Foutebol
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La Savoie et il revint de loin

Douze jours après le choc du Stade de France - pleine face - ce fut un long tunnel blanc...


Sorte de coma sportif. De loin, depuis la télé de sa chambre de réa intensive, lui parviennent les bribes du monde, par taches colorées... délavées : Murray et le vert gazon béni, argentées comme les flèches de Rosberg et d'Hamilton, Froome âge de fer jaune robotisé, le rouge mancunien des special One & Pogba... Pffff. Un arc en ciel insipide, quand il ne vire pas à l'écarlate sanguinolant : not very Nice feu d'artifice, isn't it ? Rester dans le tunnel et « s'en aller dormir dans le paradis blanc », selon les conseils avisés de Michel Berger, tennisman au cœur tendre.

Et puis il y a eu ce 22 juillet, aux alentours de 16h40... La pluie tombe sur la Savoie et Thierry Adam ne sait plus quoi faire pour chauffer sa voix. Devant, Rui Costa met les bouts, derrière on s’excite un peu. C'est la 19e étape du Tour. SOUDAIN, le jaune et son vélo se séparent ! L'homme et sa mouture sont couchés sur la route. Froome - Jimmy Sommerville doré - est à terre ! You arrrre my wooorld, zip, paf !

Oublier Eric Fottorino

Sur son lit, il s'agite... Une infirmière à son chevet aurait remarqué une oscillation sur l'électro-encéphalogramme, un bip de plus dans la litanie de l'électro-cardio... Mais les femmes en blanc y restent le moins possible dans cette foutue chambre connectée 24-24 sur l'actu de la compètition... « Oh c'qui m'agace avec son sport celui-là. Y paraît qu'y aurait que ça pour avoir une chance de le faire revenir, c'te taré. Tu parles ! Ca fait presque deux semaines et que dalle, pas un mouvement de cil ! Bon, à la rigueur, je veux bien me taper un peu de Tour de France, parce qu'ils montrent des beaux paysages à la télé. C'est beau la France, hein Josette ?». Rester dans le tunnel, quitter tout ça, oublier définitivement Eric Fottorino (celui qui présente les châteaux et les vallées quand la course somnole).

BON DIEU ! Deux gars d'AG2R sont partis ! Gros développement dans la cote, les watts en pagaille. HOULA, y'a celui de derrière qui vascille, il passe au ras du rétro d'une bagnole garée-là ! Mais... c'est BARDET NOM DE DIEU !! C'EST BARDET !! Ses lèvres bougent imperceptiblement. En se penchant, en s'approchant - quitte à subir l'haleine enfermée depuis le choc du 10 juillet – l'infirmière scrupuleuse aurait entendu ces bouts, chuchotés : « Ba... det, Gnnn... Ba...det !». Qu'en aurait-elle pensé ? Aurait-elle fait le lien avec Thierry Adam, qui beugle là, à quelques centimètres ? Pas sûr, pas sûr du tout même, quand on veut pas... Elle l'aurait légèrement secoué, tentant d'établir le contact... « Monsieur, monsieur, je vous reçois 2 sur 5... pouvez-vous répéter ? Baudet c'est bien ça ? Comme un baudet du Poitou ? Vous voyez de grands poils, c'est ça monsieur ?! »


Panique in the Sky

Ils ont attaqué en descente, bien joué les gars ! Ils en ont mis une sur la patinoire noire. Derrière, c'est le bazar. Il y a des écarts... Froome a pris le vélo d'un autre, comme dans le Ventoux. Avec un peu de chance, c'est le biclou tout pourri d'un mec qui passait par là. Un vieux Gitane de 15 kilos, le cintre retourné vers le haut et une pompe collée sur le cadre... Panique totale in the Sky ! Bardet dépose son copain maintenant. Il part tout seul. Devant, y'a encore un mec... C'est RUI COSTA, BORDEL !! Un Portugais ! Il faut le choper, il faut aller chercher le Portos ! Vas-y BARDOUILLE nom de Dieu ! Vengeance !

Son corps est saisi de francs soubresauts. Ses yeux clignent... « Gnnn... BA...DET... ». Dans sa tête, ça bouillonne. Le Portugal, son cauchemar, sa torture... C'est le petit Bardet ! Le petit Bardouille, c'est lui ! Celui dont on aimerait pincer les joues affectueusement, s'il ne se les était pas bouffées de l'intérieur, à l'instar de Willy Deville. Le p'tit Bardouille quoi ! Il est pétri de tendresse, voilà 15 ans qu'on n'avait pas tripé comme ça sur un Tour. Thierry Adam s'enflamme... « Il va monter sur le podium !! Il peut même aller chercher le jaune... 4 minutes de retard... il peut le faire !! » Rui Costa s'accroche... Il suce sa roue ! Ça va bien OUI ?!! Alors, il vous les faut toutes Môssieur COSTA?! Le hold up du 10 juillet ne vous a donc pas suffit ?! Dépose-le BARDOUILLE !

Assis, les yeux ronds, haletant, il est enfin sorti de lui-même. Rui Costa décroche. Il voit Aru, Quintana et Porte, claqués, la gueule ouverte. Trop tard. Le soleil lui chauffe à nouveau la tête, la vie reprend même si, simultanément, à 600 bornes de là, « Munich ta life en faisant les courses »...
Mais ça, c'est une tout autre histoire.
Romain Bardet by 20minutes.fr
Romain Bardet by 20minutes.fr

Posté par le Dimanche 24 Juillet 2016
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