Foutebol
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Intouchables



Le pompier qui a sauvé ta petite sœur de la noyade l’été dernier par exemple, mais aussi tous ces merveilleux buteurs de la dernière occase du match, ceux qui ont provoqué chez toi cette expression vociférante, totalement ridicule et pourtant si bonne. A ce titre, j'en profite pour plaindre les gugus qui ont entamé une danse de Saint Guy dans le petit local du Sofitel de New York, le 14 mai dernier. Moi non plus je n’aurais pas aimé que des caméras immortalisent mon attitude, au soir du 18 mars 1993, sur les coups de 22h36.

Car c'est à ce moment précis qu’Antoine Kombouaré a décroché un surnom pour la vie et surtout un ticket définitif et inaliénable pour l'atoll des Intouchables. Il s’agirait d’un endroit paradisiaque, moucheté de charmants petits îlots, peuplés uniquement de buteurs ultimes, ces bienfaiteurs qui ont un jour ouvert les lourdes vannes libérant des flots de bonheur aussi bouillonnants qu’espérés. Ils y vivraient dans la plus parfaite sérénité, vêtus de peu, le sourire béat et recevraient honneurs et marques de dévotion, chaque jour que Dieu ferait. Retirés du monde et de ses bassesses, c'est peu dire qu'ils n'auraient plus de soucis matériels et grande honte serait faite à ceux qui oseraient seulement leur demander le moindre effort, comme d'éplucher une mangue par exemple.


Alors voici comment, le 18 mars 1993 à 22h36 GMT, Antoine a décroché son billet pour l'atoll.


L'instant reste gravé dans nos esprits comme l'un des plus jouissifs de l'histoire du foot français. Le PSG reçoit le Real Madrid en quart de finale retour de la Coupe de l'UEFA. Après avoir encaissé un 3-1 à l'aller, l'affaire n'est pas des mieux engagées mais c'est faisable.
- Paris mène 1-0 à la mi-temps, tête de Weah à la 33e. Plus qu'un et c'est la qualif'...
- Paris pousse, Madrid ne rompt point... jusqu'à la 81e et le but d'anthologie de David Ginola. 2-0 la qualif' est en poche...
- D'autant plus que Paris enfonce le clou et plante un 3e but à la 89e. C'est plié...
- Mais Zamorano, l'hélicoptère chilien, reste posé dans l'air irrespirable de la capitale et offre aux Meringue le droit de jouer les prolong' à la 92e ! Aaaa...
- On est à la 96e. Coup franc de Valdo. Platini, le prophète annonce : « v'là le 4e »... C'est l'occase de la dernière chance. Qu'est-ce qui coupe la trajectoire et propulse la balle hors de portée de Buyo ? Oui, tu m'as compris, pas la peine d’entrer dans les détails quant aux réactions qui s’en suivent. C’est un peu dégoûtant, je l’admets sans peine.

Sur l'atoll des Intouchables, on visiterait Antoine tous les 18 mars. Ce serait comme un pèlerinage païen. On viendrait avec des copines jeunes et fraiches, désireuses de découvrir la vie, on lui apporterait des couronnes de fleurs, des vasques remplies de cocktails délicieux, des corbeilles de fruits... Sur la plage, un peu comme sur l'île de Pâques voisine, des statues en or massif, payées par la Fifa et l'ONU, seraient érigées en hommage à tous les illustres habitants qui ont un jour fait grandir l'Homme en inscrivant leur nom en lettre de feu dans l'Éternité, en défiant la course infernale du temps qui passe et qui tue à petit feu.

- Il y aurait celle de Wiltord - pour son but face à l'Italie, en finale de l'Euro, le 2 juillet 2000, à la 94e.
- Il y aurait celle de Platoche - pour son but face au Portugal, en ½ finale de l'Euro, le 23 juin 1984, à la 119e.
- Celle des deux Mancuniens, Sheringham et Solskjaer, pour leurs buts en finale de la C1 face au Bayern, le 29 mai 1999, aux 91e et 93e.



- Une aussi pour Feinduno, qui a offert le titre de champion de France aux Girondins de Bordeaux, le 29 mai 1999, à la 88e.


- Et puis bien sûr, parce que l'atoll des Intouchables est internationale et qu'on y vivrait au-dessus des parti pris, il y aurait aussi celle de Kostadinov - et ouais - pour son but fatal aux Bleus, lors des qualif de la Coupe du monde, le 17 novembre 1993, à la 90e. Mais tu ne serais pas obligé de lui prêter ta femme, à lui.

Oui je sais...

En vrai, Antoine Kombouaré est confiné au rôle de ramasseur de cacas nerveux dans les vestiaires du Parc, une épée constamment brandie au-dessus du Casque d’or.
C'est à n'y rien comprendre.
Pourquoi Nasser El Khelaifi, le boss du PSG, passe-t-il son temps à compliquer le boulot de son entraineur, le dénommé Antoine Kombouaré himself ? Dernier exemple connu : il menace d'enrôler des mecs comme Beckham le has been et Tevez le fouteur de zone, l'Attila de la tactique...
Et gérer un vestiaire pareil, ce sera encore autre chose que d'éplucher une mangue soi-même, crois moi !


Désolé mais non. C'est dimanche et je préfère retourner dans un monde plus juste, un monde où pour Antoine, sur l' atoll, on est aux p'tits soins !!!

Intouchables

le Mardi 14 Février 2012
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