Foutebol
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Cesare Prandelli, séduisante Italie

L’Italie est en finale de l’Euro et tous les observateurs n’ont d’yeux que pour Andrea Pirlo. Pourtant avant même le début de la compétition, le sélectionneur de la Squadra Azzura, Cesare Prandelli, a réussi un exploit. Bâtir son équipe autour d’un duo d’attaque Balotelli – Cassano.


Cesare Prandelli, séduisante Italie
Il fallait oser. Avoir confiance en Mario Balotelli et ressusciter Antonio Cassano. Mais Prandelli n’est pas un entraîneur comme les autres. Dès son entrée en fonctions à la tête de la sélection italienne en 2010 il défraye la chronique. La Nazionale est en ruine après une élimination au premier tour du mondial sud-africain et a de la peine à remplacer des cadres vieillissants. Cesare Prandelli débarque et lâche une bombe « les résultats ne sont pas une priorité ». Avant de penser aux titres, il veut remettre le football à sa place et inculquer des valeurs à ses joueurs. « Il faut d’abord rapprocher l’équipe des gens » assure-t-il. Alors que l’Italie doit sa réputation à son pragmatisme et sa capacité à toujours bien se comporter lors des compétitions internationales, il passe pour un extraterrestre.

Platoche dans la poche
L’ancien milieu de terrain est pourtant loin d’être un fou. Sa carrière de joueur qui le conduit de Cremonese à l’Atalanta, le voit surtout passer par la Juventus. Et pas n’importe laquelle. La Vieille Dame des 80’s avec Platoche à la baguette et Zoff dans les barres. Disputant seulement une quinzaine de matchs par an, il se fait remarquer par le recul qu’il prend par rapport aux matchs. Déjà dans l’analyse, ses partenaires le respectent et l’écoutent quasiment autant que leur entraîneur. Il débute sa seconde carrière en 1990 en prenant en main les jeunes de l’Atalanta Bergame, club dans lequel il termine ses années de joueur. Trois ans plus tard, il se voit confier le temps d’une saison l’équipe première. Il remplace Fransesco Guidolin mais ne parvient pas à sauver l’équipe de la relégation. Il s’en va donc reprendre les minots.

Meilleur entraîneur de Série A
C’est en 2005 lorsqu’il rejoint la Fiorentina qu’il se fait véritablement remarquer. Dès sa première saison il hisse la Fio dans les places européennes. Mais le club est embarqué dans l’affaire du Calciopoli et se voit retirer 30 points. Luca Toni, Riccardo Montolivo et Sébastien Frey disent adieu à la Coupe d’Europe. Ou plutôt à bientôt. La saison suivante malgré 15 points de pénalité pour la même affaire, il emmène le club à la 6ème place en Série A et le qualifie pour la Ligue Europa. Prandelli est élu, les deux années d’affilée, meilleur entraîneur du Calcio. En 2008, c’est une demi-finale de Coupe d’Europe qu’atteignent les partenaires de Zdravko Kuzmanovic. Ils échouent aux tirs aux buts face aux Glasgow Rangers. Mais la Fio a pris goût aux joutes européennes. Ils se qualifient pour la Ligue des Champions au détriment du Milan AC. Ils terminent seulement 3ème de leur poule derrière deux grands habitués, l’OL et le Bayern. Ils remettent ça en 2009/2010 et retrouvent les Lyonnais au même stade de la compétition. Cette fois-ci ils terminent premiers, devant les Gones et Liverpool. En 1/8ème la Fio s’incline face au Bayern avec notamment une défaite 2-1 à l’aller sur un but hors jeu de Klose. Légèrement brouillé avec son président en raison de rumeurs qui l’envoyaient à la Juve, Cesare Prandelli quitte le club à la fin de la saison. Au mois d’août il prend les rênes de la Nazionale. Il succède à Lippi et ses champions du monde 2006 éliminés dès les poules en 2010.


Cesare Prandelli, séduisante Italie
« Le foutebol est trop loin du réel »
Pendant deux ans il s’attache à rajeunir, ragaillardir et surtout « assainir » la sélection. « Le foutebol est trop loin du réel » affirme-t-il. Pour jouer sous le maillot de la Squadra Azurra, les joueurs devront avoir un comportement irréprochable. Pour leur donner l’exemple il invite Simone Farina, le joueur qui avait refusé de l’argent pour truquer un match et dénoncé cette pratique, à participer à un stage avec l’Italie. Ensuite il mélange les anciens champions du monde avec « ses » joueurs. De Rossi, Pirlo et Buffon incarnent la vieille garde. Les deux derniers sont rejoints par leurs coéquipiers de la Juve, Chiellini et Bonucci pour conserver la tradition d’une Italie ultra solide derrière. Devant il va faire appel au génie créatif de Cassano, la folie de Mario Balotelli, la grinta et le sens du but de Di Natale et enfin la patte gauche de Diamanti. Au milieu, Montolivo et Marchisio entourent Pirlo. Un mélange explosif qui permet à l’Italie de se qualifier sans trop forcer pour l’Euro… puis de paumer 3 matchs d’affilée en préparation du voyage en Ukraine et Pologne. Et c’est pendant ce championnat d’Europe qu’il trouve définitivement la bonne formule. Comment ? En la changeant constamment.

Le changement, c’est tout le temps
Contre l’Espagne en ouverture il joue avec 3 centraux, dont De Rossi redescendu d’un cran pour l’occasion. Les deux arrières latéraux jouissant d’une liberté totale en attaque tant qu’ils font le boulot derrière. Pour jouer la Croatie et l’Irlande, il revient à son 4/4/2 et surtout donne entièrement les clefs de l’équipe à Andrea Pirlo. Le meneur n’a jamais semblé si bon qu’à cet Euro. Dans son style si caractéristique de faux lent. Le genre de mec à toucher 100 ballons par matchs et à réussir 101 passes. Le bonhomme qui va te poser un petit coup franc en lunette pour ne pas se faire sortir par Bilic et ses Croates. Le seul gars que même Balotelli n’oserait pas remettre en cause. Contre l’Angleterre en quarts puis l’Allemagne en demies c’est un récital. Super Mario fait de Lescott sa chose puis de Hummels sa victime. S’ils ont besoin de tirs aux buts face au système à l’italienne des Anglais, Prandelli fait les bons choix tout au long du match. Il arrive notamment à faire exploser Ashley Cole en prolongation en faisant rentrer Diamanti sur son aile. En demies il décale Barzagli – impérial sur son côté gauche tout au long de l’Euro – à droite. On ne verra ni Podolski, ni Lahm du match et la Squadra s’impose d’un 2-0 net et sans bavure. Sur le premier but, c’est même la doublette la plus improbable du monde et composée par Prandelli qui fait tout le boulot. Cassano s’infiltre entre 3 Allemands et dépose un caviar inimaginable sur la tête de Balotelli. Ce même Mario qui fracture la cage et laisse Neuer totalement groggy sur le deuxième but. On attend désormais de voir ce que Prandelli et sa classe typiquement italienne vont nous concocter pour croquer les Espagnols. Mais attention, en face se dresse Vicente Del Bosque. Et le sélectionneur espagnol n’a pas non plus été avare en surprises depuis le début de la compétition.

Ashley Cole, Alessandro Diamanti et Steven Gerrard lors du match Italie-Angleterre de l'Euro 2012. Prandelli est en arrière plan - Илья Хохлов - Wikimedia Commons
Ashley Cole, Alessandro Diamanti et Steven Gerrard lors du match Italie-Angleterre de l'Euro 2012. Prandelli est en arrière plan - Илья Хохлов - Wikimedia Commons


Posté par le Dimanche 1 Juillet 2012
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