Foutebol
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Vers un Krach européen du foot ?

Un peu de contexte général : bien que fort mal vu de Karl Marx, le fait est que toute entreprise a besoin de capital : pour se créer, avant toute transaction commerciale, il faut acheter du matériel, payer des salariés, louer des locaux, etc…


Il n’existe pas trente six solutions : taper sa famille, puiser dans ses économies ou bien aller demander aux autres.

La bourse est faite pour pouvoir demander de l’argent au peuple, en échange d’une participation dans l’entreprise (des actions). Il existe même des gendarmes, appelés autorité des marchés financiers qui sont là pour s’assurer que les informations transmises au peuple sont l’image fidèle de la réalité. Voila pour la bourse.



Ensuite, le peuple va posséder une ou des actions d’une société.

La veuve de Carpentras et son inséparable amie, la mercière de Charleville, choisiront en fonction de leurs gouts, des conseils de leur banquier ou de leur terrible instinct de prédateur : Peugeot fait des bonnes voitures, donc j’achète des actions PSA.

Ce raisonnement n’est pas plus crétin que d’autres. Elles placent leur argent, en espérant que la valeur de l’action va monter, et que celle-ci sera suffisamment profitable pour générer des dividendes. Le niveau de maturité de l’individu normal (j’entends de celui qui n’est pas employé d’une société de bourse ou assimilée et dont le métier n’est pas d’acheter et de vendre des actions) est en général assez faible, et la bourse est le plus souvent vue comme une sorte de casino ou on aurait plus de chances de gagner qu’à la roulette. Le fait est que la bourse est un jeu à somme nulle, tout comme le casino : si certains gagnent c’est que mathématiquement d’autres perdent.

En revanche, libre à ceux qui le souhaitent de se percevoir comme plus malins que les autres et d’y investir. En ce cas, il est à peu près prouvé que confier son argent à des professionnels est à peine moins risqué que de boursicoter soi-même. A cet égard, les années 70-75 ont été catastrophiques en bourse, mais je me rappelle ma grand-mère commentant à table « pourtant, on a bien voté la dernière fois » comprenez, la droite a pourtant gagné les élections !



Le Foot

Les clubs de foot ont besoin d’argent, pour payer les joueurs, intermédiaires, etc…

Un rapide coup d’œil aux résultats 2010 de l’OL, seul club français coté en bourse, montre que les salaires représentent 70% du CA ! CQFD : les clubs ont besoin d’argent pour payer les joueurs De l’autre coté, l’argent leur vient en premier des droits TV (qui je le rappelle proviennent de Canal+ et d’Orange Sport) pour plus de la moitié, des sponsors (un tiers) de la billetterie (un quart) et du reste (produits dérivés, maillots, etc…).

Mais avec ça le club perd cinquante trois millions d’euros avant impôts en 2010 !
Rajoutez à cela que les droits TV vont sans doute baisser d’au moins un tiers à l’issue de la saison prochaine, du fait du désengagement d’Orange, et vous voyez le tableau. Les clubs ont alors deux solutions : soit aller taper le public en bourse, soit trouver d’autres sources de financement, et Aulas a trouvé une autre martingale, maintenant qu’il est déjà passé par la case bourse (en copiant honteusement sur ses camarades anglais) : Il demande un stade pour lui. Alors là c’est parait-il le jackpot, comme les multiplex de cinéma qui permettent d’éponger le visiteur au delà de sa place de spectacle avec des repas, des prestations, etc…

Tout cela est de bonne guerre, mais revenons à la bourse : Si le modèle économique d’un club français supposé économiquement fort est aussi médiocre, avec des perspectives catastrophiques, alors me direz-vous, mais que fait il en bourse ? ben rien, rien de bon pour les actionnaires en tout cas. Pas plus cela dit qu’Eurotunnel, Natixis, Suez en leur temps (vous vous souvenez de Catherine Deneuve - clip ci-dessus ?) etc…

Mais on ne sait jamais, peut-être que ça va revenir.
En tout cas, il s’est trouvé suffisamment de veuves et de mercières (encore que ce sont probablement plutôt des supporteurs que des mercières, si l’on croit les socio-types présents dans les tribunes de stades de foot) pour acheter 25% du capital d’OL Groupe, et donc apporter un peu d’argent frais à la société. Est-ce honnête : il faut croire que oui puisqu'aucune plainte ni condamnation n’a eu lieu au sujet de l’introduction en bourse ni de la gestion des dirigeants depuis lors. Est-ce moral ? Définissez-moi la morale du capitalisme, et je veux bien essayer de vous répondre.



Hors de la bourse ?

Y a-t-il d’autres moyens : oui, trois : le mécénat, la coopérative et la malhonnêteté.

Mécénat : Bernard Tapie à l’OM (1985 – 1994), Abramovitch à Chelsea (depuis le début des années 2000), Robert Louis-Dreyfus (OM 1994 – 2009) et d’autres avant et sans doute après : des dirigeants fort riches (parfois enrichis de façon un peu douteuse mais pas toujours) renflouent les pertes à coup de capital, sans véritable espoir de retour sur investissement. C’est comme d’autres achètent de l’art moderne ou financent des associations caritatives pour la lutte contre l’autisme ou la malaria. Problème : ils se font haïr des tribunes dès qu’ils ne veulent plus renflouer (rappelez vous des torrents d’insultes à l’égard de RLD à l’OM !) et parfois ils se fatiguent et ils partent. Dès lors, c’est immédiatement la catastrophe, et les joueurs apparemment fous amoureux de leur maillot, peuvent quittent le navire en quelques mois : un rappel : l’équipe de l‘OM "championne" de France et d’Europe en 1993 composée de Barthez, Boli, Angloma, Desailly Sauzée, Deschamps, Voller, Boksic, Pelé, Eydelie, s’est trouvée comme par miracle dépourvue de tous ses joueurs subitement partis au Milan AC, Juventus, etc… - note : que des modèles irréprochables, ces clubs là...

Coopérative : le club appartient aux socios qui seuls sont actionnaires. Gestion miraculeuse (vue de loin) qui vue de près est seule capable de générer des niveaux de pertes hallucinants, comblés on ne sait comment : il y a quelques années le Réal Madrid en faillite complète a tout résolu d’un coup de baguette magique en vendant tout ses actifs immobiliers.

Malhonnêteté : alors là le nombre de margoulins en tous genres souhaitant récupérer les clubs de foot et leurs aides des collectivités, l’argent des fausses factures et des rétro-commissions d’agents, il y en a. Encore à l’OM, cet homme d’affaires canadien (ndrl : Jack Kachkar ? à Nice, Grenoble, Strasbourg, … et je ne creuse pas jusqu’aux doubles billetteries du PSG et de l’ASSE, on ne va pas faire de la paléontologie footballistique.



Quels critères ?

La seule manière pour un club de gagner de l’argent est de maitriser ses coûts salariaux (donc de laisser partir ses meilleurs joueurs) et de faire de l’argent sur la revente : l’OL de ce point de vue là serait un assez bel exemple, avec les ventes sur ces quatre dernières années de Benzema (38m€), Ben Arfa (15), et même sans aller si loin, une équipe de Ligue 1 complète a été développée et vendue : Clerc, Berthod, Balmont, Bergougnoux, Mounier, Rémy notamment.

Pas besoin de les former, on peut aussi faire de l’argent avec l’achat vente : Essien, acheté 4 m€ à Bastia et revendu 38, Diarra pareil, Tiago. Malheureusement, c’est devenu plus difficile avec depuis trois ans des ratés comme Keita (perte sèche 15m€), Bodmer, Lovren (acheté 15, combien vaut-il maintenant ?), Makoun, etc…

Le bon critère c’est la valeur de l’effectif et les plus values potentielles à la revente, l’âge des joueurs, et leur marge de progression. Sinon, le modèle économique du foot c’est pas gagné. Une bonne vieille récession, deux trois dépôts de bilan de vrais grands clubs (je veux dire pas Grenoble) qui assainiraient le marché, pourquoi pas. Le jour ou le Réal, Chelsea et MU font faillite, là on pourra peut-être revenir à une économie classique, pour ne pas dire normale.


Les exemples du Calcio et de la Liga

L’Italie est en crise et ne peut plus participer à l’inflation. Les magouilles (dopage, corruption tricheries en tous genres) ont été un peu dévoilées, et les clubs ne peuvent plus acheter tout et tout le monde à tout prix. La Liga ? Petit rappel pour les ceusses qui étaient en vacances : il n'y a pas eu de foot en Espagne pour la première journée de Liga fin aout. L’ensemble des joueurs s'est mis en grève. La situation économique désastreuse des clubs ibériques a poussé l'un des plus prestigieux championnat de Foutebol de la planète au bord du précipice.


Un Krach européen du foot je vous prédis

Manchester United à la place de Lehman Brothers, Fanny Mae et Freddie Mac remplacés par le Réal ? Peut-être pas souhaitable, mais pas si science-fictionnesque que ça ! et puis on a beaucoup moins de copains footballeurs que de banquiers.

Bon, d’ici là les critères pour investir dans un club de foot, je n’en vois qu’un : la Chine ! Potentiel énorme, argent à recycler en quantités gargantuesques, passion pour le jeu, pour le reste, passez votre chemin.

Pour conclure, je citerai Schopenhauer (Gazelec Ajaccio 1966– 69 puis Eintracht Francfort 1970-73, finaliste de la coupe des coupes 72 contre le Partizan Belgrade) « être actionnaire d’un club de foot c’est aussi confortable comme situation que celle de Sonny Corleone au péage ».


PS - Cet article a été publié le 18 mars dernier dans Foutebol - relayé sur le FB du Canal Football Club - et réactualisé ce jour après la grève des joueurs espagnols + visuels et liens.

Posté par Jean-Marc Bosman le Dimanche 30 Juin 2013
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