Foutebol
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Roland Thierry | Pas Nini

Journaliste sportif / 1937-2012


Roland Thierry | Pas Nini
Avant propos :
Thierry Roland fut un personnage emblématique du PAF Foutebolistique français 50 années durant (il a commenté 13 Coupes du Monde et 9 Championnats d'Europe des Nations). Le mythique commentateur a passé l’arme à gauche en juin dernier, à l’âge de 74 ans. Sa mort a suscité de nombreux commentaires plutôt positifs, d’ailleurs. Ainsi va la mort ! On ne tire pas sur une ambulance et à fortiori sur un corbillard. Pourtant, le cathodique Thierry Roland ne laissait personne indifférent. Il plaisait et révulsait avec la même intensité. Dans un souci d’objectivité mais aussi afin de ne me fâcher avec personne ou plutôt avec tout le monde, j’ai décidé de te faire (comme je l’avais fait jadis pour Valbuena) deux portraits, un assez favorable et l’autre plutôt à charge. Je compte sur ta perspicacité légendaire (je déconne), ami internaute, pour te faire ta propre opinion.

Pour
Désolé mais un type qui fait preuve d’une telle longévité doit quand même avoir quelques qualités. Thierry était un grand professionnel, passionné et fin connaisseur du Foutebol. Il nous était familier par sa voix et ses expressions fleuries : « ces deux là ne passeront pas les vacances ensemble ». A l’image du fameux « Tout à fait Thierry ! » immortalisé par son acolyte et ami Jean Mi-Mi, feu Roland était un « monument » du Foutebol français. Cet homme incarnait, à merveille, ce profil de « français moyen » dans lequel nombre de téléspectateurs se reconnaissaient. N’en déplaise à tous ces intellectuels prétentieux et aux donneurs de leçon, il était à l’image du Foutebol ; populaire. Le supporteur de base voyait dans sa mauvaise foi et son côté cocardier, le fidèle compagnon des peines et joies du Foutebol français. Thierry était sincèrement et viscéralement attaché à l’équipe de France. Son côté « bon copain », toujours prompt à lâcher une bonne blague de derrière les fagots, genre « Il y a deux Lee sur le terrain, on va pouvoir faire une chambre ! » (France-Corée du Sud) réjouissait les amateurs de bonne poilade (d’ailleurs il était membre des grosses têtes, c’est dire !). Son rire caractéristique traduisait sa bonne nature et son humour gaulois : « Vu la chance de Bernard Lama, on se demande ce que Mme Lama fait en ce moment... ». D’ailleurs, comme il s’en était lui-même défendu, l’homme n’était « Ni facho, ni raciste », tout juste un peu maladroit parfois et gentiment chauvin.
Repose en paix.

Contre
C'est en octobre, 1976, à l’occasion d’un France-Bulgarie que l’insupportable Thierry commence à bâtir sa triste notoriété en traitant un arbitre : « Alors là, M. Foote, vous êtes un salaud ! Y'a pas d'autre mot, voilà ce que c'est ! ». Ce n’était que le début d’une inter-MINABLE carrière ou la beauferie le dispute à la xénophobie.
Depuis 50 années qu’il squattait les commentaires du Foutebol, la France évoluait mais Thierry Roland, figé dans sa médiocrité réactionnaire, était immuable. Outre qu’il était doté d’un rire de hyène sous extasie, il nous imposait (sauf à couper le son comme le faisaient beaucoup) ses poncifs, ses saillies franchouillardes et ses débordements verbaux. Sa mise à la porte de TF1 (maison qui a pourtant une certaine tolérance pour les décervelés), après des années de loyaux et piteux sévices, fut une libération pour tous les férus de Foutebol qui considèrent que ce sport ne rime pas obligatoirement avec bêtise. Comment la télévision a-t-elle pu lui laisser, si longtemps, répandre son fiel nauséabond d’une France pitoyable et rance ? La limite entre son chauvinisme indécrottable et son racisme ordinaire était tellement ténue qu’elle donnait parfois la nausée : « Il n'y a rien qui ressemble plus à un Coréen qu'un autre Coréen, surtout habillés en Fouteboleurs, d'autant qu'ils mesurent tous 1,70 m, qu'ils sont tous bruns. » ou « Il se bat Vieira, contre ses cousins » (France-Sénégal, Coupe du Monde 2002) ou encore « Honnêtement, Jean-Michel Larqué, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance ? ». Concernant cette dernière indignité, il s’était piteusement enfoncé : « Je ne suis pas raciste, je n’ai rien contre les tunisiens. D’ailleurs ma femme de ménage est tunisienne. » (Du grand art !) Pour le défendre certains arguaient qu’il disait tout haut ce que beaucoup de téléspectateurs pensent tout bas. Tiens ! Bizarrement, c’est presque le slogan d’un parti politique d’extrême droite qui a pignon sur rue. Il y a de ces coïncidences !
Enfin la paix !

Roland Thierry | Pas Nini

Posté par le Lundi 9 Juillet 2012
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