Foutebol
Foutebol


17 mars 1976


Le bar est plein à craquer. 30 à 40 personnes peut-être, peut-être plus. Je suis assis au premier rang et je suis fier. Parce que ce soir, je pourrais me coucher tard. Parce que tous ces gens sont venus chez moi, au Modern’, dans le bar de mes parents.

On a une grande télé accrochée au mur, presque trop haute pour moi. C’est pour ça que je suis au premier rang, sinon je verrai rien. J’ai peur parce qu’on joue contre les russes, il fait froid là-bas. 0-0 à la mi-temps, tout le monde se lève pour faire pipi, moi j’ai pas envie mais c’est parce que je ne bois pas. En plus, ils nous ont battus 2 à zéro au match aller, et Rudakov, il est trop fort dans les buts et si Blokhine a une occasion, c’est sûr qu’il va marquer.

Les gens dans le bar, ils disent qu’on va perdre et Bernard Père, il le dit aussi. Ça fait beaucoup. C’est pas grave, un quart de finale, c’est bien déjà. Le monsieur à côté de moi, quand il crie, il sent le vin, mais il est gentil.


Deuxième mi temps

Les gens du fond disent qu’il faut se rassoir maintenant. On change de côté de terrain, je préfère ce côté là, à droite de la télé parce que c’est là qu’on avait mis les buts contre Chorzow l’année dernière. Et ça marche. Lopez chourre le ballon à Blokhine au moment où il va marquer, et dans la contre attaque, à droite de la télé, Revelli, celui qui est vieux et qui joue avant centre marque le premier but. Je peux sauter de joie, même avec les bras en l’air, on s’en fout, comme je suis tout petit, les gens peuvent encore voir la télé.

Et Larqué marque sur coup franc le deuxième but, et Rudakov, le nul, il n’a pas bougé. En fait, c’est des conneries, il est pas si fort que ça. Curkovic, lui, il l’aurait arrêté mais il joue avec nous.


Dans les bars, il y a toujours des gens pour critiquer

Larqué, il est trop lent. Patrick Revelli, il n’a pas de technique et Rocheteau, il n’aurait pas du jouer, il est blessé. Moi, ils m’énervent les gens qui critiquent, mais souvent, ils sont dans le fond, alors c’est pas trop grave. Ceux qui sont devant, ils sont comme moi, ils sont sûrs qu’on va gagner, c’est pour ça qu’ils se mettent devant.
Et on a gagné, parce que Patrick Revelli, le nul en technique, il a dribblé et centré en retrait à Rocheteau qui était blessé et qui ne devait pas jouer. Et on a gagné 3 à 0. Tous les gens s’embrassent, même ceux qui sentent le vin. Je viens d’avoir 13 ans et c’est le plus beau jour de ma vie.

12 JUILLET 1998

On gagne encore 3 à 0 mais je n’ai pas eu peur. Parce que j’ai 35 ans.
Et parce que Zidane joue avec nous.

Posté par le Samedi 3 Septembre 2011
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