Foutebol
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An amazing journey to nowhere

Qu'importe le ballon, pourvu qu'on ait l'ivresse. Et oui, mes chers amis, nous avons vécu 7 jours de rêve ! Toute la semaine, je vous ai croisés dans les rues, au boulot, à la maison, au bistrot et je vous ai adressés de grandes bourrades, des checks complices, des frottements énergiques du dessus de la tête en vous serrant par le cou... « Sacré toi va ! » Souvent vous avez eu l'air étonné, parfois vous vous êtes rebiffés.



Et pourtant. Le parcours du XV de France en Nouvelle-Zélande est à classer parmi les aventures les plus romanesques écrites par une équipe de sport collectif hexagonale.

Si on ramène ça à notre sacro-saint football, elle est comparable à l'épopée des Bleus de 2006 en Allemagne et celle de 1998, pour parler des plus récentes. Oh la Oh la, attends un peu avant de t'insurger. Je m'explique. Je suis désolé, mais mis à part le dénouement fantastique de facilité du 12 juillet, la France de Jacquet a été fort justement vilipendée pour un certain refus du jeu, son caractère très défensif et ne doit son salut qu'à une force de caractère, une cohésion de groupe incroyable et une moule absolument gigantesque. (Un peu comme celle qui croisa un jour la route du Commandant Cousteau).

De même, j'y vois, en forçant un peu, quelques analogies avec le parcours de 2006

Pour le côté surprise inespérée, celle du condamné gracié in extremis par un président gorgé de scrupules. L'équipe qui sort de nulle part, après un parcours en poule des plus inquiétants. Une sorte de Viva la muerte ! avant chaque rencontre : l'Espagne naissante contre qui nous n'avions « aucune chance », le Brésil tout en rigolant (certes, mais ce sera peut-être la même chose dimanche face à la meilleure équipe du monde), le Portugal en serrant les dents et ce final tragicomique, totalement anar, nihiliste, absurde comme la vie.


Enfin ce coach, à la fois largué et possédé. Ça ne vous rappelle rien ?
Bien sûr, un sens juste des proportions tiendra compte de l'impact socio médiatique de l'événement rugbystique, sans commune mesure avec les deux autres précédemment cités. Non seulement on parle ici d'ovalie, moins implantée, moins sujette aux emphases aussi. Et puis la compétition se déroule aux antipodes, donc dès potron minet chez nous, à l'heure où l'apéro passe encore assez moyennement... quoi que. Bref, pas un klaxon à midi pour célébrer l'événement dans nos ruelles paisibles et passablement embourgeoisées. Ou alors peut-être qu'à Toulouse...


Ne boudons pas notre plaisir...
Chaque victoire fut une prolongation onirique. Un scénario qui se situe en dehors même de toute considération sportive, comme déconnecté de l'événement-sur-gazon, diffusant un vague sentiment d'irréalité : on en a repris pour 7 jours, puis encore 7 jours, puis encore... pourquoi déjà ? Chaque pas de plus vers ce dimanche 23 octobre, fut une promesse d'euphorie délicatement diluée dans le temps. Cette extase dont la source s'est brutalement tarie au Millénium stadium de Cardiff samedi dernier, pour 50 000 spectateurs fixant l'écran géant : « Dream over ! » Alors que nous, toute la semaine on a été en FINALE !
 

On est en finale !

Bien sûr il y a eu l'apéro François Hollande, puis les trois affiches de rêve (sur le papier) en Ligue des Champions avec Madrid, l'Inter et Arsenal... Tout cela est passé derrière le filtre rose de la délicieuse promesse de ce dimanche matin à l'Eden Park. Promesse qui a intimement surgi aux moments les plus inattendus de notre semaine de finaliste : en montant dans la bagnole, en tondant la pelouse une dernière fois avant l'hiver, en payant les courses, en faisant un petit câlin à maman... Cette perspective comme une délicieuse boule de plaisir qui vaporise l'intérieur du ventre d'ondes délicates. On est en finale !

Pour moi, dimanche, y'aura des copains, des fruits de mer, des coups à boire.
Et après, quoi qu'il advienne, on pourra défaire les valises et s'en sera fini du voyage, ce délicieux voyage vers nulle part... comme la vie : « An amazing journey to nowhere ».


Posté par le Lundi 10 Août 2015
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