporteurs regroupés derrière le but, le muret du stade de Levante ne résista pas et vint briser les os de ce pauvre Martin...
Pas rancunier de ce putain de destin, il reviendra en 2004 à Boca pour sept saisons de buts et de victoires contre River, face à qui il ne manquera pas de se signaler soulevant les clameurs de la Bombonera.
Une antre qui lui a rendu l'hommage qu'il méritait où sa mémoire restera tenace, comme celle de Gallardo au Monumental, le jardin des Millionarios de River. Juste retour des choses pour deux artisans sinon artistes du ballon qu'il convient de ne pas oublier en chemin.

Hervé Brelay