Foutebol
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Bonjour. Je m’appelle David.

Témoignage – David, AA, comme Ancien Attaquant


Bonjour. Je m’appelle David.
Bonjour. Je m’appelle David.
J’ai sombré dans la bibine le 17 novembre 1993, suite à une grosse boulette. Chaque année, pour le funeste anniversaire, j’ai mal. Je replonge. Tous les quatre ans, c’est pire. Je fais carrément un coma éthylique. Autant vous dire qu’aujourd'hui, à l’approche de la date fatidique, je suis fébrile. La dernière fois, c’était au soir d’Irlande-France, avec la main de Thierry Henry, vous savez ? Trop de tension. Ce 18 novembre 2009, je me suis arsouillé comme rarement. Il parait que les mecs des Urgences m’ont accueilli sans pitié : « L’Oréal parce qu’il le vomit bien ! ». J’ai envie que ça cesse, de poser mon baluchon, que l'on me pardonne. Voilà pourquoi je me confie à votre sympathique assemblée de repentis.


Rappel du contexte

Nous sommes donc en automne 93. On avait fait une campagne de qualif’ pas terrible, comme d’hab’. Les Israéliens étaient même venus nous taper façon Mossad. On s’est rendu compte de rien. L’expédition punitive, bien ficelée. Mais pas de quoi entamer durablement le moral, juste instiller le petit doute. Surtout qu’entre Parisiens et Marseillais, l’essentiel de notre équipe, on avait surtout envie de se tacler les uns, les autres. Comme pour casser le mauvais trip, Henri Emile avait organisé une soirée diapos sur la Californie, ses plages, ses bikinis. Il avait pré-réservé les billets et les chambres d’hôtel. On allait bien s'éclater. Avec ma beaugossitude, je me préparais à faire un carton de l’autre côté de l’Océan. Montrer à Sauzée, Boli et Papin comment on emballait la Ricaine.


Le Parc des Princes est plein à craquer. C'est soir de fête

Le match est quasi plié. Début de la dernière minute. C’est fait. On en a bavé mais on s’en fout. Y’a 1-1, le nul nous qualifie. Coup franc sur le côté droit, presqu’un corner. On le joue à deux avec Guérin, je crois. En me la passant il me glisse : « Boulogne, rangée 18, place 85 ». J'me dis : « P'tain doit y avoir un sacré canon par là. » Je centre à l'arrache, tout en cherchant la proie de mes yeux de velours... Je compte les rangées en partant du bas, puis du haut, les sièges à partir de la droite, de la gauche. Y’a que des têtes de cons là-dedans. Des tronches qui vont pas tarder à se déformer vers le bas, soit-dit en passant. Je comprendrais plus tard que Guérin ne m’avait pas du tout branché sur une jeune et jolie. Il me suggérait de balancer loin loin dans les tribunes, qu’on en parle plus de ces yogourts Bulgares, avec des morceaux de moustache dedans.

Concentré sur la foule, je foire mon centre, trop long. Un gitan récupère mon ballon et file vers chez nous. Eh oh c'est fini les Romanos ! Vous rendez la baballe. A nous les States, les p'tites pépés de Los Angeles. Ces cons, en quatre passes ils sont chez nous. Et paf sous la barre. C'était la 90e. Y'a eu comme un frisson au Parc des dépressifs. Le temps s’est arrêté, mais à quand même glissé jusqu’au coup de sifflet final.


Le bassin « Houiller »

C'était que le début des ennuis pour moi. Y'a eu le coach, le « Bassin » comme je l'appelais. Rapport au fait qu'il avait bossé à Lens, dans le bassin houiller. Oh pis aussi parce que le bassin, ça rappelle les trucs pour aller à la selle quand on est à l'hosto. Canto avait bien traité Henri Michel de « sac à merde », j'étais bien gentil avec mon « bassin ». Donc l'autre, le casseur de houille aussi, il m'est tombé dessus. Il a raconté des trucs comme quoi j'avais commis un crime contre l'équipe de France, que j'étais un salaud... J’ai eu mal. Tous les quatre ans c'est insupportable. Ce mois-ci je ne suis pas bien du tout. Ça va faire 20 ans... La plaie est toujours ouverte. Je suis venu chercher du réconfort auprès de vous. J’espère que vous allez me soutenir. Que grâce à vous je ne vais plus replonger. Que nous allons tourner la page ensemble. Que vous ne m'en voulez plus trop vous autres. La tentation est si forte.

- Mais pas du tout David. On va t'aider à décrocher ... Tu veux quoi, un Gin ?
- … Hola


Posté par le Samedi 12 Octobre 2013
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