Foutebol
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To be or note to be

La note. Une sanction attendue autant que redoutée par les étudiants. Une estimation qui fait trembler les États. Et une évaluation donnée dans des conditions opaques aux footballeurs.


François Baroin en a presque remis ses lunettes pour s'en assurer. Quoi ? La France dégradée ? Privée de son triple AAA, symbole d'une économie fleurissante. On apprenait lundi que l'outrecuidant Moody's, agence de notation, serait en passe d'enlever une voyelle à l'Hexagone. La classe économique tremble devant une telle perspective. Et la classe politique emboîte le pas, laissant déjà poindre un avenir austère à terre. Ou comment une entité encore inconnue il y a six mois est devenue l'organe qui jugule l'économie globale, faisant vaciller au début de l'été l'Italie, qui a rendu une copie raturée sur ses capacités de solvabilité, puis les États-Unis, menacés aussi pour l'attribution du prix d'excellence. L’Espagne a aussi subit les foudres d'une notation en baisse alors que la Grèce, elle est en déjà plus à accumuler les notes qu'à se soucier de celle-ci.


Ça roule pour Michelin

Un peu à la manière du guide Michelin pour l'évaluation des restos (qui se soucie des commentaires du Gault et Millau ?), les agences de notation Moody's, Standard and Poor's et Fitch Ratings se sont imposées comme référence d'évangélisme en matière de gestion économique.

L'institution n'est pourtant pas une nouveauté. Elle existe depuis la fin du XIXe siècle. Leur rôle : juger des capacités de remboursement d'un État, d'une collectivité ou d'une entreprise. Plus la note est haute, plus les taux d'intérêts sont bas car l'emprunteur est estimé bon payeur, reprenant la maxime, « on ne prête qu'aux riches. » Dans l'absolu, la logique se tient. On ne prête pas de l'argent à quelqu'un auquel on ne fait pas confiance.

Mais dans la pratique, comment cautionner que des sociétés privées, financées par les États, les sociétés et les collectivités pour posséder ou dévoiler cette note peuvent se placer ainsi en archange de la régulation économique ? Peut-être car c'est le seul repère restant dans ce foutras de globalisation. La moins mauvaise des solutions, à l'instar d'une démocratie décrite comme le moins mauvais des systèmes par Churchill.


Moyen ou insuffisant ?

Ce qui nous ramène aux notes attribuées aux footballeurs. Peu de repères sont donnés sur l'attribution de ces sacro-saintes évaluations, délivrées par le seul quotidien de sport du pays : L’Équipe. Les soirs de grands matches, type Ligue des champions ou Équipe de France, un journaliste est dévolu à cette tâche. Pierre Ménès s'y est collé pendant presque une décennie au sujet de l'équipe de France. Récemment, dans le Canal football club, il avouait quelques arrangements possibles pour des matches « de province » mais pas pour ce type d'évènement, « trop important et ça se verrait trop ». Il est est sûr qu'un 3 pour un match disputé avec le maillot tricolore (ou marinière) fait tache. Pour un Ajaccio-Sochaux, c'est l'envoyé spécial qui s'en charge directement, ou bien le correspondant local. Dans des conditions qui restent opaques. Tout juste a t-on pu remarquer que les notes ne comptaient plus de demi-point, obligeant les rédacteurs à trancher plus franchement dans leurs appréciations. Appréciations qui sont définies comme telles par le quotidien :
  • 0 : match ponctué d'un comportement inadmissible ;
  • 1 : match exécrable ;
  • 2 : très mauvais match ;
  • 3 : mauvais match ;
  • 4 : match insuffisant ;
  • 5 : match moyen ;
  • 6 : match satisfaisant ;
  • 7 : bon match ;
  • 8 : très bon match ;
  • 9 : match exceptionnel ;
  • 10 : match parfait.

Ne pas marquer vaut-il mieux qu'en prendre quatre ?

Soit, mais si le match parfait, par définition, n'existe pas, est-ce qu'un match au-dessus de la moyenne est un match satisfaisant ? Ou est-ce qu'il est satisfaisant car la victoire est au rendez-vous alors que la valeur intrinsèque de ce joueur est en question. Exemple tiré de la dernière Ligue des Champions. Alors qu'ils ont dominé tout le match, tanguant violemment le gros vaisseau Inter, Hazard et Cole se retrouvent affublés d'un 4. Hazard car « ses fulgurances n'ont pas beaucoup déstabilisé la défense intériste » alors que « l'international anglais était volontaire mais dans un jour sans ». A l'inverse, Koné, qui a bu la tasse en en ramassant quatre à Santiago-Bernabeu, est crédité d'un 5 car « le Burkinabé, qui découvre le très haut niveau cette saison, a existé. C'est déjà pas mal ». Voyons le bon côté des choses... Comme pour Réveillère, crédité de la même note, même si « sa déviation de la tête a amené le deuxième but mais il aussi réussi quelques sauvetages ». Étonnant non ?

Trouver explications à ces écarts est peine perdue, tant ils relèvent de la sensibilité de chacun et de connivences supposées ou réelles. Référence par l'absence d'autres repères, elles deviennent pourtant référence. Trouver un match de Zidane évalué en-dessous de la moyenne est une rareté. Un de Mickaël Silvestre au-dessus également. Pas le même type de joueur, il est vrai. Mais pas le même rôle, non plus. Peu se sont émus publiquement de ces estimations. Mais l'histoire ne dit pas si Mickaël Silvestre a remis en question sa relance après que L’Équipe l'eut massacré pendant des années dans ses petits carnets de note. Ce qui ne démontre pas que Silvestre était mauvais. Juste que ses appréciations étaient délivrées par quelqu'un qui au mieux n'appréciait pas son jeu. Reste à savoir s'il faut en tenir compte.



le Dimanche 23 Octobre 2011
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